Un œil vers les États-Unis : la semaine des livres interdits

Anne-Sophie Tilly - 01.10.2013

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À la fin septembre se tient une semaine particulière à travers les États-Unis : on y met en lumière les livres interdits, victimes de censure ou objets de plaintes.

 

L'American Library Association (ALA) organise ainsi chaque année cet événement, lancé en 1982 pour répondre au nombre croissant d'ouvrages sujets à contestation.  

 

Grâce au travail assidu des bibliothécaires, libraires, professeurs, élèves et parents, la majorité des plaintes sont sans suite (elles ne relèvent pas du cadre juridique) et les œuvres restent accessibles au public. Mais l'ALA mentionne que la plupart des retraits ne lui sont pas rapportés. La vigilance et la mobilisation des citoyens s'avèrent primordiales, comme ce fut le cas récemment pour Persépolis, de Marjane Satrapi (L'Association / Pantheon Books), retiré du programme de la septième année des écoles publiques de Chicago à cause d'un « contenu inapproprié pour des enfants de 12-13 ans ». Les élèves se sont mobilisés sur les réseaux sociaux, ont organisé des manifestations, pris la parole à la radio et la télévision locale afin de dénoncer l'interdiction d'une œuvre qui porte justement sur la liberté d'expression. Les efforts des adolescents ont payé : le roman graphique a été retiré des classes, mais pas des bibliothèques scolaires.

 

 

 

Lors de la semaine des livres interdits, l'ALA invite donc tout particulièrement les écoles, les bibliothèques et les librairies à organiser des évènements ou des expositions autour des titres les plus contestés, afin de défendre la « liberté de lecture ». L'association veut sensibiliser les citoyens à la censure à laquelle bibliothèques et écoles sont confrontées.

 

Des lettres…

 

Sur son site internet, l'ALA divulgue la liste des dix titres les plus contestés en 2011, parmi lesquels on trouve la série Les aventures de Superslip de Dav Pilkey, dont les trois premiers titres sont sortis en France cette année (The Blue Sky Press / Bayard Jeunesse). Comme nos copains d'Actualitté l'ont vu récemment, les romans jeune adulte sont de plus en plus concernés :  Treize raisons de Jay Asher (Razorbill / Le livre de poche Jeunesse), Qui es-tu Alaska ? de John Green (Speak / Gallimard Jeunesse).

 

Les albums ne sont pas épargnés, comme Et avec Tango, nous voilà trois ! de Peter Parnell et Justin Richardson (parution prochaine, le 31 octobre, aux Éditions Rue du Monde), qui aborde le sujet de l'homoparentalité.

 

 

Figurent parmi les auteurs les plus touchés par les demandes de retrait déposées au début des années 2000 : J.K. Rowling (contenu occulte), Suzanne Collins (violence), Mark Twain, John Steinbeck (langage injurieux), Judy Blume, Stephenie Meyer, Cecily von Ziegesar (contenu sexuellement

implicite).

 

Et des chiffres [1].

 

Au cours des vingt dernières années, le contenu sexuellement explicite et le langage injurieux ont été les raisons les plus évoquées lors des dépôts de plainte enregistrés en grande partie dans les écoles, les bibliothèques scolaires et publiques.

Les personnes qui déposent le plus de plaintes ne sont autres que… les parents. S'ils se disent motivés à protéger leurs propres enfants, une plainte vise tout de même à limiter l'accès d'une œuvre à une communauté entière.

 

Le graphique ci-dessous recense la liste des raisons citées lors des demandes de retrait de livres (ouvrages jeunesse et adulte confondu).

 

 

Le deuxième graphique présente les catégories de « plaignants ».

 

 

Le dernier graphique inventorie les institutions qui enregistrent le plus de plaintes.

 

 

Et c'est ainsi que s'applique le Premier amendement de la Constitution des États-Unis[2] : plaignants, auteurs et lecteurs jouissent de leur liberté de parole, à cette différence près que les premiers oublient souvent celle des derniers.

 



[1] Les graphiques sont consultables sur le site de l'American Library Association à la page suivante : http://www.ala.org/bbooks/frequentlychallengedbooks/statistics

[2] « Le Congrès ne pourra faire aucune loi concernant l'établissement d'une religion ou interdisant son libre exercice, restreignant la liberté de parole ou de la presse, ou touchant au droit des citoyens de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour le redressement de leurs griefs. »

J.-P. LASSALE : Les Institutions des États-Unis, coll. Documents d'études n° 1.01, La Documentation Française, 1985, consultable à la page suivante : http://www2.presse.ac-versailles.fr/Textes/Amen1791.htm



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