1h25, Judith Forest

Clément Solym - 12.12.2009

Bande Dessinée - 1h25 - judith - forest


Avec ses mots simples et son trait faussement gauche, du haut de ses vingt-cinq ans adolescent, Judith a fait d’un carnet autobiographique une BD. Elle raconte un peu, puis beaucoup, toujours avec sincérité, les gens qu’elles croisent, sa vie, vus d’un moment entre deux eaux : la fin des études.

 

Elle dissipe d’emblée nos doutes, et s’interroge : « Mon histoire peut-elle toucher quelqu’un d’autre ? Peut-on écrire impunément sa propre vie ? » À l’issue des trois cents pages, et même avant, on tient la réponse. C’est oui et encore oui. Avec une étonnante maturité et une fragilité excessive elle se livre entièrement dans ce carnet. On rentre alors dans sa vie, on adopte son regard et ses pensées acerbes pendant quelques mois, le temps d’une échappée rythmée par des rencontres amoureuses et humaines pour une découverte de l’intime. Des images crues, des rapports assumés ou non, et une vie marquée par des questions : qu’aimait David chez elle ? « la discrète punkette de province gueulant sur la prof de littérature (elle l’avait cherché cette conne) ? » De toute façon peu de gens ont connu Judith, avant ce carnet en tout cas.

 


Sur le papier les affinités avec ce genre de fille paraissent minces.
Fille d’un businessman international, inscrite dans une grande école avec appartement payé à Paris, rebelle à la petite semaine… Un tableau facile qui n’épuise pas la réalité. La différence avec ses congénères tient à son regard sur les autres, miroir d’elle-même, et son goût pour la difficulté. Grâce à Momo et une escapade providentielle à Angoulême, ce « supermarché de la dédicace », ce sera la BD et Bruxelles. Cette sortie de Paris intervient à mi-chemin, avec un doigt d’honneur ! Puis le hasard des choses, le détour des rues et le choix d’une colocation remplie d’artistes feront le reste.

 

Au fur et à mesure qu’on avance dans les méandres de sa vie, Judith nous guide sur le fil de ses pensées, en allant toujours plus loin dans l’expérience de la révélation. On comprend la jeune fille qui est tombée dans la drogue, direction « l’orgasme du cerveau », sans adhérer à la dureté de son jugement envers elle-même « J’étais un squelette dépravé. Une merde. » De même pour son rapport aux parents, affreux et  pourtant simplement humain. Tous les chapitres portent le nom d’un homme. Sauf le dernier, qui porte le sien. C’est le retour aux sources et à la maison familiale. Qu’est-ce qu’il y a de pire pour un enfant que de faire pleurer sa mère ? Peut-être de ne pas arriver à lui dire tout l’amour qu’on lui porte. Mais pour cela il faut déjà arriver à s’aimer soi. Ce qu’arrive à faire Judith, enfin.