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Coronavirus : des imprimeurs chinois aux éditeurs jeunesse francophones

Nicolas Gary - 19.02.2020

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Si l’épidémie de coronavirus a entraîné une nette amélioration du bilan carbone en Chine, le nombre de cas continue d’augmenter. Plus de 2000 morts dans l’Empire du Milieu, malgré les chiffres de contaminations en baisse, selon les autorités. On dénombrerait cependant 74.186 cas recensés — même si l’OMS se veut rassurante.


pixabay licence
 

Selon les données de Carbon Brief, le virus aura eu pour conséquence de diminuer le taux d’émission de CO2 en Chine : l’activité industrielle est frappée, moralité, un quart d’émissions de moins. Couplé aux célébrations du Nouvel An, qui entraîne la fermeture durant une semaine des magasins et chantiers, le territoire vit dans une certaine torpeur. 
 

Retards de production et livraison


Or, début février, les industriels du livre accusaient le coup : en proie à une certaine paralysie, les éditeurs américains ou australiens tout particulièrement de livres jeunesse encaissaient des retards de 7 à 10 jours. Pas de quoi paniquer, mais assez pour mettre un peu de désordre dans le rythme des parutions

L’imprimeur RRDA Asia, dans un courrier consulté par ActuaLitté, indiquait au 5 février que des mesures de protection de la santé des employés en Chine étaient déployées. Avec cependant la volonté « d’éliminer les risques de perturbations de notre approvisionnement et de notre production », indiquait le message.

Outre la distribution de masques et des contrôles sanitaires, l’imprimeur décidait de limiter « les voyages d’affaires aux seuls absolument nécessaires ». Différentes mesures d’urgence et des procédures de signalement, en cas de doute, faisaient également leur apparition.
 

Québec sans trop d'inquiétudes


Côté francophonie, les éditeurs québécois relativisent les conséquences. Simon de Jocas, des éditions Les 400 Coups, évoque du retard pour un titre, « rien de très préoccupant ». 

Roland Stringer, fondateur de La montagne secrète, passe par deux prestataires pour ses ouvrages. « On nous a dit fin janvier que des délais interviendraient pour la production. Nous ne publions qu’une douzaine de livres par an, et cela impacterait des titres prévus pour fin mai, début juin », souligne-t-il à ActuaLitté.

« Le plus préoccupant, pour l’heure, c’est que l’un de nos deux imprimeurs devait reprendre contact, pour annoncer un possible retour à la normale la semaine passée. Mais nous n’avons pas de nouvelles, pour le moment. » Rien de trop sérieux, « sauf si cela se prolonge et venait à concerner des titres de la rentrée : là, ce serait tout autre chose ». Chose plus problématique : ces retards s'ajoutent aux mouvements de grèves qui ont touché le réseau ferroviaire entre Vancouvert et Ottawa, Montréal ou Toronto...
 

Attendre les prochains mois ?


Côté France, ActuaLitté a sollicité Céline Dehaine directrice du département jeunesse de Flammarion (incluant Père Castor). Les albums et ouvrages Petite enfance sont en effet produits en Chine. Pas de nouvelles pour l’heure : bonnes nouvelles ? 

Au Syndicat national de l’édition, une réunion des éditeurs du groupe Littérature jeunesse ce 18 février a donné l’occasion d’aborder le sujet. Son président, Thierry Magnier, joint par ActuaLitté, se veut rassurant : « L’essentiel des livres se vend en décembre, et l’impression et la livraison avaient déjà eu lieu depuis longtemps. »

Évidemment, pour des maisons qui commercialisent des pop-ups, le passage par la Chine est obligatoire — savoir-faire oblige. « Chez Actes Sud, nous avons décidé voilà trois ans de chercher d’autres imprimeurs, pour ramener un certain volume de notre production en Europe. Près d’un quart de nos livres sont concernés, mais à terme, nous souhaitons surtout ne plus avoir d’autres interlocuteurs qu’en Europe. Comme beaucoup de petites et moyennes maisons, d’ailleurs. »

Chez Nathan jeunesse, Marianne Durand, directrice générale, estime que pour l’heure, le coronavirus n’a pas de conséquences – tant dans la production que la livraison. Mais les répercussions pourraient intervenir sous deux mois : les ouvrages de l’été et de la rentrée sont en cours de fabrication, l’affaire est à suivre. 
 

Inquiétudes autour de Bologne


Michel Demeulenaere, fondateur des éditions Mijade (Belgique), souligne « avoir arrêté depuis longtemps l’impression en Chine. Pour gagner 15 centimes et avoir de véritables casse-têtes dans les délais de livraison, non. Nous imprimons en Belgique, et c’est aussi une marque de fabrique et d’engagements avec les partenaires locaux ».

Foire de littérature jeunesse Bologne 2012
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
En revanche, il s’inquiète plutôt de ce qu’il adviendra de la Foire du livre de Bologne : la 57e édition, pour 2020, doit se tenir du 30 mars au 2 avril, avec Sharjah en invité d’honneur. La conférence de presse du 11 février n’évoque rien sur le sujet. Pourtant, l’éditeur belge redoute « qu’aucune maison asiatique ne puisse venir. Nous avons déjà reçu des messages de plusieurs clients et partenaires qui nous ont assuré de leur non-venue ».

Inquiétude partagée par Simon de Jocas : « Les éditeurs chinois et autres acteurs d’Asie pourraient se voir refuser le droit de visite sur le sol italien. Pour l’heure, seul un éditeur de Beijing m’a appris qu’il annulait sa visite. » Cependant, les autorités italiennes auraient aussi introduit des restrictions pour les vols depuis Hong Kong, Macao et Taiwan, indique une maison taiwanaise — pas de Bologne donc…

Thierry Magnier abonde : « Il se pourrait que l’on retrouve moins d’éditeurs en effet. » Avec des retombées économiques directes : le domaine de la jeunesse représente 31 % des ouvrages vendus pour des traductions à l’étranger. Or, la Chine est le premier acheteur et traducteur d’ouvrages français — 2100 titres en 2016 vendus, loin devant l’Italie… 1088 titres.

« Les cessions de droits ne s’effectuent pas uniquement lors des manifestations », reprend Thierry Magnier. « Une grande partie de l’activité se déroule hors des foires. Mais il est à craindre qu’en effet, les gros acheteurs soient absents. Et espérons surtout que cela se termine bientôt. » Indépendamment du secteur du livre, bien entendu.

Nous attendons des retours des organisateurs de la manifestation italienne sur ce point.


Commentaires
Zut... Ça veut dire que les éditeurs auront un peu plus de budget pour payer les éditeurs jeunesse FRANÇAIS alors ? Parce qu'en commençant à 3%, on est très très très loin des 10% réclamés cheese
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