Astérix, Adrénaline : conflit de générations chez les irréductibles gaulois

Nicolas Gary - 24.10.2019

Bande Dessinée - fille Vercingétorix Astérix - album Astérix Obélix - irréductibles gaulois


BANDE-DESSINÉE – Elle est là : Adrénaline vient de débarquer dans les librairies. Nouvelle venue dans le village des irréductibles Gaulois, elle partage l’affiche avec Astérix et Obélix, au point de leur en voler la vedette. Le 38e tome, La fille de Vercingétorix est arrivé, et ActuaLitté inaugure avec lui un grand partenariat avec les librairies Momie.

Parce que les libraires restent encore les mieux placés pour nous parler des livres, ActuaLitté ouvre une nouvelle rubrique : Les libraires en parlent. Et pour ce faire, tout le réseau de librairies Momie sera désormais sollicité, pour partager ses choix de lectures, ses découvertes et ses coups de cœur.


Julie et Léa toutes deux librairies à la librairie Momie de Clermont-Ferrand, nous racontent la rencontre avec Adrénaline. En voici leur résumé : 
 

Vercingétorix, dont on ne prononce pas le prénom à voix haute depuis la défaite d’Alésia, a envoyé sa fille au loin, pour la protéger de la vindicte romaine. Porteuse de son torque, collier traditionnel des Celtes, Adrénaline incarne une résistance à l’envahisseur — mais également un espoir pour les anciens guerriers qui combattirent aux côtés du chef gaulois.

Cachée dans le village des Irréductibles, en attendant son transfert, Adrénaline est peut-être protégée, mais ne rêve que de liberté. Au sein du village, elle tombera sur les fils du forgeron Cétautomatix et du poissonnier Ordralfabétix, Blinix et Selfix. Une manne, pour cette adolescente exaspérée d’être l’enjeu d’un conflit qui la dépasse. 

Avec sa fâcheuse tendance à fuguer, la voici qui mettra les nerfs de nos Gaulois à rude épreuve — tout en acceptant d’être ce symbole d’une autre époque, d’un héritage. Trahira-t-elle la mémoire de son père ? Panoramix, toujours aussi sage, nous donne à penser : « Son père lui avait demandé de toujours résister et d’être libre, et c’est ce qu’elle a fait à sa manière. »



Alors d’avis de libraire, que vaut ce tome ? Pour Julie, 38 ans (elle a demandé que ce soit souligné…), renouer avec Astérix, c’est retrouver des personnages qui ont traversé plusieurs générations. « Et l’approche transgénérationnelle de ce 38e album est particulièrement intéressante. »


le torque de Vercingétorix
 
Avec trois niveaux de lecture : des clins d’œil aux précédents tomes pour les fans, des gags destinés aux enfants et ados, qui font sourire les grands, et des références contemporaines qui sauront parler aux adultes.

« Depuis la reprise de la série, le pari de préserver la dimension graphique classique d’Astérix marche bien. Conrad et Ferri y ont ajouté des notes de modernité qui donnent d’ailleurs plus de profondeur », indique Julie.
 

Une adolescente au centre du village


Et puis, les tomes où une femme est au cœur de l’aventure sont rares. « Personnellement je me réjouis toujours qu’on mette en valeur un personnage féminin. Adrénaline est une ado, très attachante, et caractérielle, dans laquelle je me suis facilement retrouvée — même quand le trait est grossi. »



 
Une approche subtile dans ce qui est abordé, et notamment cette idée de la transmission : la part d’héritage pesante devient avec le temps une part de sa propre identité. « Et graphiquement, rien à redire : toute la tradition de la ligne claire est là, l’humour visuel, et on ressent surtout une grande bienveillance qui nous embarque. » En somme, tout fonctionne terriblement bien.
 

Adrénaline, un changement générationnel


Pour Léa, 20 ans, Astérix, « c’est ce que je lisais quand j’avais dix ans, et cela faisait longtemps que je n’avais pas rouvert un album. Le dessin m'a replongée dans les souvenirs que j’en avais gardés, et Adrénaline m’a très agréablement surprise ».

L’idée que le chef gaulois ait pu avoir une fille n’est nulle part attestée, mais historiquement, pas improbable. « L’album multiplie les clins d’œil à ce qu’on appellerait le conflit des générations. Quand les ados se réunissent dans la carrière d’Obélix pour fuir les adultes, et que ce dernier tente de s’incruster, il se fait gentiment envoyer paître. »



 
Des ados avec leurs rêves, des adultes avec leurs responsabilités… tout se retrouve : évitant les écueils des clichés sur les jeunes, Conrad et Ferri parviennent à ce tour de force où Asterix vit un renouvellement plein et entier. « À plusieurs reprises, on perçoit ce regard des Anciens sur les Modernes, querelle éternelle, bien entendu. Mais en mettant en avant cette nouvelle génération, que l’ancienne ne comprend pas vraiment, ils parviennent à faire autre chose avec Astérix. »

Une histoire qui se distingue et sort du lot, « même si les histoires d’amour restent des histoires d’amour, surtout celles des adolescents », poursuit Léa. Un renouveau véritable, un changement générationnel qui profite des nombreux détournements… et sans en spoiler aucun, l’affaire se conclura avec un grand banquet. 

