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Un œil vers les États-Unis : la tendance confirme le retour aux sources

Anne-Sophie Tilly - 28.08.2013

Ailleurs - états-unis - contes - héros


Comme outre-Atlantique, la France connaît depuis quelques saisons l'effet « Conte de fées ».


Après les déclinaisons diverses et variées des classiques occidentaux (films, pièces de théâtre, comédies musicales…), l'engouement pour des personnages et des histoires déjà connues du grand public ne faiblit pas. Le succès de la série télévisée Once upon a time adaptée en romans (Michel Lafon) ou de certaines productions hollywoodiennes récentes, comme ceux des doublets inspirés par Blanche-Neige, de plus récemment de Jack et le chasseur de géants ou encored'Hansel et Gretel, Witch Hunters confirme ainsi une tendance directement importée des États-Unis.

 

 

Cet automne, vampires, anges et loups-garous cèdent donc (un peu) la place aux personnages star d'œuvres classiques, contes ou légendes, et les maisons d'édition américaines misent sur des recettes prudentes.

 

En mettant en avant des personnages types universels et leurs rôles symboliques dans l'inconscient collectif, la plupart des éditeurs usent de figures devenues archétypes, éprouvés, mais encore forts dans l'imaginaire du lecteur. Si les archétypes inspirent les auteurs en leur fournissant des contraintes d'écriture créatives, à l'autre bout de la chaîne du livre, les archétypes, connus de tous, se placent commercialement bien. Les éditeurs l'ont compris.

 

 

D'abord, en pleine tendance vintage, on réédite ou l'on réimprime de grands classiques transcrits et illustrés par des artistes reconnus, comme Jacques et le Haricot magique ou Cendrillon vus par Paul Galdone, publiés pour la première fois dans les années 70 (Jack and the Beanstalk, Cinderella, Houghton Mifflin Harcourt).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autre formule magique : on part des archétypes pour s'en détacher, un peu, à la manière de Gareth Hinds dont le roman graphique Romeo and Juliet fait vivre des personnages multiethniques dans la Vérone de Shakespeare (Candlewick Press).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ou l'on part des archétypes pour s'en détacher, beaucoup, comme Stacey Jay qui, dans Of Beast and Beauty (Delacorte Press), narre l'histoire d'une jeune beauté aveugle amoureuse d'un monstre mutant. Remarquez au passage, dans cette très esthétique couverture, le magnifique clin d'œil (pas énorme du tout) aux lecteurs de Twilight
L'auteur n'en est pas à son galop d'essai, en janvier-février dernier, dans la collection Macadam (Milan jeunesse), elle publiait en deux tomes Juliette Forever et Roméo Forever.

 

Dans le même esprit, le deuxième tome de la quadrilogie Les Chroniques lunaires de Marissa Meyer, sorti au début 2013 (nous en avions parlé ici même), qui relate les aventures d'une Cendrillon cyborg dans un monde futuriste (Cinder et Scarlet, Square Fish / Pocket Jeunesse). On attend la suite en France pour novembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les « nouveaux » héros, les ados américains attendent la Lady thief d'A. C. Gaughen (Walker Childrens) pour connaître la suite des aventures de Scarlet, la chère et tendre compagne de Robin des bois qui tente encore et toujours de tromper la vigilance du Shérif de Nottingham.

Signe des temps : le personnage de Will L'Écarlate (Scarlett en anglais) est ici présenté comme une femme (Scarlet étant le premier tome de la série éponyme). Pour le moment, d'après nos sources, la série n'est pas encore annoncée en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, on ose et on apporte de nouvelles perspectives. Oui, car se servir d'archétypes connus permet de lancer des concepts et des graphismes audacieux, comme l'exquise collection Babylit chez Gibbs Smith (qui a dit qu'Anna Karenine et que Sherlock Holmes n'étaient pas pour les bébés ?). Dans une série d'imagiers tout-carton plus mignons les uns que les autres, les personnages de classiques deviennent prétextes à apprendre les chiffres, les bruits, les contraires, les formes ou les couleurs (Jennifer Adams, Alison Oliver). Nous vous en reparlerons très vite…

 

 

Ce qu'il y a de bien avec les vieux pots, c'est qu'on n'aura jamais fini d'y faire de nouvelles confitures.



Les histoires sans fin