Bastien Vivès : l'Amour avec un grand A

Clément Solym - 05.06.2012

Bande Dessinée - Vivès - amour - Delcourt


Alors, il est comment, ce nouvel album de Bastien Vivès ? Vous savez, celui qu'Actualitté vous propose de gagner en ce moment même... Eh bien, il est dans la droite ligne des deux précédents.

 

Même dispositif narratif : de grandes images répétées de case en case, laissant toute la place aux échanges de dialogues piquants, surprenants ou, au contraire, si banals qu'on ne sait où se mettre pour écouter ça. L'innovation repose entièrement sur la thématique. Après "les jeux vidéo" et "la famille" (et avant de traiter de "la blogosphère" dans quelques mois), Bastien Vivès s'attaque à l'Amour. Oui, oui, l'amour avec un grand A. Ou un très petit, dans certains gags, justement. Le truc qui attire les filles et les garçons, le machin qui unit les couples, le truc qui dure éternellement ou presque.

 

Le sujet est casse-gueule pour un auteur comme Vivès, qui a composé plusieurs albums dans une lignée romantique exacerbée (« Le goût du chlore » ou « Dans mes yeux », par exemple, tous les deux dans la collection KSTR chez Casterman), lui qui s'est permis de raconter des histoires très adolescentes où les filles étaient perchées sur un piédestal et les mecs cherchaient en vain une échelle suffisamment haute pour les atteindre. Difficile de garder le même point de vue et de faire rire. Tout aussi difficile d'en choisir un autre sans passer pour un opportuniste, d'ailleurs. On sent, du coup, que Bastien Vivès veille à ne pas trop malmener son lectorat féminin. C'est étonnant, car dans d'autres projets, il ne s'en est pas privé, comme dans le délirant « Les melons de la colère » chez Les Requins Marteaux ou dans certains gags franchement crades et déviants des deux albums précédents chez Shampooing.

  

Comme le sujet est la relation amoureuse et que c'est un thème sensible, Vivès l'évite quelque peu. Il lui tourne autour, préférant parler de relations de couple, d'adolescentes attardés ou de relations parents-enfants, dans lesquelles il est plus à l'aise.  Rien de grave, de toute façon, puisqu'on rit régulièrement et que la recette est toujours aussi efficace.

 

Gag intérieur

Mais on se demande tout de même au passage si l'auteur n'aurait pas gagné en liberté de ton s'il avait choisi un thème moins délicat pour lui-même, comme « le couple », tout simplement. Car, même si les gags préexistent et ont été publiés sur le blog de l'auteur avant d'atterrir dans ce recueil, on sent que la thématique n'est jamais abordée de manière frontale, comme la famille ou le jeu vidéo ont pu l'être dans les deux tomes précédents. Peut-être Bastien Vivès peut-il rire de tout sauf de l'amour lui-même ?

 

Il nous fait rire, en tout cas, une fois de plus, avec ses longues historiettes pleines de malentendus, de sous-entendus et de rapports tendus. La série reste l'une des plus amusantes à avaler ces derniers temps, on attendra donc encore le prochain volume avec impatience.