Le monde de l'édition > Société > Actualité

"Les journalistes auraient grand intérêt à s'inspirer des écrivains" (Philippe Lefait)

"Sur internet, la fascination pour la machine se fait encore au détriment des contenus"

Le mardi 08 avril 2014 à 10:57:42 - 0 commentaire

Zoom moins Zoom plus Signaler erreur Imprimer Envoyer à un(e) ami(e)

12

Conseiller littéraire de la seconde édition du festival Littérature et Journalisme (anciennement Eté du livre) qui se déroule à Metz du 10 au 13 avril, le journaliste Philippe Lefait, dont l'émission Des mots de minuit devient numérique, revient sur les évolutions du métier et la nécessaire réflexion sur le contenu à l'heure du « tout info ».

 

 

Prix Emmanuel Roblès 2012
Cliclic Livre, CC BY NC 2.0

 

 

Le festival Littérature et Journalisme rassemblera à Metz plus de 200 invités –écrivains, journalistes, auteurs jeunesse, BD- pour débattre de l'Europe d'aujourd'hui. L'ancien Eté du livre se déroule désormais au printemps et propose un programme riche de 70 événements thématiques dans différents lieux de la capitale de la Lorraine.

 

Présentateur entre 1999 et 2013 de l'émission Des mots de minuit, Philippe Lefait a participé avec l'écrivain Mathias Enard, également conseiller littéraire de l'édition 2014, à la programmation de ce festival « pour lire et raconter le monde ». Il y animera entre autres un grand entretien avec le généticien Axel Kahn, une rencontre avec le romancier Philippe Vasset autour de son dernier roman La conjuration et une table ronde intitulée L'Europe à la Une avec quatre autres journalistes européens. Lors d'une conversation littéraire, il présentera son dernier livre Et tu danses, Lou co-écrit avec son épouse Pom Bessot.

 

Quelle est votre expérience de l'évolution du métier de journaliste ? 

P.L. Il y a plus de vingt que j'ai commencé à me poser la question de la valeur de l'information. Avec la multiplication des directs, les interventions de pseudo « experts », le manque de distance, l'information a perdu de sa crédibilité et les événements ne sont  plus intelligibles. Ce traitement dans l'urgence et sans recul de l'information nuit à la fonction du journalisme qui est une médiation et non une « immédiation ». C'est un « remplissage » qui sert plus à contenter un public de consommateurs que de citoyens.

 

Il est temps à présent de se poser la question du contenu. Je crois que le public est prêt à payer pour une offre de qualité. La question est désormais de savoir ce qui fait la rareté, ce qui va créer l'appétence, le désir. Je me demande quand on attendra le tweet unique de la semaine, parce que l'on saura qu'il est excellent…

 

Après avoir été longtemps reporter et présentateur du journal sur Antenne 2, vous avez opté pour une émission culturelle… 

P.L. Oui, j'ai été vers des choses qui me permettent de faire mon métier avec l'exigence qui est la mienne. J'ai cherché pour ainsi dire d'autres lieux d'épanouissement journalistique, et quand Laure Adler a arrêté Le cercle de minuit, je n'ai pas hésité à prendre sa suite.

 

Quels sont selon vous les liens entre journalisme et littérature ?

P.L. À la fin des années 90, j'ai réalisé que des spectacles comme Rwanda 94 de la compagnie Groupov ou le Requiem pour Srebrenica d'Olivier Py disaient mieux après coup ce qui s'était passé au Rwanda et en ex-Yougoslavie que la déferlante d'informations qui avait précédé. Je pense que les journalistes auraient grand intérêt à s'inspirer des écrivains, à prendre le temps d'écrire. Les mooks, ces revues au long cours, incarnent à présent ce journalisme qui tend vers la littérature. Ils permettent de retrouver une temporalité et une qualité d'écriture. Sur internet, la fascination pour la puissance de la machine se fait encore au détriment des contenus, mais cela est cyclique. Il faudra retrouver le temps de s'approprier un sujet, de laisser la pensée cheminer.

 

Votre émission Des mots de minuit sera très bientôt diffusée sur le site de France télévision au format numérique. 

P.L. Nous y travaillons depuis septembre, mais c'est encore une ébauche, un « work in progress ». Je n'ai pas voulu reprendre la formule Des mots de minuit, soit une heure et demie d'émission. J'ai préféré imaginer une suite et explorer les possibilités offertes par les nouveaux outils. Le site propose plusieurs rubriques « A la Une », « L'entretien », des actualités littéraire, cinématographique, culturelle et une série intitulée « Tripalium » qui comme son nom l'indique traitera du monde du travail. Pendant 30 mn, des personnes parlent de leur rapport au travail, les premiers sont un violoncelliste, un cuisinier et une directrice de casting. L'ensemble constitue une proposition plus riche, mais paradoxalement, nous ne sommes plus que trois à concevoir l'émission quand nous étions huit personnes pour la version télé, sans compter les 40 techniciens… 

 

À Metz, mon équipe sera présente avec des étudiants du mastère Journalisme et médias numériques de l'Université de Lorraine pour réaliser des reportages durant tout le festival. Ceux-ci seront ensuite diffusés sur le site de l'émission dont le lancement officiel en version numérique est prévu avant l'été. 

 

En attendant, en voici le générique…

 

Pour approfondir



Publier un commentaire

 

publier mon commentaire

Suivez-nous

Désinscription

Les blogs de la rédaction

Mon nom est Dieu, Pia Petersen

Présentation de l'éditeur : Jeune journaliste à Los Angeles, Morgane devrait a priori se méfier de ce SDF dépressif et [...]

La tête sous l'eau

Le corps, une fois dans l'eau et en profondeur, remonte toujours à la surface. Il est comme une bouée, un ballon : il [...]

Index des articles parus sur les ensablés depuis 2011 – réouverture du blogue fin août

Chers lecteurs, voici les vacances et l'occasion de lire, découvrir ou redécouvrir des auteurs oubliés. Vous trouverez [...]

Sondage

Un abonnement pour les livres numériques, en illimité, ça vous inspire quoi ?

 

 

 

 

 

 

 

Voir les résultats

 

© 2007 - 2014 - actualitté.com