Un œil vers les États-Unis : L'humour dans la littérature jeunesse... 1/3

Anne-Sophie Tilly - 10.09.2013

Ailleurs - journal - intime - humour


Dans les librairies américaines, l'humour occupe un rayon à part entière.

 

Si le créneau éditorial des livres dont le seul but est de faire rire existait dans la production pour la jeunesse bien avant Le journal d'un dégonflé, la section “Humor se revitalise après le succès planétaire de Jeff Kinney. Traduits en plus d'une quarantaine de langues, 85 millions d'exemplaires de la série ont été publiés à travers le monde (Abrams / Le Seuil). Le tome huit est attendu en novembre et, hommage suprême, un ballon géant aux couleurs de Gref Heffley fera partie de la gigantesque parade organisée à New-York pour Thanskgiving. Rien que ça.

 

Mais ce n'est pas un hasard si la forme du journal sied particulièrement à l'humour de l'Oncle Sam.

Du point de vue graphique, le style des illustrations façon “crayonnés” s'insert dans un paysage visuel marqué depuis les années 30 par le cartoon qui, avant d'être un dessin animé, était le croquis à l'origine de l'animation. En noir et blanc le plus souvent, le cartoon sert parfaitement le concept du journal. D'une part, le trait épuré donne  crédibilité et légèreté aux dessins censés être conçus par l'enfant qui écrit et illustre son carnet. D'autre part, l'exagération de l'expression des personnages combinée à une mise en page éclatée rend l'ensemble plus amusant.

 

En matière de scénario, le récit linéaire de la chronique, racontée à la première personne, joue sur le comique de situation. Il met en scène une avalanche de gags visuels vus ou vécus par un antihéros.

Parfois, les séries sont très longues, comme Mon journal grave nul, écrit par Jim Benton  (Scholastic / Bayard Jeunesse). Editée depuis 2004, les tomes quinze et seize (sic !) du journal de Jasmine Kelly, en direct du collège Malparti, sont parus cette année aux États-Unis. La comédie musicale inspirée de la série sera diffusée à la télévision, cette rentrée. En France, le tome onze est prévu pour le 10 octobre.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le même esprit, le tome cinq d'Ellie Gribouille, écrit par Ruth Mc Nally Barshaw, est sorti outre-Atlantique en mai dernier (Bloomsbury / Père Castor-Flammarion). Les lecteurs américains attendent le prochain tome pour 2014. Pour l'instant, les Français peuvent lire les deux premières aventures d'Ellie dont les carnets mêlent textes, dessins et jeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les séries très visibles dans les librairies américaines en ce moment, on trouve Le journal d'une grosse nouille de Rachel Renée Russell, dont les Américains attendent le tome sept pour début octobre (Aladdin Paperbacks / Milan). Nikkie et ses BFF n'ont pas fini de vous faire rire : les lecteurs français découvriront les tomes trois et demi (l'héroïne révèle ici comment elle tient son journal. Le journal du journal, en fait...) et quatre en octobre. Oui car être une grosse nouille, ça se travaille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Inédit en France, on a hâte de découvrir le détective Timmy Failure, accompagné de son ours de compagnie, créé par Stephan Pastis (Candlewick). Les Américains attendent le deuxième tome pour début 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le prix de la série qui occupe le plus de place sur les rayons revient à... Origami Yoda, écrit par Tom Angleberger (Abrams). Sorti il y a peu, le tome quatre bénéficie d'une grosse campagne de promotion, trois millions d'exemplaires des premiers titres ayant déjà été vendus. A noter : le postulat truculent du concept qui met au coeur de chaque tome les témoignages de plusieurs enfants face aux prédictions d'une marionnette faite en papier plié. Le Seuil jeunesse a publié au printemps les deux premiers tomes. Merci !

 

On peut donc expliquer en partie le succès international du journal humoristique grâce à des personnages forts, drôles, attachants, et une structure en “série” qui s'inscrit dans la durée. Un schéma narratif qui se duplique d'un tome sur l'autre permet d'amortir les coûts pour l'éditeur, d'autant que la production sérielle a un effet locomotive sur les ventes. Techniquement, l'illustration en noir en blanc reste globalement moins coûteuse et plus pratique à imprimer pour l'éditeur qui achète les droits.

Si ce type de formule “made in USA” s'exporte facilement à travers le monde, il n'en reste pas moins que les États-Unis importent un grand nombre d'ouvrages en provenance du... Royaume-Uni. L'humour anglais est-il en train de conquérir le Far West ? Soyez patients, nous le verrons très bientôt. En attendant, enjoy !



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