BD hier et aujourd'hui : radiophonie et petits meutres

Clément Solym - 25.06.2011

Bande Dessinée - radiophonie - meurtres - tardi


Si l'on a pas au moins quelques cheveux blancs (et l'âge qui, en principe, y correspond !), difficile d'imaginer l'impact que pouvaient avoir sur les auditeurs les feuilletons radiophoniques, à la grande époque de la Radiodiffusion française...

Peu de programmes télévisés, moins de facilités pour se rendre dans les salles de cinéma ou de spectacle : l'oreille collée au poste, toute la famille suivait avec passion ces histoires échevelées, lointaines descendantes des billets d'Eugène Sue ou Paul Féval dans les journaux populaires !

Gageons que Michel Boujut et Jacques Tardi en ont entendu, pour nous offrir aujourd'hui, avec l'aide de Stanislas au dessin dans "Le perroquet des Batignolles" (Dargaud), un fervent hommage à cette tradition...


Le perroquet des Batignolles
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Un album qui se trouve donc être la version "papier" d'une histoire diffusée par tranches de dix minutes sur les ondes de France Inter entre 1997 et 1998, l'histoire d'Oscar Moulinet, preneur de son dans la Maison Ronde du Quai Kennedy à Paris, intrigué par la disparition tragique de la cantatrice Christina Vogelgesang (les amateurs de musique classique apprécieront le clin d'oeil à Mozart !).

Suite à une interview, ulcéré par l'agression dont est victime sa copine Edith Lamantin, (chargée de la météo marine, on ne sort pas de la radio !), il s'improvise détective amateur, et découvre que les victimes possédaient une boîte à musique en forme de canard.

C'est également le cas de Paul Rivoire, sommelier bien connu qui se trouve assassiné avant même de pouvoir être interrogé ! Les boîtes contenaient un morceau de bande magnétique formant un message, menant à un mystérieux faussaire, Emil Schmutz... On parle beaucoup dans cette BD, ce qui paraît logique, eut égard à la première mouture de l'histoire, au risque de surcharger les cases, déjà bien remplies !

C'est là que le trait de Stanislas, hommage constant à la ligne claire d'Hergé, apporte énormément en terme de légèreté et de fluidité... Et de clin d'oeil bédéphile ! Car son personnage évoque furieusement Tintin, jusqu'au bout de la houppette ! Il est même légèrement perturbant de raconter une histoire aussi contemporaine, en usant d'un dessin à ce point historiquement connoté...

Le secret de l'étrangleur
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Mais cela contribue au charme de l'entreprise, comme de savourer les multiples références au Septième et au Neuvième Arts, semées par Tardi et Boujut, au fil de l'intrigue : souvenons-nous que les deux compères avaient commis un album d'hommage au cinéma intitulé "Un strapontin pour deux" (Casterman), et déplorons que "Le perroquet des Batignolles" se transforme en hommage posthume à Michel Boujut, disparu peu de temps avant sa sortie...

Le principe du feuilleton, Tardi le connaît bien, et le polar, il sait y faire, alors qui mieux que lui pouvait adapter Pierre Siniac, auteur du très immoral et cynique "Secret de l'étrangleur" (Casterman) ? À Paris, en 1959, Valentin Esbirol, libraire (!) assassine tous ceux qui ne lui plaisent pas... Et ça fait du monde ! Avec son assistant Alphonse Budé (12 ans !), il sème la terreur et ridiculise la police, au gré d'un scénario qui accumule volontairement les fausses fins. Déroutant et intrigant...
  • le perroquet des Batignolles tome 1, de Jacques Tardi, chez Dargaud, 13,95 €
  • le secret de l'étrangleur, de Jacques Tardi et Siniac, chez Casterman, 15 €