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Ebook et lecture : la numérisation sert-elle vraiment les intérêts des lecteurs ?

Nos pratiques changent : quel rapport un ebook entretient-il avec son lectorat ?

Par Fanny Pradier,Le jeudi 16 février 2012 à 16:18:54 - 2 commentaires

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Au Guardian, Damien Walter s'interroge : une page web et une page d'ebook, est-ce devenu la même chose ?

 

Avec l'évolution du HTML, des nouvelles technologies, il est possible de rendre au papier ce qui lui appartient au format numérique. Une page d'ebook a en fait la même structure en HTML (ou XHTML) qu'une page web, et nous la regardons sur nos lecteurs ebooks à l'aide d'un navigateur spécifique à l'appareil : il existe donc une parenté entre une page web et une page d'ebook.

Historiquement, on se réfère à Internet comme un formidable outil de transmission de connaissances (universitaires à l'origine, à visée plus généraliste un peu plus tard).

 

 

C'est également l'ambition d'un ebook actuellement : offrir de plus en plus de contenu, et être connecté. Un ebook, c'est aussi une capacité de stockage, une mémoire personnalisée à l'image de l'utilisateur.Si l'on observe les caractéristiques matérielles des lecteurs ebooks et autres tablettes, les différences avec un ultrabook, par exemple, sont de moins en moins nombreuses.

Il n'y a guère que l'encre électronique (E-ink, censée imiter l'encre et le papier d'un livre physique) qui différencie un ebook d'un ordinateur, et qui rapproche un ebook d'un livre physique.

 

Un but humaniste, mais des moyens encore balbutiants

 

Toujours, la comparaison avec l'invention de l'imprimerie réapparaît, quand il s'agit d'invoquer les progrès de l'humanité et la circulation des connaissances à travers le monde. Freiner les avancées de l'ebook, est-ce s'apparenter à l'Eglise face à Gutenberg ? L'Eglise n'a pas immédiatement censuré l'usage de l'imprimé, et s'en est même servie, du moins en France pour ses indulgences par exemple. N'allons pas trop vite en besogne en disant que les institutions ont toujours été imperméables au changement.

 

Se libérer du concept de livre-objet est une bien intéressante perspective. C'est la raison pour laquelle nombreux sont ceux qui rechignent à utiliser les ebooks. Mais chaque critique fonctionne comme si les utilisateurs d'ebooks ne lisaient plus de livres papiers, et vice-versa. C'est fort peu probable.

 

Ce sont plutôt les usages de la lecture qui devraient interroger les concepteurs de supports pour livres numériques. Hubert Guillaud déplore le fait que différents modes de lecture ne soient pas pris en compte.« La liseuse favorise une lecture boulimique et linéaire. C'est certes essentiel. Mais cela ne va pas suffire. Pas suffire pour convaincre ceux qui ne sont pas boulimiques de lecture. Pas suffire pour répondre à tous les modes de lecture ». Lire sur un lecteur ebook peut s'apparenter à dérouler un rouleau de parchemin : ceux qui relisent, qui se perdent, qui grapillent... y trouvent-ils leur compte ? Il faudrait demander à Pennac ce qu'il en pense.

 

Gratuité et échanges informels

 

Mais, s'interroge Walter, l'ebook, à mi-chemin entre le livre et la page web, qu'est-ce donc ? Quelque chose de recherché, écrit, formaté, marketé ? Ou un objet gratuit né dans un circuit différent ? Walter estime que « la vraie question est de savoir si nous évaluons les ebooks comme des livres ou comme des pages web ». Il en découle un rapport au texte très particulier en fonction de la réponse choisie. Un lecteur d'ebook peut décider de payer (mais il paiera globalement moins cher) un livre de la même façon qu'il paiera un objet relié, ou recevoir un « bundle », le livre physique accompagné de son format numérique. Il peut aussi se rendre sur un site internet et consulter puis télécharger des ouvrages, gratuitement, de façon légale ou illégale.

 

 

 

Gratuité... ce mot n'est pourtant pas une insulte pour définir l'échange du livre. Est-ce que nous achetons tous les livres que nous lisons ? Loin s'en faut. Nous empruntons, nous prêtons, nous offrons. Il est intéressant de voir que nous prêtons (et les concepteurs de lecteurs et de plate-formes d'achat encore moins) peu d'attention aux échanges informels de livres. Il s'agit pourtant d'un moteur essentiel à la lecture. Des livres donnés, prêtés même.. portent en eux un impératif plus forts de lecture. Ce livre qui n'est pas à moi, ce livre que l'on m'offre comme une prière ("lis-le, tu verras, j'ai adoré, je me le suis procuré en pensant à toi"). Il y a aussi un aspect incitatif de cette lecture-là.

