BD coréenne : Jisue Shin partage sa traversée du cancer

Clément Solym - 19.06.2012

Bande Dessinée - Jisue - Shin - Cambourakis


On pourrait dire que le roman graphique médical est un genre à part entière. Depuis quelques années, les albums se multiplient, où l'auteur raconte par le menu ses déboires médicaux. La recette fonctionne bien, car les ingrédients plaisent toujours : une bonne dose d'autobiographie, la garantie d'une « histoire vraie vécue dans la vraie vie », la découverte d'un nouveau monde – celui de l'hôpital – vu par les yeux naïfs du patient, puis l'omniprésence de la douleur et de la peur, le surgissement des émotions à fleur de peau et la menace permanente de la mort, qui amplifie tout le récit et lui donne une résonance dramatique profonde.

 

Dans ce domaine, quelques titres sont devenus de vrais classiques comme « Les pilules bleues » de Frédérik Peeters et « L'ascension du haut mal » de David B., d'autres mériteraient de figurer dans ce palmarès comme « Sutures » de David Small.

  

« 3 grammes » n'atteint sans doute pas la perfection de ces titres et pourtant, la dessinatrice coréenne parvient à apporter une touche très personnelle à son récit de maladie. Pas tant dans la manière de raconter, assez classique, en épisodes successifs correspondant aux différentes étapes (diagnostic, première visite, deuxième visite, entrée à l'hôpital), que dans les soudaines respirations graphiques qu'elle insère dans son récit : dans des doubles pages de pur dessin, les malades sont croqués en vrac ou, au contraire, la narratrice se retrouve seule et désarmée, minuscule face à la surface sombre de la page, métaphore graphique de cette zone d'inconfort où elle est plongée depuis l'annonce de sa maladie.

 

 

 

 

Faut-il résumer l'intrigue ? Jisue Shin, jeune illustratrice d'albums pour enfants se voit diagnostiquer un cancer des ovaires à l'âge de vingt-six ans à peine. Elle va devoir entrer à l'hôpital au plus vite : son fiancé l'accompagne. Ensemble, ils vont découvrir la maladie et son univers étrange, peuplé de médecins, d'infirmières et de grands moments de désespoir. L'album permet aussi de découvrir le système de sécurité sociale et de santé publique de Corée. Les rapports qu'y entretiennent patients, personnel soignant et médecins, les petites habitudes et les longues traditions, assez différents de nos habitudes. On y découvre enfin la différence d'attitude des proches : certains restent présents à travers toutes les épreuves, d'autres perdent pied, faute de savoir quel comportement adopter.

 

On l'a compris, plutôt que l'histoire, c'est le traitement graphique audacieux qui mérite qu'on s'attarde sur ce projet. L'ensemble des pages est traité avec un dessin assez minimal, à la mine de crayon noir, si simple qu'il serait lisible par un petit enfant. C'est justement du fossé qui sépare le dessin léger et le propos très dramatique que naît l'impression d'absurdité et d'injustice par rapport au cancer.

 

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Mais Jisue Shin n'hésite pas à varier les approches graphiques et, à plusieurs reprise, au cours de l'album, elle offre au lecteur des approches visuelles très différentes, souvent plus sombres, lumineuses parfois, déclenchant un effet terrible : enfermement, étouffement ou au contraire liberté et joie de vivre. Avec des outils très simples, la dessinatrice parvient à faire vivre aux lecteurs ses émotions et à susciter en eux la compassion.

 

N'est-ce pas précisément l'objectif de tout roman graphique médical ?