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Livre papier et numérique : la folle cupidité du dilemme tarifaire

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Par Nicolas Gary,Le jeudi 08 mars 2012 à 15:07:08 - 0 commentaire

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Les consommateurs des pays anglo-saxons se plaignent. Eux qui ne connaissent pas de loi permettant aux éditeurs de fixer un prix unique pour l'ensemble des revendeurs au livre papier ne comprennent pas ce qui se trame autour du livre numérique. C'est pourtant simple : les éditeurs ont souhaité obtenir des garanties, au détriment des clients. 

 

On le sait, depuis l'avènement de l'iPad, le contrat de mandat s'est imposé dans les relations commerciales entre libraires en ligne et éditeurs. Tout du moins, les gros éditeurs étasuniens, puis les maisons britanniques. Il fallait en passer par là pour signer avec Apple, désireux de compenser les pertes qu'occasionnait la concurrence avec Amazon. Pour ce faire, il fallait augmenter le prix de vente des livres, afin qu'Apple prenne sa part, et que les éditeurs s'y retrouvent financièrement un peu plus. Mais, difficulté imprévue, ou ignorée, cela a entraîné une hausse du prix de vente des ebooks, au point que certaines éditions sont plus chèrement vendues que les versions grand format papier. 

 

Et ce, parce que le prix est fixé et unique pour tous les revendeurs, et imposé par les éditeurs. La boulette…

 

 

 

Or, l'objectif est désormais atteint : les éditeurs gagnent plus d'argent avec les livres numériques, et ont démontré, explique le Guardian, toute leur arrogance et leur cupidité. Tout cela grâce au contrat d'agence.

 

En fait, la schizophrénie vient de ce que la commercialisation de livres papier et de livres numériques répond à des exigences différentes et des pratiques quasi antinomiques. D'un côté, on vend en gros à un prestataire, qui va ajouter sa marge, ou la retrancher au maximum, pour capter un maximum de clients. De l'autre, le prix est fixé et fixe, et on prendre une commission sur la vente. 

 

L'influence d'Apple dans cette nouvelle méthode n'est plus à démontrer, au point que la Justice américaine ait décidé de mettre le nez dans les comptes des uns et des autres, pour enquêter sur ce qui ressemble à une entente sur le prix de vente des livres numériques. Et de fait : en l'absence de libre concurrence, du fait d'un prix de l'ebook défini et imposé, la concurrence ne s'applique plus. Et c'est ainsi qu'en France, depuis une trentaine d'années, mise en place de la loi Lang, l'ensemble du secteur vit dans une certaine assurance (quoique relative) de revenus, puisque le produit ne sera pas dévalué ou vendu à d'autres prix que celui réclamé par l'éditeur. 

 

Le marché étasunien, si jaloux de sa libre concurrence libérale, se retrouve alors tiraillé : d'un côté des ouvrages à un prix variable, de l'autre des oeuvres dématérialisées, à un prix unique, qui peut donc se retrouver supérieur à celui du papier. Or, dans la création du fichier, on ne compte plus ni sur l'impression, ni sur la diffusion distribution au sens classique : bref, les coûts sont moindres. 

 

D'ailleurs, le seul grand partisan d'un prix de l'ebook laissé à la libre appréciation du vendeur, ce serait Amazon, directement l'ennemi visé par l'instauration d'un contrat de mandat. Estimant que moins de 10 $ est le juste prix pour favoriser la vente d'ebooks, en suscitant plus que jamais l'achat compulsif, le cybermarchand est des plus mécontents. Et tout porte à croire que, d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, les décisions d'enquêter sur une possible entente du prix de vente de ces fameux livres numériques tirerait ses origines de la firme de Seattle. 

 

Alors, bien entendu, il faut protéger la création intellectuelle du mercantilisme effréné, et plus encore, des intentions ouvertement hégémoniques qui découlent de la politique d'Amazon. Mais en parallèle, on ouvre la voie à un mécontentement grandissant de la part des clients, à qui il devient difficile, voire impossible d'expliquer les raisons des écarts de prix en défaveur de l'ebook - et qui, à raison, ne souhaitent d'ailleurs pas en entendre parler. 

 

Ou bien faut-il comprendre que l'intention est claire, et qu'il s'agit là d'une méthode pour freiner la croissance d'un marché qui ne fait que grappiller des parts progressivement ? Difficile à admettre.

 

L'autre idée serait plutôt de considérer que les éditeurs font effectivement preuve d'une réelle cupidité, et qu'à défaut de compenser les pertes d'un marché du papier en berne, il sera toujours bon à prendre de grappiller quelques dollars sur des ebooks populaires. Fort bien... 

 

Et instructif... 

 

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