Inspiré par Trump, le petit Sam voulait bâtir un mur dans sa chambre

Nicolas Gary - 18.05.2018

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Depuis la ville de Havelock North, en Nouvelle-Zélande, en passant par Montréal, Bruxelles et Milan, Trump fait l’unanimité... contre lui. Tout a débuté à Francfort, autour d’un projet éditorial jeunesse, avant de devenir une entreprise internationale.




 

Tout débuta en 2017, se remémore Sophie Siers, alors que toute la Nouvelle-Zélande était littéralement dévastée par Trump et le Mur qu’il voulait monter. « Comme la plus grande partie du monde, impossible de lui échapper ! » Or, c’est la réaction des enfants, à qui les parents tentaient tant bien que mal d’expliquer à quel point cette idée de mur était mauvaise, qui a intrigué l’auteure et éditrice. 
 

Un mur qui fait écho !

 

« J’ai passé du temps à parler avec des enfants, et fus surprise de ce que leur point de vue différait de celui des adultes : la plupart aimaient bien le mur ! » Et de ces conversations sont venues l’idée du livre, avec pour objectif d’explorer les centres d’intérêts de l’enfance : justice, vie privée et autodétermination. 

 

Ainsi, partager une chambre avec son grand frère présente des côtés assez complexes, et ne permet pas vraiment de modifier à l’envi son environnement. D’autant que les parents ne voient pas les choses de la même manière. « Dans la perspective d’un enfant, construire un mur pour créer et protéger son propre espace est une solution parfaite, quand on est confronté à des circonstances inconfortables. »

 

Entre le monde de Sam et l’univers mental de Trump, le mur offrait un parallèle, voire une jonction pour explorer le phénomène. « Les enfants, en plus, adorent lire des choses sur leur monde et les problèmes du quotidien. »

 

« C’est l’éditrice de Millwood press, une maison néozélandaise, qui nous a présenté son projet à Francofrt, en 2017 », raconte Mélanie Roland, des éditions Alice (Bruxelles). « Nous nous sommes rencontrées par hasard sur le stand de Québec Éditions, en parlant d’un ouvrage néozélandais que j’avais publié, La question de 10 heures du soir, qu’elle connaissait. »

 



 

La conversation s’engage, et Sophier Siers intriguée demande à Mélanie Roland si Alice serait intéressée par des titres engagés. « Un livre qui parlait de Trump et de son mur, cela n’avait pas eu beaucoup d’écho chez les éditeurs asiatiques, mais Sophie espérait toujours trouver un partenaire sur l'Europe et sur le continent Américain », note l’éditrice belge. 
 

Une collaboration internationale inédite


Une fois découvert, le livre la convainc, « surtout que Trump a dit de Bruxelles que c’était un trou à rats, qui méritait une bombe ». Le président américain méritait bien une correction… « J'aime le fait que le livre soit poli, sans caricature, mais que Trump soit placé au niveau d'un enfant qui construit un mur pour se débarrasser de ce qui le gêne. »


Au départ, il s’agit d’un album illustré, un enfant qui écrirait des lettres à Donald Trump. Sophie Siers, l’éditrice, est également auteure : présentant son projet à Mélanie Roland, il lui manque malgré tout quelqu’un pour les illustrations.

 

« Rapidement, nous avons repensé le projet comme une collaboration globale : la Belgique s’est occupée de la traduction, le Québec a apporté une illustratrice, le texte originel venait de Nouvelle-Zélande », raconte Simon de Jocas, responsable des éditions Les 400 coups, au Québec. 

 

Travailler sur Trump... pas évident de prime abord
 

C’est en effet Anne Villeneuve, primée (prix du Gouverneur général pour l'Écharpe rouge, prix TD pour Chère Traudi) et qui a fait paraître cinq ouvrages aux 400 coups, qui a rejoint l’aventure. « Anne travaille généralement sur ses propres livres, mais l’idée l’a séduite. » Toujours auteure et illustratrice, elle n'avait pas renouvelé l'expérience du duo depuis longtemps.
 

