BD hier et aujourd'hui : de la possibilité d'une seconde chance

Clément Solym - 04.06.2011

Bande Dessinée - belle - image - ayme


Lit-on encore Marcel Aymé aujourd'hui ? On voit passer son nom dans le générique de films diffusés régulièrement à la télévision, mais guère plus... Quel éclectisme chez cet auteur ! Un homme capable d'écrire pour les enfants ("Contes du chat perché"), de produire des chroniques sociales acides ("Uranus", ou "La traversée de Paris"), ou de nous donner des récits fantastiques singuliers comme "Le passe-muraille" ou "La belle image", ici adapté en BD par Cyril Bonin pour les éditions Futuropolis.

La belle image
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Après les ténèbres de l'époque victorienne explorées dans "Fog", l'hommage aux romans de Gaston Leroux ou Maurice Leblanc qu'était "La chambre obscure", Cyril Bonin fait ici merveille avec son style graphique très expressif, subtilement balancé entre la caricature et le semi-réalisme, ses couleurs délicates et un peu passées, aptes à restituer une atmosphère désuète et douce-amère...

Surtout, il donne vie au fantastique selon Marcel Aymé, petit pas de côté dans la réalité de tous les jours : se rendant au guichet d'une administration, Raoul Cérusier, courtier en publicité, se voit refouler sous prétexte que les photos de lui qu'il donne ne le représentent pas ! En passant devant une vitrine de magasin, il constate que son visage n'est plus le même ! Dès lors, ses amis, ses collègues de travail, sa femme ne le reconnaissent plus, et il doit inventer un voyage à l'étranger pour se donner le temps de réfléchir à ce bouleversement...

Comment continuer à vivre dans ces conditions, et surtout, que faire de ce pouvoir qui lui échoit, car ce changement pourrait avoir du bon : on le remarque, il séduit les femmes, il se sent plein d'assurance !

Mais le jeu de s'inventer une nouvelle vie, s'il est grisant, peut aussi faire très mal : attiré par une belle inconnue et ivre de son impunité, Raoul Cérusier entreprend dans le même temps de reconquérir sa propre femme. Ils deviennent "amants", le bonheur conjugal petitement bourgeois fait place à la passion... La fidélité est-elle donc une illusion ?

L'amertume bien typique de Marcel Aymé imprègne la conclusion de cette histoire à la fois banale et sidérante, contée avec beaucoup de fluidité. La connivence que le lecteur entretient avec le personnage principal tient beaucoup à ce fantasme qui nous parle à tous : peut-on recommencer sa vie, en mieux ?

quartier lointain
sur BDfugue.com
C'est Faust et Mephisto ! C'est Jiro Taniguchi racontant dans "Quartier lointain" (Casterman) le parcours d'un homme mûr, ni heureux, ni malheureux, mais surtout sans perspectives, se réveillant dans le corps du gamin qu'il était adolescent, fort des ses acquis d'adulte en termes d'assurance avec les filles, de capacités intellectuelles, de lucidité vis-à-vis de lui et des autres.

Et surtout déterminé à élucider un mystère : pourquoi son père a-t-il quitté le foyer familial sans explications ? Pourra-t-il l'en empêcher ?

Avec un humour léger et un charme constant, beaucoup de graves questions sont posées, sans jamais peser...
  • La belle image, chez Futuropolis, 15,20 €
  • Quartier lointain, chez Casterman, 24,65 €