Barracuda, 1. Esclaves, de jean Dufaux et Jérémy

Clément Solym - 08.01.2011

Bande Dessinée - pirates - barracuda - esclaves


Définitivement, les pirates ont le vent en poupe, ce n’est rien de le dire. Reconnaissez tout de même que l’air du grand large, les embruns et les passages à tabac ou autres harponnages, ça vous a une gueule bien trempée. Les faciès burinés par l’iode et le soleil, des cicatrices en pagaille et toujours un perroquet qui traîne, généralement pas loin du sabre qui tranche le fil des destinées… Ah, voilà, c’est malin : à me faire causer de piraterie, j’en deviens lyrique !

Monsieur Dufaux, à qui l’on doit la belle série de Niklos Koda entame donc le scénario d’un cycle marin, retournant volontairement à une certaine simplicité, comme lui-même l’explique si bien. Foin des zombies et autres rocambolesques aventures, telles celles de Jack Sparrow, Barracuda, c’est une bonne vieille histoire, tout ce qu’il y a de classique pour le genre pirates. À la différence qu’elle se passe à terre. Douze planches d’un bel affrontement en pleine mer, et le reste de l’intrigue se poursuit sur le plancher des vaches.

Original, et pas moins réussi pour autant. Car finalement, Barracuda raconte moins une histoire de pirates qu’une vente d’esclaves et leur devenir sur l’île à laquelle leur destin sera finalement lié. Une mère, sa fille et un jeune garçon les accompagnant capturés, et revendus, pour un très bon prix, sic transit gloriam mundi, etc.

Comme Monsieur Dufaux fait les choses bien, il nous glisse tout de même une petite histoire de trésor, avec un voile de mystères et de dangers. Parce qu’autant des pirates à terre, passe encore, autant des pirates sans trésor à trouver, même Jack Sparrow pour le coup, il aurait pas osé. Par contre, on retrouve bien la sorcière chamane-vaudou, quasiment hors d’âge. Et qui apportera son aide à la recherche dudit trésor, en l’occurrence, une tombe avec un diamant appartenant à la famille Scuebo, et bien sûr, « le plus gros au monde ».

Répondant aux esclaves, des pirates, un père et son fils, sans pitié, sans foi ni loi, véritables mercenaires des mers. Et ajoutons un cœur noble, pour parfaire le tableau. Le devenir de ces trois enfants, bouleversé par une rencontre en pleine mer, est maintenant scellé, et chacun va découvrir un destin inattendu. Quoique dans le cas de Raffy, le gamin pirate, la vie est un peu plus banalement faite d’inattendus.

Voilà : pour classique qu’il soit, tant dans les formes du dessin que par sa narration, Barracuda remplit le souhait de Monsieur Dufaux. Réaliser une histoire de pirates, avec quelque chose de différent, une caméra focalisant l’attention sur autre chose. Le rythme est bon, dynamique et les rebondissements ne manquent pas. Jusque dans le découpage des pages où les cases varient de manière bien pensée. Il ne manque peut-être qu’une pleine page, classique, certes, mais assez indispensable, pour ajouter une note épique et un peu édifiante.

Barracuda, le nom du navire pirate, mais aussi d’une nouvelle quête, bien installée, dont on verra bien ce vers quoi elle nous embarque. Une aventure honnête, si tant est que l’on puisse le dire en parlant de pirates…

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