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Mon très cher cul, "Les doutes, les échecs, les joies passeront par vous"
Par L'Estivant,Le samedi 27 octobre 2012 à 09:39:55 - 1 commentaire
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Elles sont grinçantes ou douces, elles nous parlent de nous, de notre société, c'est la rubrique estivale de ActuaLitté : les Lettres du Mont Moulin... Et pour votre plus grand plaisir, Les Lettres se prolongent à la rentrée !
Mon très cher cul,
Je ne sais comment exprimer l'infinie reconnaissance que je ressens pour vos mérites trop longtemps ignorés. Pourtant, l'usage que je fis de vous pendant plus d'un demi-siècle a été régulier, sans cesse répété au quotidien, une sorte d'esclavage obscur sans symptôme de révolte. De cette aliénation qui vous a opposé, pendant toutes ces années, à ma tête et à ses pensées, je ne retiens qu'un vague mépris qui prétendrait à l'ignorance. Mes chères fesses laissées sans éducation, sans colonies de vacances, et plus tard sans congés payés, sont incapables de balbutier l'alphabet, de lire le moindre quotidien même d'un derrière distrait, de vibrer au concerto en si mineur pour 4 violons et violoncelle de Vivaldi, d'entretenir une quelconque complicité spirituelle avec les écrits de Barthes, Nietzsche ou Spinoza.
Cet oubli de mon cul, absence de curiosité pour cette terra incognita ne justifie aucune excuse, aucun pardon. J'aimerais pouvoir me racheter, mais ce douloureux silence est inqualifiable. Pourrais-je avant ma mort anéantir ce déséquilibre dans lequel je vous ai enseveli, aimable partie de mon intimité cachée ?
Je tairai l'obscurantisme politique dans laquelle ma fesse gauche a toujours ignoré la droite, un monstrueux déni démocratique des idéaux républicains. À chaque élection, l'urne était restée vide, les candidats esseulés, votre droit de vote banni, le bulletin coincé dans le sillon médian qui vous sépare comme un vulgaire morceau de papier hygiénique. Imaginez l'hémisphère gauche au parc de la Courneuve et le droit au Polo de Bagatelle, dans l'ignorance de ce qui aurait pu faire votre force : mes fesses réunies dans un élan national.
Mon cher joufflu, vous êtes le débouché ultime de la dégustation qui débute par le plaisir des sens. De la bouche à l'anus, le passage est plus ou moins véloce, mais il exprime la prédiction de nos jouissances. Sans doute – me diriez-vous - cette fin scatologique m'a-t-elle confirmé dans la répugnance de votre objet ? Je ne le crois pas vraiment, car j'ai prononcé tant de fois votre nom. Gros cul, petit cul, vieux cul, sur la commode, par-dessus tête, bordé de nouilles, de sac et de basse-fosse, l'invective était souvent crue, fréquemment imagée, parfois grivoise, sans que mes pensées n'aillent précisément vers vous.

Je vous ai snobé dans mes simples gestes de nettoyage, un travail machinal de propreté, rapide et sans précaution. Votre vision dans le miroir était tout aussi fugitive, la tête légèrement penchée vers vous dans une inspection rapide où je n'apprenais rien que je ne sache déjà sur vos contours inaltérables. En revanche, l'examen des poils grisonnants sous la morsure du rasoir, l'émergence des rides, l'apparition de la couperose aux ailes du nez, les bouffissures des joues, le relâchement du menton, m'enseignait assurément la décrépitude de cette figure familière.
Pendant tout ce temps, passé à scruter cette fuite immuable du temps sur le visage, vous boudiez, tel un cul faisant sa mauvaise tête. Si vous aviez pu parler de vos angoisses, de vos migraines de pétard, d'une grippe fessière méningée, de cette angine récoltée dans un courant d'air d'alcôve, je vous aurais entendu. Aussi, pour la prochaine décennie, c'est promis, je parlerai avec mon cul et non avec ma tête. Les doutes, les échecs, les joies passeront par vous, très cher céans.
J'imagine déjà que le jour est proche où dans un restaurant étoilé, un sourire glissera sur le fondement aimable, galbé, à peine halé de la douce amie qui m'accompagne. Le sommelier s'inclinera devant le choix de mon fondement gourmet, hésitant entre un Château Mouton Rothschild 1982 au nez explosif, au sous-bois parfait, délivrant quelques notes de cuir, alors que les tanins très fondus glissent sous la langue et un Château Haut Brion 1961, succédané d'arômes fondus, au nez de pivoine et de réglisse, à la fantastique maturité s'ouvrant au cassis, à la mûre et à la pêche. Dans un imperceptible frémissement, les fesses soudées dans la même interrogation, ma décision comblera nos désirs.
« Nous prendrons les deux » murmurera mon cul d'une voie encore fluette, gagnée par l'émotion. Mon invitée aura pour moi l'attention d'une douceur rebondie, celle du plaisir charnu de sa cambrure. Autour de nous, la clientèle renfrognée exhibera sur des visages crispés le naufrage d'une beauté fanée, endormie sous les injections de botox.
Plus tard, mon cher cul, dans une de ces soirées d'été baignées par la lumière lactée de la pleine lune, si vous n'avez toujours pas d'âme, je vous reconnaîtrais une conscience éclairée, comme un hommage muet à l'esprit de l'humanité naissante, une vérité impudique à jamais dévoilée.
oOo
Mots clés :
Lettres du Mont Moulin -
cul -
fesses -
conversation
Publié par Claudine Faljeux
Quant à parler de cul, je préfère la façon Bukowski. Ce texte plein de clichés, de clins d'oeil grands-bourgeois n'est pas écrit, mais rédigé. Pour inviter les collègues journalistes, et les décideurs, les aisés qui liraient ça. Leur confier sotto voce qu'ici on est décomplexé, qu'on "n'a pas d'âme", mais une grande gueule qui sait euphémiser les gros mots. Allons, l'écriture, il faut laisser ça à ceux qui en ont le talent, les moyens, c'est-à-dire qui y sont voués. Le journalisme en continu à besoin de vous.
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