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Alex W. Inker, le gentil garçon qui dessinait des apaches

La rédaction - 21.12.2016

Bande Dessinée - Alex W. Inker - Apaches argot BD


Arrêtez tout, achetez ce livre ! Vite ! » C’est ainsi que Joann Sfar a salué sur Instagram la sortie d’Apache, première BD de l’auteur lillois, Alex W. Inker. « Beau comme une java ! », ajoutait-il, tandis que la presse lui faisait elle aussi un accueil enthousiaste. Voilà qui vous lance brillamment une carrière. Derrière ses yeux rieurs et son sourire chaleureux, le jeune homme ne boude pas son plaisir, mais il garde la tête froide.

 

 

 

Originaire de l’Avesnois, Alex W. Inker alias Alexandre Widendaele – un nom trop compliqué à écrire et un pseudo qui fait référence à son goût pour l’encrage – a d’abord suivi ses études à Saint-Luc à Bruxelles, « la seule école de BD qu’il connaissait ». De la BD, il en a toujours lu. Grâce à la bibliothèque familiale, notamment, où se trouvaient pas mal de volumes laissés par des camionneurs en cadeau à son père, douanier. De la BD, il en a aussi toujours dessiné, même sur des post-it qu’il agrafait au bureau de sa mère.

 

Mais, lorsqu’il sort, à 20 ans, diplômé de la prestigieuse école belge, Alex W. Inker ne se sent pas prêt pour une carrière de dessinateur. Il rejoint alors son frère en fac de cinéma. Après un master 2 consacré à Chris Ware, il s’inscrit en thèse et poursuit ses recherches sur les rapports entre cinéma et bande dessinée au XIXe siècle, tout en donnant des cours.

 

L’annonce d’une paternité prochaine vient quelque peu bouleverser la vie de ce tranquille trentenaire. Il prend un boulot alimentaire et, pendant l’été avant la naissance, remplit un carnet Moleskine de ce qui deviendra Apache.

 

C’est un article de L’illustration sur une course hippique à Longchamp dans les années 1930 qui sert de déclencheur à ce qu’il considère comme un exercice. L’univers visuel posé, l’époque déterminée, le scénario et les personnages puisent largement dans l’univers du film noir.

 

L’ensemble est bourré de références qu’il évoque, intarissable, avec une passion communicative. Albert Londres sur l’histoire des bagnes, Genevoix et Jünger pour la Première Guerre mondiale, Céline auquel il emprunte quelques-uns des termes d’argot qui fleurissent l’album. De Céline, il retient aussi le sens du rythme, car, « ce qui fait l’âme d’une BD, c’est le rythme plus que le dessin ».

 

Un pied dans la théorie, un pied dans la pratique, Alex W. Inker apprécie ce travail d’enquête qui accompagne la création.

 

 

 

La récente commande que lui a passée son éditeur Sarbacane a de quoi combler son âme de chercheur. C’est à la boxe qu’il va s’intéresser maintenant pour faire le portrait de Panama Al Brown, boxeur, musicien à ses heures et amant de Cocteau. Afin de se consacrer entièrement à ce projet, il vient de quitter son emploi d’imprimeur. « Quelque chose a abouti, ce n’est que le début. » Il mesure la valeur de cette nouvelle vie qui commence et trouverait bien malvenu de ne pas s’en réjouir.

 

Et nous, donc !

 

par Clotilde Deparday

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais


Pour approfondir

Editeur : Sarbacane
Genre :
Total pages : 125
Traducteur :
ISBN : 9782848658643

Apache

de Inker, Alex W.(Auteur)

Paris, début des années 20. Un vieux bouclard du quartier de la Bastille. Un serveur derrière le comptoir nettoie ses verres en rêvant, manches relevées, tatouages apparents sur des bras musclés et blancs. La nuit est tombée, la porte s'ouvre. Entre une très jeune et très jolie métisse, cheveux courts, garçonne, la silhouette fine. La femme est accompagnée d'un homme d'un certain âge, gros, riche, transpirant et essoufflé. Son micheton sans doute. Bientôt viendra les rejoindre le chauffeur de l'homme riche, aussi louche que patibulaire... Dans un huis clos étouffant leurs histoires vont se mêler, histoires de tranchées, de vols, de courses, de frangins, d'amour et de trahison. Au bout, il y aura la mort pour deux des quatre protagonistes. Oui, mais pour qui la faucheuse ?

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