 

Transmettre le livre autrement que par un échange d'argent, c'est ce que nous faisons tous, et c'est ce que les acteurs de la lecture numérique devront proposer rapidement. Il est déjà possible, sur certaines plate-formes marchandes, d'offrir des ebooks. Le prêt, en revanche, reste une affaire assez complexe à régler (Lendle - voir notre actualitté - propose depuis début 2011 le prêt d'un ebook pour quelques semaines, par exemple), notamment au sein des bibliothèques publiques : les pourparlers entre éditeurs, diffuseurs et les collectivités sont loin d'être terminés.

 

Sources : La Feuille , The Guardian

Pour approfondir

Mots clés :
ebook - web - lecture - usages



Réactions

Publié par gillesvh

 

Compte rendu intéressant de cet article du Guardian sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Je me limiterai à n'intervenir que sur un point : les intérêts des lecteurs ne sont pas forcément ceux des éditeurs.

Pour ma part il m'importe peu que que ma Kobo ait une fonction Wifi et après quelques jours d'usage je l'ai déconnectée car elle constituait, de mon point de vue, un inconvénient plutôt qu'un avantage. En effet quand une nouvelle version du logiciel est envoyée vers l'e-book cette mise à jour est faite d'une façon sauvage. Nulle possibilité de stocker provisoirement cette mise à jour pour me permettre de continuer ma lecture tranquillement.Mon expérience c'est que l'appareil se "gèle" et que je dois patauger pour le relancer. En réalité cette fonction Wi-fi sert essentiellement à envoyer vers les appareils de lecture des incitation non pas à lire mais à consommer.
Pour ma part, je n'en ai rien à faire : je ne choisis pas mes lectures parce que 300.000 personnes ont lu tel livre et je ne suis pas l'actualité des prix "littéraires". Et les gadgets du type "Reading Life" je ne les regarde même pas, je ne l'ai jamais ouvert.
Ce qui peut m'amener à lire un livre ce sont des échanges avec des lecteurs que j'apprécie ou, et surtout, la lecture d'un autre livre.
Mes deux dernières lectures hier ce sont :
— 1° Les « Notes sur Balzac » de Fr. Bon
— 2° « La Grande Bretèche » de Balzac, texte que je n'avais pas encore lu.

Le texte de Fr. Bon je l'ai payé par abonnement annuel, je l'avais téléchargé chez moi, à partir de mon ordinateur il y a plusieurs jours et je l'ai lu hier. Le texte de Balzac je l'ai lu dans la foulée du texte de Fr. Bon parce qu'il en parlait de façon intéressante et j'ai choisi une version non payante puisqu'il s'agit d'un texte du domaine public. Je l'ai téléchargé avec deux autres textes de Balzac évoqués dans l'ouvrage de Fr. Bon.
L'achat des textes de Balzac dans la foulée de la lecture d'un autre texte j'aurais pu le faire (et je l'ai déjà fait de nombreuses fois) sans le numérique. La seule différence c'est la rapidité d'exécution de l'enchaînement et de mon point de vue de lecteur c'est bénéfique.

Écrit le 17/02/2012 à 07:05

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Publié par Lettra

 

>L'Eglise n'a pas immédiatement censuré l'usage de l'imprimerie

De fait, l'Eglise n'a pas du tout censuré l'usage de l'imprimerie. Des imprimés, à la rigueur, mais certainement pas l'imprimerie. ou comment confondre la technique et ses produits, c'est-à-dire la technique et ses usages (en en profitant pour basher l'Eglise au passage, ça fait toujours bien).

Quant "Gutemberg", je suppose que c'est un lointain cousin de l'imprimeur Gutenberg ?


Pour ma part, sur liseuse Bookeen Odyssey, le Wifi est ouvert, mais je ne m'en sers de toute façon que pour aller chercher des livres sur ebooksgratuits.com ou autre site libre ; pas de pub ou de mise à jour intempestive.

La lecture s'apparentant à celle d'un rouleau de parchemin n'est pas celle sur liseuse de texte électronique en PDF/ePub, qui conserve les pages et autres chapitres ou table des matières, mais celle sur tablette type iPad de texte en HTML, type page web qui, effectivement, est un long déroulé sans cassure. La lecture via la liseuse reste dans le modèle de lecture du codex, pas du rouleau.

La question pourrait-être (certains ont déjà des réponses) : y'a-t-il une troisième voie ?

Écrit le 24/02/2012 à 15:55

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