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Art Spiegelman: un pastiche controversé de Maus en justice

Flammarion assigne La Cinquième Couche au tribunal de Paris

Par Fanny Pradier,Le mardi 06 mars 2012 à 16:45:01 - 0 commentaire

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Katz est un ouvrage reprenant toutes les cases et phylactères de la célèbre bande dessinée d'Art Spiegelman, Maus. L'auteur de Katz, préférant rester dans l'anonymat, aurait réalisé cette imitation de Maus en tentant d'effacer les catégories créées par Spiegelman et l'idée de fatalité qui en ressortait: chats contre souris, nazis contre juifs, les bourreaux et les victimes.

 

Mais ce n'est pas du goût de Flammarion, qui entend mener une action en justice contre la maison d'édition belge La Cinquième Couche, qui l'édite et l'aurait diffusé sous le manteau au festival d'Angoulême de cette année (présidé par Art Spiegelman). Cette bande dessinée, loin de rendre hommage à Maus, ne serait qu'une pâle copie, et n'apporterait que de la confusion selon les plaignants. Basée sur le seul travail de Spiegelman, et ne rentrant pas véritablement dans la catégorie de la parodie ou du pastiche, l'oeuvre contreviendrait donc au code de la propriété intellectuelle.

 

 

 

Tanguy Roosen, directeur juridique de la Maison des Auteurs, analyse la volonté de Flammarion dans cette affaire. Au-delà des considérations sur l'imitation de l'oeuvre de Spiegelman, l'éditeur français se montrerait prudent pour une raison bien précise. 

« Que ce soit au niveau belge, français ou européen, il existe des exceptions légales au droit d'auteur. Les plus connues sont le pastiche et la parodie mais la Cinquième Couche ne s'en revendique pas puisque Katz ne raille pas l'œuvre de Spiegelman. Son auteur parle de détournement artistique mais en la matière aussi il y a des limites.


Même si la volonté de Katz est d'interroger l'œuvre plus que de la retravailler, nous sommes dans une période sensible de redéfinition du droit d'auteur. Je pense que Flammarion est soucieux avant tout de ne pas ouvrir de précédent dans lequel d'autres pourraient s'engouffrer avec des intentions moins artistiques ».


Y a-t-il eu une contrefaçon?


Didier Pasamonik, éditeur du site ActuaBD, connaît bien l'oeuvre d'Art Spiegelman. Katz, selon lui, est bel et bien une contrefaçon, mais elle n'est pas stérile.

 

Il comprend l'intention derrière la BD : « La parodie fait réfléchir par le décalage vis-à-vis de l'œuvre et ce décalage existe dans Katz par le fait que les souris juives deviennent des chats. La question posée est donc tout à fait pertinente. Pourquoi Spiegelman a-t-il eu besoin de mettre l'écran des animaux pour traiter d'un sujet aussi lourd que la shoah : c'est ça le propos de Katz. La parodie souligne une faille dans la typologie des personnages de Spiegelman ».

 

Intentions incompatibles

 

Xavier Löwenthal, directeur de la Cinquième Couche, affirme être préparé. Contacté par Actualitté, il rappelle que l'intention première de Katz n'était pas de jouer contre les ayants droit, mais d' « inviter à la relecture de Maus ». « Maus, pour nous, fait partie de notre patrimoine culturel. Il serait dommage de l'ignorer sous prétexte que cette oeuvre n'est pas libre de droits », explique-t-il. « Ce travail ne diffère en rien, par exemple, des samplings utilisés par un DJ ».

 

En vendant sous le manteau cette bande dessinée décriée, la maison la Cinquième Couche entendait faire valoir que cette réécriture de Maus est « un produit collectif », ont le premier contributeur est évidemment Art Spiegelman.

 

Ce détournement pourrait coûter cher à la Cinquième Couche. Le tribunal de Paris a accordé un délai aux deux maisons d'édition pour trouver un terrain d'entente, ce que la Cinquième Couche confirme. « Nous aurions souhaité plaider, sur le fond, pour une extension du droit à la caricature, pour une liberté artistique accrue, et pour un droit réaffirmé de polémique. Mais nous n'en avons pas les moyens. Mais nous n'avions nullement l'intention de nuire aux droits de l'auteur, ni de dégager des profits sur son oeuvre ».

 

La maison pourrait donc être prochainement condamnée à détruire les exemplaires de Katz, et à verser des dommages et intérêts à Flammarion. Or la question de cette destruction reste problématique, comme le dit lui-même Didier Pasamonik. « Il est très difficile, voire impossible, d'empêcher la contrefaçon numérique. Quoi que l'on fasse et quelle que soit la décision de la justice française, Katz existe et restera toujours téléchargeable quelque part. Ordonner la destruction des fichiers numériques serait dérisoire. D'autant plus qu'il s'agit ici d'un geste artistique et militant, sans arrière-pensée commerciale, qui s'inscrit dans la démarche militante de la Cinquième Couche, une petite maison d'édition belge alternative ».

 

Patrick Hoffman, directeur éditorial de Flammarion avait expliqué à La libre : « N'ayant pas vu l'ouvrage, je n'ai pas toutes les données en main. Chacun a naturellement le droit d'émettre un commentaire, même sous forme artistique, sur une œuvre. »

 

Cependant : « S'il apparaît que l'auteur de ‘Katz' a photocopié les planches et a changé les visages, ça s'apparente à une contrefaçon, il y aurait juridiquement un problème. Nous souhaitons d'abord en savoir plus. Et je suis sûr que l'agent d'Art Spiegelman aussi. »

 

Contacté par ActuaLitté, Casterman n'était pas encore disponible pour commenter. La prochaine audience aura lieu le 13 mars.


 

Retrouver Art Spiegelman



Sources : Le Soir , RTBF , LaLibre

Pour approfondir



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