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Bnf : Numilog alimente Gallica en ebooks pornographiques

La bibliothèque numérique aurait-elle besoin de passer le temps ?

Par Nicolas Gary,Le mercredi 14 décembre 2011 à 13:37:34 - 7 commentaires

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Exclusif ActuaLitté : Il serait peut-être bon d'éloigner les enfants de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Non, parce qu'une recherche anodine pourrait les mettre en relation avec des des titres pour le coup plutôt intéressants. Mais dont la légitimité dans les colonnes de la bibliothèque pose un peu problème. 

 

Pour exemple, on pourra ainsi découvrir les aventures de Thérésa G., dont l'ouvrage fut publié chez Media 1000 en 2010. Voici un petit avant-gout de sa prose : 

 

Thérésa vit à l'Estaque, dans la banlieue de Marseille. Son mari, au chômage, la délaisse. Elle décide de trouver un petit job, et répond à une annonce. Il s'agit de taper des textes sous la dictée d'un écrivain. Le problème… c'est qu'il s'agit d'un auteur très spécialisé. Un de ceux qui écrivent les livres que nous vous proposons ! Jugez du remue-ménage qui s'opère en Thérésa. Maryse, la bonne, une vraie pétasse marseillaise, un peu gouine sur les bords, a vite fait de la mettre au pas, en lui révélant que son employeur est un voyeur indécrottable. Il aime puiser dans la réalité les scènes qu'il écrit dans ses livres. Et n'hésite pas à demander à Maryse, et bientôt à Thérésa elle-même… de nourrir son inspiration. (voir sur Gallica)

 

Pour le moins étonnant ? Eh bien prêtons l'oreille aux propos de Judith, toujours publiée chez Media 1000 en 2008

 

Judith est étudiante à Marseille ; son copain Marc n'est pas très gentil avec elle ; il l'humilie sans cesse et de la pire des façons, le vilain ; en partageant son gâteau avec tous ses copains. Le gâteau, c?est Judith, bien sûr. Ce n'est pas qu'elle ne soit pas partageuse, mais quand même, elle trouve Marc un peu sans gêne ! Il pourrait au moins lui demander son avis, non ? Au lieu d'inviter tous ses copains au dernier moment sans la prévenir. Elle se réfugie donc à la campagne, pour y faire peau neuve. Hélas, son destin d?objet sexuel semble la poursuivre. À croire qu'en fait, Marc n'y était pour rien ; et que c'était, en elle, un je-ne-sais-quoi, qui attirait certains traitements... de choc. Bref, en se mettant au vert, elle va en voir des vertes et des pas mûres, notre Judith ! Jusqu'à l'arrivée de Fernand, un sacré rigolo. Et voilà que c?est son tour, à Judith, de s'amuser (en compagnie de Fernand) avec une poupée sexuelle. La bonne, la dénommée Aline, une fille pas très futée, mais très « gourmande ». (voir sur Gallica)

 

Les titres respectifs de ces récits et témoignages poignants donnent un indicateur supplémentaire. J'étais la secrétaire d'un obsédé et A la campagne, je faisais la petite cochonne ne devraient en effet tromper personne. Pourtant, ce n'est pas en cherchant ce type de littérature que l'on peut y accéder.

 

C'est en effet au détour d'une recherche portant le mot Marseille que le syndicat FSU s'est aperçu que l'on pouvait tomber nez à nez sur des ouvrages pornographiques dans la bibliothèque Gallica.

 

 

Des livres qui sont propulsés depuis les tuyaux de Numilog, comme l'a relevé la FSU à l'occasion du Conseil scientifique de l'établissement hier. Le côté grossier des ouvrages n'échappera à personne, mais après tout, les goûts et les couleurs, en matière de lecture, ne se discutent pas.

 

En revanche, ce qui est plus discutable, ce sont les accords justement passés entre l'établissement et les différents acteurs commerciaux. 

 

Gallica, une vitrine commerciale pour éditeurs ?

 

Aujourd'hui, peut-on lire, « Gallica permet l'accès à plus de 1,6 million de documents, dont près de 100 000 documents proviennent des 16 e-distributeurs partenaires ». Mais pour la FSU,  la présence dans Gallica, à l'origine bibliothèque numérique destinée à valoriser le patrimoine numérisé de la Bibibliothèque nationale de France, d'ouvrages vendus, pose un sérieux problème. 

