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Bibliothèques : un député socialiste attire l'attention sur le prêt numérique

Un cri dans la nuit

Par Antoine Oury,Le mardi 31 juillet 2012 à 17:39:18 - 3 commentaires

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Juste à temps : pour l'avant-dernière séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale avant la pause estivale d'une vingtaine de jours, le député Marcel Rogemont, membre du groupe Socialiste, républicain et citoyen (pour faire plus court, PS), a interpellé la Ministre de la Culture Aurélie Filippetti sur le prêt du livre numérique en bibliothèques.



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Une séance de questions à l'Assemblée (auteur : Richard Ying)



Dans cette question posée par écrit, Rogemont souligne que « les offres de livres numériques aux bibliothèques, par peur que le prêt numérique ne cannibalise les ventes aux particuliers, demeurent restreintes ». C'est en effet le principal argument avancé par les éditeurs pour limiter l'accès à leurs titres en bibliothèques.

 

Au dernier Salon du Livre de Paris, le PDG de Hachette, Arnaud Nourry, déclarait à ce propos à ActuaLitté que la « position de Hachette aujourd'hui, c'est que l'on ne vend pas aux bibliothèques, pour éviter d'avoir ces prix très hauts, considérant qu'il n'y a pas encore de nécessité. » (voir notre actualitté) Hachette qui, rappelons-le, est le premier groupe éditorial en France, très, très loin devant tous ses autres concurrents.

 

Ce n'est pas seulement le piratage, mais aussi la peur d'un siphonnage des ventes par l'emprunt de titres en numériques, qui est à l'origine de cet étrange blocage psychologique de la part de bons nombres d'éditeurs traditionnels.  Et il faut bien avouer qu'Arnaud Nourry se débattait dans une explication pas franchement convaincante, qui ferait se dresser les cheveux sur le crâne de n'importe quel taxé à plus de 75 % : « Ces lieux ont pour vocation d'offrir à des gens qui n'ont pas les moyens financiers, un accès subventionné par la collectivité, au livre. Nous sommes très attachés aux bibliothèques, qui sont des clients très importants pour nos éditeurs, particulièrement en littérature. Alors, il faut vous retourner la question : est-ce que les acheteurs d'iPad ont besoin qu'on les aide à se procurer des livres numériques gratuitement ? »

 

Les geeks, malvoyants, handicapés, petit chanceux à Noël dernier et autres apprécieront la mise à l'écart... Et puis, tant qu'à rétablir l'équilibre, autant interdire l'accès au prêt numérique à tout le monde... Voilà de l'égalité dans l'accès à la culture... « Pourtant, un accès au livre numérique doit rester possible en dehors du cadre strictement marchand de la vente aux consommateurs », note justement le député PS.

 

Vincent Monadé, alors président du MOTif, avait très simplement opposé une politique d'usages et d'accès à la culture aux propos du PDG de Hachette Livre, considérant que ce dernier entretenait une vision très aristocratique de la médiathèque. « Aristocratique ? Oui, mais pas simplement. C'est une vision utilitariste des bibliothèques qui est indécente. Est-ce que l'on empêche aux personnes qui ont acheté leur appartement d'accéder à des bibliothèques, sous prétexte qu'ils ont les moyens de s'acheter un logement, et donc les moyens financiers de s'acheter des livres ?


Monsieur Nourry se trompe lourdement : l'accès gratuit, en prêt, n'est pas une fin en soi. Les bibliothèques, ce sont des lieux sociaux, avant tout, et dans lesquels on peut accéder à des oeuvres, nombreuses, riches et variées. Et si les usages changent, alors il faut que nous puissions nous adapter, en permettant d'offrir les nouveaux formats. »

 

Aujourd'hui, bibliothécaires ne peuvent que constater le vide juridique total concernant le prêt des livres numériques, tandis que les usagers, eux, seront bien souvent condamnés à emprunter dans leur établissement... des ouvrages libres de droits, ceux-là mêmes que l'on peut trouver sur Internet, en quelques clics. (voir notre actualitté) Il est alors légitime de s'inquiéter quant au futur du service public, comme l'a fait le Bureau européen des bibliothèques et des associations d'information et de documentation (EBLIDA), cité par le député Rogemont dans sa question.

Pour approfondir

Réactions

Publié par gillesvh

 

Voyons M. Nourry… allez au bout de votre pensée : pourquoi devrions-nous perdre notre temps à lire ? Le seul fait qui compte c'est que nous achetions des livres à la société Hachette, le reste est sans importance…
De temps en temps les princes qui nous gouvernent oublient leur langue de bois et nous voyons clairement la société dont ils rêvent pour nous, c'est la société que décrivait le film «Brazil» : une foule de décervelés qui passent de leurs placards/bureaux aux divers supermarchés qui recouvriraient la planète… En dehors du boulot et de la conso : rien.

Écrit le 01/08/2012 à 05:00

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Publié par Moggio

 

Billet intéressant, merci.

Écrit le 01/08/2012 à 07:19

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Publié par Stardust

 

Travaillant en bibliothèque, je connais un peu les problèmes liés au prêt de livres numériques. Mais il faut considérer le droit de prêt numérique en bibliothèque de manière plus... globale. Car il ne faut pas oublier que même si 1 bibliothèque, c'est d'abord des livres, ce n'est pas QUE ça.

Il existe une diversité de modèles économiques qui rendent la gestion de ressources numériques compliquées : certains proposent des tarifs en fonction du nombre d'accès simultanés, en fonction du nombre d'habitants de la ville (complètement idiot), du nombre d'abonnés, parfois l'accès uniquement sur place, parfois aussi à distance,... Bref, autant de diversité et de difficultés qui refrènent l'insertion du numérique en bibliothèque. Un cas un peu à part, mais qui tend à se développer en bibliothèque : le jeu vidéo (cf la carte des bibliothèques proposant du jeu vidéo sur le site Jvbib). Il se trouve, comme le livre numérique, dans un flou juridique qui rend le prêt compliqué, voire impossible, ou illégal (mais peut-on parler d'illégalité quand justement la loi n'existe pas). Je ne parle même pas du prêt d'applications pour tablettes/smartphones...

Bref, beaucoup de bibliothèques aimeraient avancer davantage dans les ressources numériques, mais se heurtent à tant de difficultés. J'ai donc hâte que les choses évoluent, mais pas uniquement pour le livre numérique, en laissant les autres types de ressources numériques de côté.

Écrit le 01/08/2012 à 10:37

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