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Juke-Books #3 : Kundera, du folk, du rap, et caetera

Par Antoine Oury,Le vendredi 19 octobre 2012 à 17:26:40 - 0 commentaire

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Le Juke-Books aurait pu tourner à l'envers : avec Milan Kundera, c'est surtout le livre qui évoque la musique, puisque l'auteur français, tchèque d'origine, a abordé Bartók, et prend son pied en écoutant Dvořák ou Janáček... Mais nombreux sont les musicos à avoir pioché dans son oeuvre pour nommer leurs chansons ou trouver un bonne rime. 

 

« L'histoire de la musique est mortelle, mais la bêtise des guitares est éternelle » écrit Milan Kundera dans Le Livre du rire et de l'oubli. Il faut croire que Conor Oberst, le leader du groupe de folk-rock Bright Eyes, ne lui en a pas tenu rigueur. Pour la dernière chanson de l'album Letting Off the Happiness (2008, bonjour le moral), il choisit les 2 personnages de L'insoutenable légèreté de l'être, Tereza et Tomas, pour une chanson éponyme.

 

Toutefois, le rapport avec l'action du roman reste très lâche, et Oberst a surtout tenu à en conserver l'ambiance plutôt que la substance, pour ce 2e album. Les rockers de The Fall, mené par le malade Mark E. Smith, se sont également inspiré d'un roman de l'écrivain, L'Immortalité, pour la sixième chanson, à nouveau éponyme, de leur album Code : Selfish, dans les bacs en l'an de grâce 1992.

 

 

Pour mémoire, ce passage fameux de l'Insoutenable légèreté de l'être, le roman le plus marquant de l'écrivain :

Qu'est-il resté des agonisants du Cambodge ? Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune. Qu'est-il resté de Tomas ? Une inscription : il voulait le Royaume de Dieu sur la terre. Qu'est-il resté de Beethoven ? Un homme morose à l'invraisemblable crinière, qui prononce d'une voix sombre : Es muss sein ! " Qu'est-il resté de Franz ? Une inscription : Après un long égarement, le retour. Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Avant d'être oubliés, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c'est la station de correspondance entre l'être et l'oubli.

 L'expression restée célèbre « Es muss sein ! » est signée Beethoven, qui l'aurait inscrite sur une partition dont un acheteur monnayait le prix (« Muss es sein ? », « Est-ce bien nécessaire ? ») À l'origine, la phrase retient l'attention par sa conjugaison au prétérito-présent, une sorte de mélange entre impératif et présent).

 

Sans titre

munir, CC BY-NC-SA 2.0

 

Léo Ferré chante sur des coeurs qui martèlent l'expression devenue courante dans un titre éponyme, audible sur l'album Je te donne (1976). Si la chronologie confirme que Ferré se réfère uniquement à Beethoven (L'insoutenable légéreté de l'être est publié pour la première fois en France en 1984), Rufus Wainwright pense probablement au texte de Kundera pour sa propre chanson, toujours sous le même titre. 

 

Enfin, notons le J'ai le seum du groupe de MCs S-Crew, citant eux aussi L'insoutenable..., et attaquant avec les lignes « Ouais ouais on a tous le seum/De la poussette au linceul », ce qui, incontestablement, convient plus ou moins bien à la teneur des bouquins de Kundera...

 

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