Assassins, espions et Triste Sire : la Guerre de Cent ans

Thierry Saint Solieux - 04.04.2015

Bande Dessinée - triste sire - royaume souverain - assassinat espion


Ah, les « Rois maudits » ! Une madeleine de la télévision française période O.R.T.F. avec ses personnages hors du commun, sa violence omniprésente et parmi tant d'acteurs épatants, Jean Piat tout de rouge vêtu dans le rôle de Robert III d'Artois !!! N'oublions pas pour autant le remake plus récent de Josée Dayan, remarquable pour les formidables décors de Philippe Druillet... 

 

Mais c'est en lisant le roman de Maurice Druon que le scénariste Vincent Brugeas se prend de passion pour un des protagonistes de cette histoire nous menant du règne de Philippe IV le Bel jusqu'à la guerre de Cent Ans. Un projet d'adaptation mûrit en secret au fil des années, pendant lesquelles notre auteur ne reste pas inactif et fait paraître les différents volumes d'une uchronie guerrière au parfum de série B : Block 109 et autre Chaos Team (Akiléos) où l'on trouve déjà au dessin Ronan Toulhoat. Un projet qui se concrétise aujourd'hui avec la sortie de cet excellent ouvrage qu'est Le Roy des Ribauds (Akiléos).


Placé à la tête d'un corps de sergents œuvrant au sein de la garde royale, le Roy des Ribauds contrôle d'une main de fer la grande truanderie parisienne. Tout autant qu'un responsable de la sécurité, il faut le voir comme un espion et un exécuteur des basses œuvres. 

 

Mais si Druon fait évoluer ce personnage dans l'ombre de Louis XI, Vincent Brugeas choisit de placer son histoire sous Philippe Auguste, au moment où la charge est créée et où règne le premier « Roy », Tristan dit Triste Sire. Une charge qui l'amène, en échange de gages et redevances, à contrôler les bordels et les filles de joie opérant dans les rues réservées, les tripots et ceux qui les fréquentent : voleurs, faussaires, meurtriers ou personnes très honorables venues s'encanailler. 

 


 

 

Tristanest un homme cruel, puissant, mais il a un talon d'Achille en la personne de sa fille. Malgré les chaperons chargés de la surveiller, elle se fait violer lors d'une sortie nocturne. Grâce à ses indicateurs, le Roy des Ribauds retrouve la trace du coupable, un marchand de vin en provenance d'Aquitaine nommé Guilhem Pudevignes, et monte une expédition punitive. Accompagné de ses meilleurs hommes, Michel le chevalier et Saïf le Maure, il le tue sauvagement. Mais ce faisant, il intervient sans le vouloir dans une affaire d'État : Guilhem est un pion dans la partie d'échec qui voit s'opposer Philippe Auguste à Richard Cœur de Lion et Aliénor d'Aquitaine pour le contrôle du royaume de France...


Le Roy des Ribauds est un album très réussi, où l'on ressent à chaque page le plaisir qu'ont les auteurs à nous promener dans ce Paris sombre et menaçant, peuplé d'individus pour le moins patibulaires, à commencer par le personnage principal. Triste Sire, balafré comme son souverain, est un antihéros très attachant, doté d'une personnalité complexe.

 

Autour de lui, amis et ennemis sont hauts en couleur, avec une mention spéciale pour Glaber, le super-méchant de service, à l'aspect franchement terrifiant. Tout au long des 150 pages, on se laisse prendre par ce récit rythmé et relancé sans cesse. Surtout, on admire le travail de Ronan Toulhoat : que l'on passe d'une pièce éclairée par un feu ardent à une ruelle enténébrée, la restitution des ambiances est parfaite, s'exprimant dans un choix de couleurs pertinent. Les cadrages sont dynamiques à souhait, toujours expressifs.

 

Longue vie au Roy !!!