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Manga : la révolution Tezuka

Le renouveau de "l'image dérisoire"

Par Bastien Morel,Le vendredi 04 mai 2012 à 14:40:10 - 0 commentaire

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Il est de cette génération qui a façonné le Japon moderne. Cette jeunesse qui sort de l'enfance sous les bombes des B29 et du feu nucléaire. Osamu Tezuka n'est pas que le découvreur d'un nouvel horizon pictural. Animateur d'avant-garde, baigné de comics-strips américains, le père du manga moderne a scellé un autre pont avec l'Occident dans un contexte difficile. Et apporté une nouvelle pierre à l'universel artistique. La preuve en est qu'aujourd'hui, non seulement l'image à la nippone se vend dans le monde entier, mais le très renommé chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui (prix Kairos, Nijinski et Fringe First Award) rend ces jours-ci à la Villette hommage au monstre sacré.

 

 

A l'origine, l'illustration « dérisoire »,  s'y on se réfère à son étymologie, n'est qu'une courte succession d'illustrations fixes, sans action. Si elle bénéficie de la pâte graphique d'un Hokusaï, il faut chercher du côté de l'influence occidentale pour déceler une protohistoire de la BD nipponne. Dans cet archipel qui s'ouvre au monde depuis quelques décennies, les auteurs nationaux vont forcer le trait de la caricature, de l'absurde ou du grossier. Mais le lien avec le personnage du Shônen (genre archi dominant du manga pour garçons) n'est pas encore évident. Ce germe de fantaisie en restera là jusqu'au lendemain d'Hiroshima.

 

Osamu et Oncle Walt

 

Ce n'est pas un hasard si l'on doit à Tezuka la révolution graphique du manga. Enfant, celui qui se destinera dans un premier temps à l'étude de la médecine dispose d'un appareil pour projeter des films. Il découvre sur ce support Chaplin, mais surtout les premiers Disney. Une découverte artistique qui ne le quittera pas. Influencé par les personnages chaleureux d'oncle Walt, meurtri comme tant d'autres par ce Japon dont il ne reste que des cendres, nous tenons là deux des grandes influences du jeune Osamu.

 

Ce goût pour le cinéma et le comics le pousse à vouloir se consacrer à l'animation de films. Mais dans un premier temps, c'est le dessin qui profite de ce regard cinéphile. L'image amusante, mais figée se démultiplie, gagne en expression, notamment par l'emprunt des larges  yeux des petits personnages comme Bambi. Apport plus personnel, le mangaka dote ses planches d'onomatopées, bien plus nombreuses que dans le comics, et ajoute aux mouvements des effets de vitesses ou de focus.

 

 

 

 

    

  Des influences occidentales prégnantes

 

On comprendra dès lors que dans ce Japon avide de passer à autre chose, le divertissement généreux, visionnaire et moral de l'artiste rencontre un succès immédiat.  La Nouvelle île au Trésor (1947) qui se vent à 400.000 exemplaires porte déjà les valeurs du futur Shônen : la bravoure, l'effort et l'amitié. Un dépassement de soi que l'on retrouve dans la vie de l'auteur. L'auteur s'éteint à seulement 60 ans avec 700 projets à son actif. Mais à l'heure des premiers triomphes, le trait graphique de Tezuka est encore particulièrement occidental. À mi-chemin entre Zig et Puce inspirateur du jeune Hergé et Little Nemo de McCay, père de la BD moderne.

 

Les choses changent avec Astro Boy. Si l'auteur réexploitera largement les influences occidentales (Perrault avec Princesse Saphir, Metropolis entre Lang et Asimov), le petit Pinocchio moderne fixe le style inimitable et pourtant copieusement repris par ses rejetons spirituels. Cinq ans seulement après ses débuts. On sait les Japonais respectueux des traditions. Dès lors, le personnage de manga ne perdra plus cette bouille aux yeux disproportionnés. On pourra même retrouver un quelque chose du mode Super deformed plus tardif, cette caricature comique qui minimalise les traits pour accentuer les mimiques ridicules de la bouche.

 

Imaginaire collectif

 

S'en suit une liste impressionnante de titres parmi lesquels on pourra citer encore Phénix, Black Jack, la colossale hagiographie du Bouddha ou l'histoire des trois Adolf. Cette pléthore de personnages envahit petit à petit le monde dans l'adaptation en dessin animé. Rien ne peut plus ravir Tezuka l'animateur. Celui qui rêvait de collaborer avec Disney lancera Mushi Productions, son studio où il réalise le premier dessin animé japonais avec Astro Boy. Dans le même temps, il donne naissance à la première série colorisée du pays, le Roi Léo. Le père du manga qui avait ponctué son œuvre de rappels à Disney, on citera encore les petites souris façon Mickey dans Metropolis, recevra un drôle d'hommage. Bien des adeptes de Tezuka voient dans le Roi Lion un plagiat pur et simple de Léo.

 

Avec tous ces protagonistes de la génération des années 70 en France, Tezuka fournira l'imaginaire collectif un nouveau panthéon de figures tutélaires pour la jeunesse. Précurseur encore et toujours on doit aussi à ce passionné de fourmis une sensibilisation poétique à l'écologie. Vingt ans avant Miyazaki.

 


Sources : Site du musée Tezuka

Pour approfondir

Mots clés :
osamu tezuka - astro boy - manga - disney



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