Pour Anne Villeneuve, l’illustratrice, « travailler sur Trump n’était pas une évidence jusqu’à ce que je lise le livre ». Elle y découvre une approche « qui répond parfaitement à ce que des tas d’enfants partout dans le monde peuvent se demander : que se passe-t-il, avec cet homme au pouvoir ? » 

 

Que l’on soit enfant américain ou ailleurs dans le monde, cet agité qui veut faire un mur pour empêcher les Mexicains d’entrer dans le pays qu’il dirige, nécessairement, ça intrigue. 

 

Le délai était plutôt serré, avec moins de trois mois pour s’emparer du projet et le faire aboutir. Pourtant, Anne Villeneuve parvient à y poser sa griffe : « Sophie, au départ, envisageait uniquement des illustrations dans la famille de Sam. Mais pour moi, il était impensable que l’on ne voie pas Trump. »


Moralité, le président américain apparaît, toujours de dos, avec un conseiller qui lui apporte les lettres de Sam, sans qu’il n’ait le temps – ni le le prenne ! – de les lire. 
 

Une affaire de famille, ou comment partager sa chambre...


« Au final, c’est une cession de droit avec un coup de billard à trois bandes », plaisante Mélanie Roland : « Alice n’achète pas les droits mondiaux pour la version française, laissant aux 400 coups le soin de travailler ce texte au Québec — nous le commercialiserons en France, en Suisse et évidemment en Belgique. »

 

D’autant que depuis, l’éditeur italien De Agostini s’est lancé dans la partie avec les trois autres éditeurs, sans cependant intervenir dans le processus d’élaboration du livre. Arrivé en avril dernier dans l’aventure, nous n’avons pas pu joindre l’éditeur en charge pour le moment, pas plus qu’à l’occasion du Salon du livre de Turin. 

 

L’histoire commence avec Sam, qui écrit depuis sa chambre — et en fonction des éditeurs, la ville change, évidemment — à Donald Trump. D’ailleurs, sa chambre, il la partage avec son grand frère, qui n’est pas vraiment sympa. Il est « comme tu le dis si bien, une personne indésirable ». Et comme Sam a entendu à la télévision que Donald Trump prévoyait de construire un mur, il se demande s’il ne devrait pas « en faire un [lui] aussi ».  
 



 

Notre projet a embrassé la mondialisation

Pour Sophie Siers, en tant qu’anglophone, plus sensibilisée au pathos trumpien, l’accès au pouvoir du milliardaire reflète un ensemble d’angoisse. « Je comprends qu’en temps de crise, les gens cherchent un certain protectionnisme et tentent de fermer leurs portes, leurs fenêtres et de sécuriser les frontières. Il est facile de voir à quel point la peur entraîne un besoin de protection. »

Explorer cette notion dans un ouvrage jeunesse n’était pourtant pas aisé : le projet était bien de faire un livre qui s’adresse aux enfants, pas qui fasse rire les adultes. Ce qui devient fantastique, c’est que le livre, dans sa construction éditoriale, va à l’encontre de la folie pas si douce de Donald Trup.

« Notre projet a embrassé la mondialisation : je peux, maintenant, partager des livres avec le monde ! Mais ce terme de mondialisation n’importe que peu : ce qui prime, ce sont les motivations qui nous animent. D’ailleurs, si nous nous servions de la mondialisation pour partager les profits économiques, déplacer de la nourriture et des ressources à travers le monde, je ne pense pas que quiconque s’en plaindrait », poursuit Sophie Siers, très remontée.

 

En attendant les diverses publications à travers le monde, à des dates différentes selon les territoires, d’ailleurs, reste alors le projet : pour chacun, les outils de communication et la dématérialisation sont au cœur de la bonne conduite de ce projet. « C’est tout de même extraordinaire, pour une petite société indépendante comme la mienne, travaillant dans cette petite nation installée sur une île éloignée, la Nouvelle-Zélande, qu’il ait été aussi facile de créer un livre avec des partenaires venus du monde entier. »

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