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Québec : Le plus fort c'est mon père !

Olivia Wu - 23.02.2016

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« Mon papa, c'est le plus fort, le plus grand, le plus intelligent », les enfants, souvent, décriraient ainsi cette figure essentielle de l'équation familiale.


Avec la figure du père, on invoque la protection, la force d'esprit, le courage d'affronter la Vie devant soi. Mais il y a aussi le père absent, qui semble indigne par sa lâcheté ou parce qu'il est tout simplement impuissant.

 

En littérature jeunesse, parmi ceux qui ont touché les lecteurs, on peut penser à James Potter, le père du célèbre sorcier à lunettes; Sim Lolness, le papa savant du célèbre Tobie; ou encore, le fabricant de jouet Geppetto et son fils Pinocchio.


Au Québec, voici des romans pour adolescents qui font la part belle aux papas en leur donnant un rôle lumineux, à l'exception d'un seul, mais qui résonne par son humanité.

 

 

Zazie est l'aînée de cinq enfants. Dur dur d'être membre d'une fratrie hors norme. Elle a plus souvent des poux et des rhumes à cause des petits. Depuis ses 11 ans, elle est baby-sitter bénévole. Comble de l'injustice, elle n'a pas de portable. Bref, elle râle ferme, se demandant si ses parents connaissent les moyens de contraception. On vit ses préoccupations d'ado, mais aussi sa vie de famille agitée. On se prend d'affection pour chacun, incluant le chat Patate. Son papa traducteur, bienveillant et présent, consulte souvent Zazie pour donner une « touche jeune » à ses textes. Pour les grosses émotions, il fait des tournées de poutines saucisses. C'est aussi avec son père qu'elle prend le temps de parler du grand cycle de la Nature. Avec des parents si complices, on a envie de vivre dans cette belle grosse famille! Entre les lignes, on reconnaît aussi les ruelles du quartier Limoilou, à Québec.

 

Zazie T.1: Ça va être correct, Marie-Renée Lavoie, Hurtubise

 

Les soirs sans devoirs, Fé, 14 ans, se balade en camion avec son père. Ils se lancent dans les rues de Montréal au son de la musique. “Papa et moi, on parle peu durant ces moments là, mais c'est bien comme ça”. Maman n'est pas loin non plus. Fé grandit entre ses deux parents fantasques qui font des pique-nique au bord du lac en novembre ou proposent de passer la journée en pyjama. Un jour, Fé rencontre Félixe, 16 ans. Elle tombe en amour de cette fille qui a un pigeon surnommé Clint. Pour définir son inclinaison, elle se dit “rosamoureuse”. Pendant que son coeur bat la chamade, elle voit aussi son père dépérir. Il commence à fumer pour le look, dit-il, il ne joue plus autant de la guitare, et il ne rentre plus travailler… Par la force des choses, notre héroïne aura un job de “papa-sitting”. Récit coloré et plein d'émotions, un premier roman réussi !

 

Fé M Fé, Amélie Dumoulin, Québec Amérique

 

Pourquoi un gamin de 16 ans débarque avec une arme dans son lycée et tire sur ses camarades? C'était la prémisse de Patrick Isabelle, l'auteur de ce récit court, qui fait l'effet d'un double uppercut. On sort sonné après avoir lu la descente aux enfers du narrateur. Jeune garçon lambda, il rentre au collège sans a priori. Mais du jour au lendemain, il devient le souffre-douleur de certains caïds. “Eux. Elles. Ils ne se doutaient pas de ce qui les attendait, du monstre qu'ils avaient créé.” Et les parents? N'ont-ils rien vu? Au début, le père considère que c'est un passage obligé pour devenir un homme, qu'il apprenne à se défendre. Mais la violence engendre la violence. Malgré son rôle infinitésimal dans la narration, la figure paternelle est un des rouages qui mènent cet ado à se couper de la réalité et à appuyer sur la gâchette.

 

Eux, Patrick Isabelle, Leméac

Ici, on est dans la tête de Marguerite. Quatorze ans, “je déteste les caresses et j'ai horreur des baisers. Je vis en permanence dans une sorte d'apesanteur, à l'abri du temps et de l'espace, dans le silence rassurant de la solitude Je suis autiste.” Dans sa vie, il y a son papa avec sa voix qui évoque le chocolat chaud et les crêpes dorées. Maman, elle, est partie quand elle avait cinq ans… Il y a aussi Rose la pétillante, qui la comprend si bien et fait des miracles. Au fil des mots, on apprend à vivre avec Marguerite, à comprendre sa différence. Papa Mathieu se démène, fait des essais, des erreurs, et, voit sa fille se transformer. Histoire lumineuse, elle est traversée par les drames que la Vie apportent parfois. C'est aussi un beau roman d'amour entre un père et sa fille.

 

Dans la tête de Marguerite, Sylvie Roberge, Dominique et compagnie

 

De plus, Linda Lemay le chante depuis déjà quelques années :

 



Les histoires sans fin