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Modifier le copyright pour que les aveugles accèdent aux livres

L'administration Obama priée de moins prêter l'oreille aux lobbyings

Le samedi 25 mai 2013 à 12:59:10 - 1 commentaire

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Pour aider les personnes aveugles, et celles qui ont des difficultés à lire, liées à des déficiences visuelles, l'American Library Association vient de lancer une campagne de lobbying, pour faire modifier le copyright sur les livres numériques. Concrètement, l'ALA souhaite obtenir la permission de commencer à convertir des ouvrages en braille ou en grandes tailles de police. Et ne plus endurer les actuelles restrictions sur ces questions. 

 

 

Love Blind

Franck Mahon, (CC BY-SA 2.0)

 

 

La pétition a été directement adressée à Obama, parce qu'il est toujours préférable de parler à Dieu qu'aux saints. Or, c'est bien l'administration du président américain qui a fait marche arrière sur le traité de l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, qui rendrait plus facile l'accès aux livres pour les aveugles et déficients visuels. Dans le cadre du traité, un accès simplifié pour ces personnes devait être mis en place. En 2009, la Maison Blanche avait assuré de son entier soutien sur cette question, mais après avoir rencontré les responsables de l'industrie du livre, ces mêmes personnes chargées de la question ont préféré changer d'avis. 

 

Depuis, l'administration Obama est clairement responsable de ce que ce point n'avance pas du tout - on est en, outre-Atlantique, au point plus que mort. En outre, parmi les lobbyistes qui font pression pour que ce texte n'arrive pas à terme, on retrouve la MPAA, Motion Picture Association of America, chargée de défendre le bien-être de l'industrie cinématographie et audiovisuelle. Selon eux, toute tentative de modifier le copyright, et d'apporter donc des exceptions au droit d'auteur, est considéré comme un problème potentiel - voire une perte d'argent, conséquemment.

 

Droit à la lecture pour tous

 

Ainsi, l'intervention de l'ALA prend une autre signification, puisqu'elle s'inscrit dans un contexte de revendications qui dépassent largement la simple défense des droits des utilisateurs. Selon des données de l'Union européenne datant de 2012, moins de 1 % des ouvrages mondiaux seraient disponibles dans des formats accessibles aux aveugles et déficients visuels. 

 

La pétition de l'ALA tente de faire bouger les lignes aux États-Unis, alors que prochainement, au Maroc, 186 pays vont se réunir pour finaliser le traité. Celui-ci devrait offrir une nouvelle chance à 300 millions de personnes aveugles. « Cependant, des sociétés énormes et puissantes - et nombreuses sont celles qui seraient affectées par le Traité - travaillent à l'affaiblir ou à empêcher son adoption », souligne le texte de la pétition.

 

Demander dans ce cadre au président américain d'intervenir personnellement et de contraindre les négociateurs à se battre pour parvenir à un traité solide. Pour que les aveugles puissent lire, tout simplement, au travers d'ouvrages adaptés, et sans les restrictions actuellement en place. 

 

Emily Sheketoff, directrice de l'ALA, depuis le bureau de Washington, explique : « Les bibliothécaires se sont toujours impliqués pour assurer aux personnes d'accéder à l'information, dans n'importe quel format, ce qui comprend les livres audio et le braille. Dans ce nouveau monde de l'édition, les lecteurs ebook sont en mesure de transformer un texte imprimé en un récit lu, permettanty aux personnes avec des déficiences visuelles d'accéder à un large éventail de livres. Nous soutenons fermement le Traité internation pour les aveugles, parce que nous pensons que personne ne devrait être privé d'information, du fait de l'endroit dans lequel ils vivent.  »

 

Depuis 2008, le Traité pour les aveugles fait l'objet de discussions au sein de l'OMPI, mais l'an passé, à Genève, les pourparlers ont pris fin au 25 juillet sans, une fois de plus, que le problème n'avance. La question juridique est amplement dépassée, et c'est bien un enjeu moral qui est au coeur du problème. L'Europe et les États-Unis tentent pourtant de trouver des solutions politiques, mais l'administration Obama, observée de près par les industries culturelles américaines, se retrouve bâillonnée et contrainte de céder aux pressions des lobbyistes. 