Et cette petite perle de sagesse : l’important, c’est l’avenir. Et l’avenir, ce sont bien les enfants… 



 

Alors, reprendre des personnages, ça fait quoi ?


Libraire chez Momie, à Grenoble, Christophe Salomon est aussi connu sous son nom de scène : Chric. Il avait repris avec Verron et Veys la série de Roba, Boule et Bill, avant d’endosser la casquette de libraire, pour trois tomes. Auteur d’autres ouvrages, il voit le retour d’Astérix, pour la troisième aventure signée Conrad et Ferri, avec le sourire.

La reprise de cette série se déroulait dans un contexte particulier : « Verron avait collaboré deux ou trois ans avec Roba, il avait démarré le métier avec lui. Et Roba lui avait demandé de reprendre la suite, tout en gardant un œil sur ce qui se passait. » À la recherche de scénaristes, Verron sollicite donc Chric et deux autres auteurs. 

« Roba intervenait parfois dans nos scénarios : il était assez âgé, et voyait encore ses personnages avec la vision de l’époque où ils les avaient conçus. En revanche, certaines réticences devenaient légitimes et totalement compréhensibles. Il avait un œil neuf sur nos gags, parce qu’il n’avait pas la tête dans le guidon. »

Du reste, le dessin de Verron collait parfaitement avec celui du créateur. « Ce mimétisme a entraîné une bonne réception. La profession trouvait bluffante la similitude entre leurs dessins. Une fois, même Roba s’y est laissé prendre ne parvenant pas à distinguer qui avait réalisé un carton publicitaire, lui ou Verron. »
 
Côté scénario, le public pouvait se montrer plus difficile, tant chacun a sa propre image de Boule et Bill, « suivant l’âge auquel on les a découverts. Il y a les personnages des années 60, ceux des années 70, et ainsi de suite. C’était compliqué de gérer le ressenti de chacun. Alors nous avons modernisé, mais à la marge : Boule a troqué ses godasses des années 50 pour une paire de baskets. Sa mère, qui était une femme au foyer, s’est mise à faire du télétravail devant un ordinateur… »
 

D'Uderzo à Conrad...


Mais reprendre Astérix et Obelix représente une tout autre paire de manches. « Conrad fait du Uderzo quand il dessine et on sait combien il n’est pas évident de se fondre dans ce style. Surtout qu’il était plus proche, de Franquin, même s’il fait partie de la même école. » 



 
Quant à Ferri, scénariste solide, il résiste bien. « On peut toujours affirmer que ça ne vaut pas Le domaine des dieux ou Le Devin, mais enfin, Goscinny, c’était Goscinny. D’ailleurs, peut-être que lui-même aurait manqué d’idées après 50 années d’Astérix. »

Reste que voir arriver Astérix en librairie « c’est une vente assurée, que l’on n’a pas besoin de forcer : on prépare la vitrine, on fait ses piles, et les albums partent sans que l’on nous demande quoi que ce soit. Astérix reste un phénomène qui appartient au patrimoine culturel. Avec le temps, les livres continuent d’attirer, de fasciner : il est ancré dans notre culture, et n’a rien d’un effet de mode. »

Au point que certaines expressions de Goscinny — « Ils sont fous ces Romains » et tant d’autres — nous sont restées, passées dans le langage courant. « Il y a des gens qui l’achèteront, et se diront que c’est moins bien, mais qui l’achèteront tout de même, ça c’est fascinant. » 

Bien entendu, le libraire redoute toujours « une catastrophe, qui tuerait Astérix », mais l’attrait des irréductibles Gaulois demeure. « C’est le premier livre que je vais lire, au sortir de mes vacances. L’envie n’a jamais faibli. Qu’on soit libraire ou simple lecteur, Astérix, c’est toujours la même passion. »


En partenariat avec les librairies Momie, ActuaLitté vous fait découvrir les coups de coeur des librairies en manga, comics et bande dessinée, et bien d'autres informations sont partagées sur leur blog.


René Goscinny, Albert Uderzo, Didier Conrad, Jean-Yves Ferri – Asterix tome 38, La fille de Vercingétorix – Albert René – 9782864973423 – 9,99 €


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