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Pour les auteurs, 'le net sert d'outil expérimental'

En direct des Labs, ou comment appréhender les auteurs et la révolution numérique

Par Nicolas Gary,Le lundi 06 février 2012 à 08:45:23 - 0 commentaire

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« Nous avons choisi le livre parmi les pistes à explorer, parce que ce domaine nous semblait être à une étape clef de son entrée en numérique ; le marché se transforme, il se retrouve avec quelques années de décalage face aux défis qu'ont déjà affrontés la musique ou le cinéma. Mais, contrairement à ce que nous pensions, cela n'entraîne ni apaisement, ni nécessairement une meilleure préparation de l'édition. »

 

Cécile Méadel est aujourd'hui professeure à l'École des Mines, et sociologue. L'étude qu'elle a réalisée avec Nathalie Sonnac, professeure à l'Université Assas-Panthéon-Sorbonne, pour les Labs Hadopi, va se doubler prochainement d'une étude quantitative.

 

L'étude quantitative fait en effet suite à une étude qualitative, qui découle d'entretiens passés avec des auteurs. « Le sujet est vierge, et nous avons voulu comprendre à quels enjeux les auteurs, d'un large panel, étaient confrontés. Cette initiative est bien antérieure à la décision du SNE de ne pas prendre part à l'Hadopi, et découle avant tout d'une volonté d'explorer un pan pour le moment peu connu. » (voir notre actualitté) Mais nous revenons avec elle sur les premières conclusions que l'enquête a permis de dresser.

 

De l'auteur avant toute chose

 

« Cette étude s'intéresse à un acteur qui est à la fois primordial dans la filière et assez méconnu : l'auteur. Nous cherchons à voir quel est l'impact de la numérisation des écrits, des savoirs, de la communication sur les auteurs. »

 

Il ne s'agissait ni de vanter les mérites d'une Hadopi ni de convaincre les maisons ou le SNE qu'il faut recourir à cet outil. « Nous avons impulsé cette étude bien avant que Hachette ne signe avec Attributor, ou encore que les questions de piratage de BD dans l'étude du MOTif ne soient soulevées », précise par ailleurs la Hadopi. En fait, cette étude a été lancée il y a plusieurs mois, et n'est pas en relation avec l'actualité, quelle qu'elle soit. Malgré cela, expliquent ses responsables, certains acteurs ont réagi de manière hostile, rejetant l'étude parce qu'elle était soutenue par la haute autorité.

 

 

 

« La population des auteurs, c'est-à-dire les personnes qui ont publié au moins un livre, est extrêmement hétérogène et ne se résume pas aux groupes les mieux connus, comme les auteurs littéraires ou les académiques.

 

En fait, et c'est déjà une indication en soi, personne n'est réellement capable de dire combien il peut exister d'auteurs en France : si l'on compte les personnes qui ont publié au moins un livre depuis 5 ans, on doit certainement dépasser de loin les 100.000. Face à ceux qui enterrent le livre, on note que le nombre de candidats à l'édition est toujours élevé et que ces auteurs ne se contentent pas des publications électroniques. En même temps, il y a aujourd'hui une fureur d'écrire, qui nous semble être une très bonne nouvelle ».

 

Expérimentations ou expériences ?

 

Des gens qui écrivent, certes, mais combien qui lisent, finalement, et combien qui lisent avant d'écrire, même ? L'étude ne se penche pas sur cette question, pourtant essentielle.

 

« Ce que nous notons, c'est qu'il existe aussi un fort intérêt pour le savoir, et la connaissance et une volonté de découvrir comment se servir d'internet. Aujourd'hui, le net sert parfois d'outil expérimental pour les auteurs, qui soumettent leurs projets aux internautes, avant de les présenter à un éditeur, voire l'utilisent pour se faire connaître. Notre étude examine ce qui a changé pour eux, avec l'ère numérique, dans le domaine de la création, de la diffusion, ou de la production. » 

 

Est bien sûr touchée en premier lieu la relation aux lecteurs, et le contact entre créateurs et lecteurs. « On considère de nos jours que l'édition vit comme la presse une situation conflictuelle en regard de l'édition numérique. Mais une telle opposition repose sur une vision d'un monde unifié, alors que l'on constate, en particulier chez les auteurs, une pluralité de relations au numérique et de modes d'intervention sur internet. En fait, on découvre même combien, pour eux, le numérique va (ou peut) multiplier les solutions pour écrire et pour se faire connaître. »

 

Ainsi, foin de la loi sur le prix unique du livre numérique, votée par l'Assemblée nationale l'an passé. Pour les créateurs, il ne s'agit que d'une législation qui calque le modèle ancien, pour arriver à une perspective de régulation. Cependant, il faut comprendre que le livre ne sera plus demain uniquement l'objet que l'on connaît. Avec la décorrélation du support et du contenu, nous assistons à un changement de paradigme.

 

Internet, une autre approche multipliée

 

Pourtant, considèrent les auteures de l'étude, si le livre numérique va se développer et se transformer, cela ne veut pas dire que l'ouvrage enrichi soit une nécessité pour tous, sauf que la nouvelle approche fiscale de la France agit comme une limitation devant la création.

 

C'est justement là que l'on touche à une autre symbolique. « Le livre numérique, et plus largement, la diffusion numérique des savoirs, a permis de rendre un auteur plus à même d'être sollicité pour ses textes. La publication numérique de ses textes, sur un site personnel, par exemple, permet d'offrir une continuité, mais également une mise en avant des compétences.


L'écriture, plus que jamais, peut s'inscrire dans une activité annexe, pour l'auteur, et servir de ressource supplémentaire, où il sera repéré, par et pour ses compétences. » 

 

Ainsi, nous arrivons à une période où les auteurs seront susceptibles d'établir de nouvelles relations avec leur public, en allant les chercher sur internet. Cela ne se substituera d'ailleurs pas aux formes traditionnelles de contacts, comme les rencontres organisées par les libraires. Mais évidemment, l'essor du blog a changé la donne...

Pour approfondir



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