 

Suite à ces rencontres, le président de l'Association of American Publishers, Alan Adler, expliquait ne pas souhaiter qu'un précédent intervienne, et permette de développer une série d'exceptions au droit d'auteur. Celles-ci auraient pour conséquence de léser les ayants droit et les auteurs. 

 

L'histoire se répète, sans apprendre

 

Ce sont d'ailleurs les propos tenus voilà quelques années quand le Kindle 2 avait fait apparaître une fonctionnalité intéressante : le Text-to-Speech. Cette solution offrait de lire, au travers d'une synthèse vocale, pas vraiment très sexy, de lire tout ouvrage numérique. Mais rapidement, les éditeurs avaient levé les boucliers, assurant que cet outil menaçait la vente d'audiolivres. 

 

 

 

 

Une association de défense de l'alphabétisation avait décidé, en avril 2009 de porter plainte contre les restrictions imposées au Kindle 2. La Reading Rights Coalition avait organisé une conférence à New York, devant le siège de l'Authors Guild, qui avait signifié à Amazon que la fonction de lecture par synthèse vocale violait le droit d'auteur.

 

Selon la RRC, empêcher le Kindle 2 de lire oralement les livres numériques portait atteinte aux droits et libertés des aveugles et personnes ayant des lacunes en lecture. Leur manifestation avait tout particulièrement mis l'accent sur cette pression exercée par l'AG qui réclamait alors que la fonctionnalité soit désactivée. Amazon s'est alors retourné vers les éditeurs en leur demandant de se prononcer et de choisir s'il souhaitait que les livres soient ou non lisibles à voix haute par le Kindle 2.

 

Pour le président de la RRC, c'était là une «discrimination flagrante et nous ne tolérons pas cela », disait Marc Maurer. « Les auteurs et éditeurs qui choisissent de désactiver le text-to-speech de leurs ouvrages numériques empêchent les personnes aveugles ou souffrant d'autres handicaps liés à la lecture de profiter de ces ebooks. »

 

Mentionnons que l'Electronic Frontier Foundation était intervenue dans cette affaire, en expliquant qe les deux parties se fourvoyaient lourdement. Richard Esquerra avait déjà fait savoir que cette proposition faite par Amazon aux éditeurs était un arrangement spécieux. « Nous avions espéré qu'Amazon ferait face à cette intimidation sans fondement juridique et soutiendrait ses clients. Mais au lieu de cela, ils ont cédé et permis aux éditeurs de désactiver la fonction de lecture, en activant des systèmes de DRM. »

 

Et durant plusieurs mois, les associations de défense des personnes handicapées avaient pilonné les organisations professionnelles de l'édition, ainsi que les éditeurs, pour obtenir que la fonctionnalité reste en place dans le lecteur ebook. 

 

Car cette fonctionnalité qui permettait l'accès au livre, par le biais d'une voix lisant pour eux, représentait un confort inestimable, considèrent les associations. Et elles sont légion... Défense des aveugles, des dyslexiques, des personnes âges perdant la vue, et on en passe, et on en oublie s'étaient rués sur l'éditeur Random House qui fut le premier à demander la coupure de cette fonction. Et à faire officiellement les frais de sa décision. Progressivement, la liste des éditeurs frustrés de cet outil s'était allongée et d'autres maisons demandèrent que la synthèse vocale n'intervienne pas sur leurs ouvrages. 

 

Au final, Amazon ne céda pas : le  Text-to-Speech existe toujours, mais l'éditeur a le choix de l'activer ou non pour ses livres numériques. 

Sources : Signer la pétition , TechDirt , GoodeReader

Pour approfondir

photo Gary Nicolas

   

Directeur de la publication de ActuaLitté. Homme de la situation.

 

Mots clés :
aveugles - déficients visuels - lecture - accès aux livres



Réactions

Publié par Olivier

 

Il a quand même fallu que je lise 11 paragraphes pour qu'enfin on me dise que c'est l'accès à une fonctionnalité Text-to-Speech sur des eBooks (ou tout autre système équivalent) qui pose problème.

Écrit le 02/06/2013 à 13:34

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