Antigone ou l’adolescence, âge rêvé pour imaginer un monde meilleur

Nicolas Gary - 09.03.2019

Bande Dessinée - Antigone Sophocle - Antigone Jean Anouilh - révolte adolescence Antigone


Quel combat mènerait Antigone, fille d’Œdipe et de Jocaste, si elle vivait au XXIe siècle ? Sophocle en avait fait une figure de la révolte, au sein d’une famille où rien ne va de soi. Être la fille et la demi-sœur de son père, n’a rien de banal. Les éditions Goater ont publié cette projection d’une jeune fille dissidente, incarnant l’insurrection qui se dévoile, face à toute forme d’injustice.

Antigone
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Jop, alias Jonathan Proux, s’aventure de son propre aveu sur les traces de Jean Anouilh, en réécrivant la tragédie grecque. Une filiation reconnue, où le dessinateur va bien plus loin. C’est dans un monde contemporain, sombre, qu’apparaît Antigone, adolescente vivant chez son oncle Créon, préfet de police. Lourde responsabilité…

Si Anouilh avait mis en équilibre pouvoir et révolte dans sa pièce, cette Antigone est avant tout humaniste. Point de frère à qui l’on refuserait une tombe — Jop a opté pour une dimension plus altruiste, universelle. Son Antigone ne se bat pas (que) pour un frère, mais selon la formule de François Villon, des « frères humains ». 

La police a été diligentée pour une expulsion : un bâtiment occupé par des marginaux, des migrants, des artistes. La ZAD du marronnier jaune, espace de liberté et de refus d’un monde utilitariste. « Zone en sursis. Ici des gens vivent et inventent un monde meilleur. » Antigone, solidaire des migrants, cela coule de source : la tragédie familiale, trop égocentrée, devient une fraternité brûlante d’actualité.

Mais il y a bien entendu un frère perdu, sacrifié, qui lui aussi s’était battu pour ses convictions. 

Et l’on sait que le destin d’Antigone réside dans le sacrifice ultime : la force de ses convictions et de sa lutte contre l’iniquité prend une tout autre ampleur. « Je ne veux pas comprendre, c’est bon pour vous. Moi, je suis là pour autre chose que comprendre. Je suis là pour dire non et pour mourir. »  


 
Tout se déroule tellement vite que le drame devient saisissant : en l’espace d’une soirée, à peine, vie et mort d’une adolescente révoltée. Le scénario est implacable, fulgurant au fil des 24 pages. À peine un instant où l’action se tient tranquille, et voici que tout bascule. La tragédie était inévitable : le dessin la sert parfaitement.

Dans cette ambiance nocturne où domine largement une couleur bleu nuit, seuls quelques éclats de jaune ou d’orange — du rouge qui ne sera pas celui du sang, mais des flammes — tranchent. Dessin d’ailleurs splendide, représentant une Antigone aux traits fragiles, contre des policiers tendant vers le grotesque. Les femmes sont d’ailleurs plus fines que les hommes, visages plus subtils.

Mais dans Antigone, la tension dramatique résulte avant tout des personnages, de leurs liens : pardonner, obéir ou prendre les armes, même les plus pacifiques ? Entre Créon, oncle préfet soumis aux ordres et Antigone vibrante, aucune compréhension n’est possible. L’adolescence, âge rêvé pour imaginer un monde meilleur… 

Cette brève BD se parcourt, haletante, en une fraction de seconde. Les émotions surgissent, la sympathie, avant toute chose — et deviennent plus complexes, moins tranchées. Superbe réécriture.


Jop – Antigone – éditions Goater – 9791097465179 – 9 €


Commentaires
très fière de ta réussite pour cette première édition,bon courage pour l'avenir .Bisous

NADINE - DEDE
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