 

« L'évolution donnée ces derniers temps, et la volonté d'ouverture à des partenaires commerciaux engendrent forcément des dérives de ce type. Gallica n'a pas pour mission de vendre des livres, mais de valoriser un patrimoine. Si la bibliothèque devient une vitrine de vente, permettant aux partenaires de profiter de cette visibilité, alors il faut redéfinir sa mission peut-être ? », nous explique la FSU.

 

Or, si ce sont des ouvrages pornographiques sur lesquels l'attention se porte, on retrouvera également des guides de voyages et d'autres encore, dont l'intérêt est bien là, certes, mais qui n'ont pas leur place dans Gallica.

 

« Cette ouverture vers les partenaires commerciaux, et la découverte de ces livres pornographiques démontre que l'on n'a absolument aucun contrôle sur ce que Gallica propose. La bibliothèque perd toute exigence scientifique à ouvrir ainsi ses pages », nous précise une personne proche du dossier.  

 

Arnaud Beaufort, directeur général adjoint de la BnF, présent durant la réunion d'hier, n'a manifestement pas vraiment quoi su répondre, devant les pages présentant ces ouvrages pornographiques. La direction devrait les faire disparaitre, sans donner de date - si seulement elle peut le faire. Il faudrait encore savoir comment les accords contractualisés avec les partenaires permettraient le retrait de ces oeuvres.

 

Mais leur suppression ne changerait pas grand-chose à l'affaire. La FSU rappelle que « la bibliothèque Gallica devait être constituée sur la base d'une politique documentaire et qu'il ne saurait s'agir de le transformer en réservoir informe de données». Et avec ces ouvrages, on en est loin. 

Quelle crédibilité, pour un établissement public, mais surtout, quel réels choix ? « C'est un détournement de la mission première de Gallica, que d'accepter de servir ainsi de vitrine commerciale. »

 

Et histoire de pousser un peu le vice - c'est le cas de le dire - on vous invite, après avoir cliqué sur les liens plus haut, à découvrir Du même auteur ou Sur le même sujet... Comme on nous le signale, c'est en effet désopilant...

 

 

Mise à jour :

Manifestement, la BnF lit de près ActuaLitté, puisque l'on ne retrouve plus aucun des ouvrages pornographiques que nous avions pu trouver dans les pages de la bibliothèque Gallica.

 

Heureusement que l'on a gardé les captures d'écran, sans quoi on nous aurait traités de menteurs...

Pour approfondir



Réactions

Publié par Jo

 

Erreur 500 : le document n'est pas accessible...

Écrit le 14/12/2011 à 15:57

Répondre | Alerter

Publié par tipaul

 

haha... les liens ci-dessus ont été visiblement désactivés par la BNF...

Par contre, si on cherche "cochonne" (mot pas tout à fait neutre, je vous l'accorde), on peut constater qu'il y en a plein d'autres, qui me semblent tout à fait valides.

Écrit le 14/12/2011 à 16:18

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Publié par Colin

 

L'édition pornographique ne remercie pas la FSU !

Écrit le 14/12/2011 à 20:52

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Publié par Luc

 

Ah ah ah ! Bien joué ! J'aurais honte à leur place…

Écrit le 16/12/2011 à 07:03

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Publié par serpico

 

Pour une fois qu'il y avait des choses intéressantes sur Gallica...

Écrit le 20/12/2011 à 10:31

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Publié par 451

 

Et ? Quel est le problème exactement ? Le contenu "pornographique" ou la vitrine commerciale ? Le premier me semble être une simple conséquence du second et donc même pas sujet à discussion. Ou alors parler de censure puritaine réfléchie et assumée (ça peut être une option, mais il faut l'énoncer clairement).

Écrit le 21/12/2011 à 01:06

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Publié par rodogude

en réponse à 451  

Justement, M. 451, que le premier point fasse jaser est bien humain ; quant au second point, je n'ai saisi votre position dans cette discussion que vous appelez de vos voeux.

Écrit le 29/12/2011 à 14:09

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