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Le livre de Morts : la vie par delà la vie dans l'Egypte antique

- 13.04.2016

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Il n'est pas nécessaire de considérer un territoire peuplé de démons malfaisants et nauséabonds, pour imaginer une vie après la mort. En revanche, l'idée qu'un guide de survie en territoire bilan puisse sortir le voyageur récemment décédé de l'embarras est plutôt séduisante. Pour les Égyptiens, la vie après la mort était une réalité tangible, comme en atteste le Livre des Morts – ou Livre de la Sortie au Jour. Ce dernier recensait rites et conseils, pour apporter sereinement cette nouvelle existence.

 

 

 

 

Preuve que le livre est tout de même un fameux objet de fétichisme, les Égyptiens suffisamment fortunés devaient emporter dans leur tombe un exemplaire du Livre des morts. Simplement parce que ce document venait en aide au défunt. On estime que près de 200 formules composaient le rouleau – eh oui, pas de Codex encore ! – qui aurait mesuré jusqu'à 25 mètres. Les plus anciens vestiges datent de la XVIIe dynastie, soit 1600 avant notre ère.

 

Tout à la fois guide et manuel, le Livre des Morts intégrait un contenu religieux autant que magique : des prières et des hymnes adressés à Osiris ou Rê assureraient le défunt d'une certaine clémence divine. D'autres formules avaient pour vocation de le protéger contre les ennemis ou les démons qu'il serait amené à rencontrer. Une fois entré dans le monde souterrain, mieux vaut être solidement armé. Le tout richement illustré, parce que l'on ne frappe jamais mieux l'esprit qu'avec des dessins éloquents.

 

Mais la plus importante et ultime étape du voyage était la pesée de l'âme : dans une balance était posée d'un côté une plume, symbole de la déesse de la Justice Maât, et de l'autre, l'âme du mort. Pour s'assurer qu'elle soit plus légère, le Livre recommandait de vider son sac pour un plaidoyer étonnant : il racontait toutes les fautes non commises, pour faire les yeux doux à ses juges. D'abord Anubis, la tête de chacal qui prépare le mort pour son jugement, puis Thot, à tête d'ibis, qui va prendre des notes. Horus présente le mort à Osiris, qui règne dans le royaume des morts...

 

 

 

Avec une quarantaine de divinités, ce dernier n'attend que de faire dévorer le mort qui raterait sa représentation. Et voici comment le discours était amené :

 

Hommage à toi, maître de la vérité, dieu grand. Je suis venu vers toi, mon maître, je me présente pour contempler ta splendeur. Je te connais, je connais ton nom, je connais le nom de ces quarante-deux dieux qui sont avec toi dans la Salle de la vérité, qui vivent de la garde des péchés, et se nourrissent de leur sang au jour de l'évaluation des qualités devant Ounnefer. Âme double maîtresse de la vérité est ton nom, or vous savez, maîtres de la vérité, que je vous apporte la vérité et que j'écarte de vous le mal.

 

 

 

Évidemment, dans les fautes non commises, à porter au crédit du défunt, on retrouve des choses propres au monde égyptien – des histoires de bestiaux et de pâturage, d'oiseaux divins pris dans des filets de chasse, et autres. Mais pour beaucoup, il s'agit de règles sociales amplement reprises dans l'Ancien Testament et le Nouveau : de quoi garantir une vie en société acceptable. Amusant : le mort devait assurer ne pas « avoir détourné le cours d'un canal » ni enlevé « les bandelettes des momies ».

 


 

Or, si le Livre des Morts présente toutes ces recommandations, c'est avant tout pour permettre au défunt de pouvoir sortir de sa tombe le jour, et y rentrer la nuit tombante sans difficulté. Avec cela, on lui accordait de manger du pain, de la viande et boire la bière de Rê en personne. Il obtenait également des champs de roseaux, avec orge et blé à foison – et cette fois, pas besoin de récolter : la culture est spontanée. Si l'on parle de Jour, c'est avant tout pour évoquer la Lumière dont Rê (dieu du soleil, et des crèmes dérivées) est le porteur.

 

En l'occurrence, chaque Égyptien pouvait composer, ou presque, son Livre des Morts, raison pour laquelle les papyrus qui nous sont parvenus sont si divers. Avec l'émergence du culte d'Osiris, durant le règne d'Ounas, vers le milieu du XXIVe siècle av. J.-C., les premières versions firent leur apparition : auparavant, textes et décors étaient gravés à même la pierre des temples, et non dans la tombe. C'est quelque part dans l'Ancien Empire – du XXVIIe au XXIIe siècle – que le Livre des Morts tire ses racines.

 

Mais Osiris seul en connaît les tenants et aboutissants.

 

Dans les sarcophages, on trouva entre le XXIe et le XVIIe siècle des textes peints, mais les papyrus n'étaient pas encore monnaie courante durant cette période.

 

  

 

Maintenant que tout cela est posé, pourquoi ne pas découvrir la prochaine exposition du Musée métropolitain d'art de New York ? Il s'y ouvre la plus grande présentation égyptologique qui fut jamais montée. C'est dans le dernier livre de Michael Nothtrop Tombquest : Le livre des morts. (traduction Eric Moreau)

 

pour approfondir

Antik forever

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Wikipedia



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