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En littérature, les animaux n'enseignent rien de bon aux enfants

Nicolas Gary - 02.09.2017

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Si les adultes fondent littéralement pour les chatons qui ont envahi internet, les enfants préfèrent les êtres humains. Les livres jeunesse avec des personnages humains exercent en effet plus d’influence sur les jeunes âmes que le recours aux animaux. Autrement dit, les messages sociétaux passent mieux, et sont plus efficacement compris, voire reproduits.



Le chat et le vieux rat, illustration Gustave Doré
 

 

L’étude menée par des chercheurs canadiens de l’University of Toronto’s Ontario Institute for Studies in Education (OISE), repose sur la lecture de trois histoires auprès d’enfants de 4 à 6 ans. La première est celle d’un petit raton laveur, avec des personnages très anthropomorphiques. La deuxième reprend littéralement la première, mais avec des visuels d'êtres humains. La troisième parle de planter et contrôler l’évolution de graines.


C'est l'histoire de petit raton laveur qui apprend à partager

 

100 bambins furent donc soumis à un rythme de lecture soutenu et par la suite, 10 autocollants leur sont confiés, à emporter chez eux. Et les scientifiques de préciser qu’un enfant de leur âge, qui resterait anonyme, avait été choisi pour ne pas participer à l’expérience, mais qu’il était possible de lui donner des autocollants dans une enveloppe. 

 

D’après des études antérieures, les enfants de 6 ans ont du mal à partager, même avec leurs amis : le projet était donc de mesurer l'incidence de la lecture sur la capacité de partage. « Nous avons mesuré la différence de dons de stickers avant et après la lecture de l’histoire », indiquent les scientifiques. Ainsi, on demanda aux enfants de partager leurs autocollants favoris avec le participant anonyme.

 

Évidemment, l’histoire choisie, Little Raccoon Learns to Share de Mary Pacard, traite du problème de l'échange et combien partager avec les autres permet de se sentir mieux. Le fait est que les enfants sont devenus plus généreux avec le protagoniste anonyme, après la lecture de l’histoire dans sa version avec des êtres humains…



 


Selon l'adage qui dit “Sharing is caring”, que se passerait-il si l'on faisait alors lire un pareil ouvrage à ceux qui luttent ardemment contre le partage d'oeuvres – également dénommé piratage...? Soit.
 

On s'identifie moins facilement à un raton laveur qu'un humain ?


Les chercheurs s’étonnent : ce n’est pas tant le motif de l’histoire qui inciterait alors les cobayes à partager leurs autocollants, mais plutôt la reproduction d’un geste, par identification. Un principe de mimétisme pourtant connu dans le processus d’apprentissage. « Les enfants sont plus enclins à associer un comportement humain avec des êtres humains qu’à des animaux réalistes et anthropomorphiques », notent les chercheurs. Au contraire, même, la lecture de l'histoire avec le raton laveur aurait rendu les enfants plus égoistes. 

 

Le transfert d’informations et de comportement serait plus efficace pour de jeunes esprits avec des modèles humains. À l'inverse, les histoires impliquant des animaux, et avec une dimension fantastique, seraient traitées comme d’autres types d’informations — sans impact direct. Les enfants perçoivent les éléments réalistes d’un monde fantastique, mais seraient alors moins enclins à s’en inspirer ou le prendre pour modèle. 
 

La lecture de livres sur tablette favorise l'apprentissage des tout-petits

 

Le comportement prosocial — celui qui implique que l’on se préoccupe d’autrui — aurait besoin, pour être stimulé, de personnages humains. Les résultats confirmeraient à ce titre des études plus anciennes, indiquant que les enfants se montrent plus à même d’effectuer ce transfert de connaissances à partir d’histoires “réelles”. 

 

Toutefois, précisent les chercheurs, les histoires de fantasy ne sont pour autant pas à exclure : « Les enfants peuvent trouver ces livres amusants et divertissants, et ainsi ces histoires peuvent leur apporter le plaisir de la littérature. De plus l’implication de l’imaginaire des enfants est importante dans leur développement socio-cognitif, et ils apprécient clairement d’être immergés dans des univers fictifs, très tôt dans leur développement. »

 

En réalité, les histoires fantastiques pour les enfants de 6 ans, ne seraient juste pas assez efficaces pour stimuler le comportement prosocial. 


De l'enfant à l'adulte, l'art de l'affable
 

Ce qu’il est intéressant de noter — et l’étude en fait état dès son introduction — c’est qu’une recension effectuée en 2002 indique que sur 1000 titres jeunesse, plus de la moitié impliquait des animaux. Or, moins de 2 % leur prêtaient des comportements réalistes.

« L’un des arguments en faveur de cette représentation des animaux dans les histoires est que les enfants sont naturellement attirés vers eux, et par conséquent, en usant d’animaux au comportement anthropomorphique, l’histoire devient plus captivante et ses leçons plus accessibles aux jeunes esprits. » Finalement non. Ou pas sur les points que l’on espère.
 

Les enfants allemands préfèrent lire des livres que regarder YouTube


Il aurait été tout aussi intéressant de mesurer l’impact d’une présence humaine au sein d’un groupe d’animaux anthropomorphisés, pour évaluer les réactions. 


La Fontaine nous avait pourtant avertis, charitablement : « Je me sers des animaux pour instruire les hommes. » Des hommes, et non des enfants. Et là réside peut-être toute la différence : l’emploi des animaux permet de faire passer des messages critiques et satiriques, en avançant masqué. Mais l’adulte saisit plus clairement le sens — rien ne dit qu’il apprendra et changera pour autant… A ce titre, qu'en serait-il des contes de fées ?
 

L’étude globale est à retrouver à cette adresse.



Les histoires sans fin