La Courte échelle : Peut-être un repreneur "sérieux"...

Olivia Wu - 02.12.2014

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Lors du Salon du livre de Montréal, les créateurs de La courte échelle ont appris qu'un acheteur sérieux était prêt à racheter la maison d'édition qui a fait faillite en octobre dernier

 

Alors qu'ils participaient au Salon du livre de Montréal, qui s'est tenu du 19 au 24 novembre,  les auteurs et illustrateurs ont su que les acheteurs seraient Raymond Talbot et sa fille. M. Talbot est connu pour avoir été propriétaire de plusieurs librairies et il est actuellement président de l'organisme Lis avec moi.

 

 

Le 10 octobre, sans avertissement, La courte échelle a déclaré faillite. Des rumeurs courraient sur ses problèmes financiers depuis des années. Mais personne n'avait vu venir la sombre nouvelle, notamment les auteurs qui publiaient leur premier livre avec la maison montréalaise cet automne. Depuis, ses créateurs sont atterrés et vivent une situation angoissante: ils ignorent s'ils récupéreront leurs redevances et pourront sauver les droits d'auteur sur leurs oeuvres.

 

Un espace leur était réservé afin de rencontrer le public, dédicacer leurs livres et les vendre. « les auteurs recevront leurs redevances pour chaque livre vendu », précisait l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) et Illustration Québec, les deux associations, entre autres, à l'origine de ce geste de solidarité à l'égard des créateurs

 

Deux problèmes de taille

 

Redevances impayées

La courte échelle a un catalogue de près de 800 titres, avec environ 500 auteurs et illustrateurs, en littérature jeunesse et en littérature adulte. Éditeur phare en jeunesse, en 36 ans, il a lancé les carrières d'auteurs majeurs, avec Annie Groovie, son Léon le cyclope et leurs 55 titres vendus dans le monde; ou aussi Chrystine Brouillet, qui a vu les aventures de son inspectrice Maud Graham être vendues à plus de 50 000 exemplaires. Mais tous ses créateurs attendent encore d'être payés. À ce jour, le montant total des droits d'auteur impayés est de 320 000 $ (225 000 euros) pour les livres vendus depuis deux ans.

 

Si les lecteurs peuvent encore acheter les livres encore disponibles en librairie, cet argent  est désormais perçu et geré par le syndicat de faillite. Celui-ci est un officier de justice chargé de régler les créanciers, tels «  la banque, les impôts, les imprimeurs et en TOUT TOUT DERNIER les auteurs et illustrateurs», précise sur son blogue, la bédéiste Lili Sohn, qui a publié en septembre son premier livre La guerre des tétons chez Parfum d'encre, maison qui appartient à La courte échelle.

 

La ministre québécoise de la Culture, Hélène David, s'est engagée à les aider à récupérer une partie du montant impayé, en plus de reconnaître qu'il y a une « question constitutionnelle à régler » concernant la protection des droits d'auteurs, l'autre enjeu de taille.

 

Contrat d'édition caduque

En effet, la loi québécoise sur le statut de l'artiste devait protéger leurs droits.  Mais, les artisans ont appris que la loi fédérale sur la faillite invalide la loi québécoise. Résultat: leurs droits d'auteurs seraient vendus avec le reste des actifs de La courte échelle sans qu'ils puissent rien faire.

 

L'illustratrice Annie Groovie a exprimé tout son désarroi dans une lettre à ses lecteurs, au milieu du livre et au public. « Imaginez qu'on ait pris en otage ce que vous aviez de plus précieux. C'est comme ça que je me sens », dit-elle dans un cri du coeur qui a été partagé plus d'un millier de fois sur Facebook.

 

Un mouvement de solidarité y a été aussi créé afin de les soutenir: 10 000 personnes ont montré leur appui. Ensemble, ils réclament au gouvernement fédéral d'intervenir pour donner préséance à la loi québécoise sur le statut de l'artiste. Cela signifie qu'ils pourraient récupérer leurs droits, travailler de nouveau avec l'éditeur de leur choix. Comme Annie Groovie le dit dans sa lettre : « une maison d'édition, ça se choisit tout comme un chum*, une auto ou un condo** ».

 

Premier acheteur potentiel

 

Tous espèrent et attendent un acheteur qui les paieraient et rendraient leur propriété intellectuelle. Mais quel sera l'éditeur qui aura suffisamment les reins solides pour reprendre un fleuron de l'édition québécoise ?

 

Comme une vente aux enchères, le syndicat de faillite est en train de vendre tous les actifs de La courte échelle au plus offrant, mais surtout qui sera capable d'assumer les dettes de plus de 4 millions $ (près de 3 millions d'euros) et les 500 000 livres en stock.

 

Un premier appel d'offre a été lancé et près de six offres ont été déposées le 31 octobre dernier. Un deuxième appel a été lancé par la suite: l'objectif serait de maximiser les offres, et de contacter les éditeurs qui s'étaient montrés intéressés, sans oser faire une proposition, selon le quotidien Le Devoir.

Le 13 novembre dernier, différents acheteurs sérieux se seraient manifestés. Raymond Talbot est le premier à avoir montré ses couleurs.

 

Mais, ils n'étaient qu'une vingtaine d'auteurs et d'illustrateurs à avoir répondu à la convocation pour la réunion d'information, sur les 500 que compte le catalogue de La courte échelle: la convocation a été lancé à moins de 24h d'avis. Aussi, certains étaient mécontents de la manière avec laquelle ils auraient été abordés par l'acheteur potentiel, selon Le Devoir.

 

Les auteurs devront répondre cette semaine afin de montré leur intérêt à Raymond Talbot et fille.

Enfin, entre les branches, d'après la bédéiste Lili Sohn, sur son billet datant du 17 novembre: « des maisons d'éditions françaises » seraient intéressées.

 

À suivre...

 

*Un petit-copain

**Un appartement



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