Biguden, ou l'art de la galette bretonne, sauce manga

Florent D. - 07.10.2014

Bande Dessinée - Bretagne galettes - manga crèpe - Japon rencontre


On retrouve tout est n'importe quoi sur les plages de Bretagne : des monstres marins, des personnages mythologiques – il paraît que l'Ankou se promène nu les soirs de pleine lune. Quand une vilaine marée noire ne vient pas dégueulasser les paysages bretons magnifiques, on peut également profiter d'une balade pour tomber sur des bateaux échoués. Et dans certains, on retrouve des passagers. 

 

 

C'est ainsi que le jeune Goulden, garçon qui vit avec sa mère et sa grand-mère va rencontrer une jeune fille, manifestement japonaise, qui a la vilaine manie de manger les mouettes avec le bec, les pattes et les plumes, crues. Rescapée d'un naufrage dont on ignore tout, la petite va être accueillie à bras ouverts par Goulden, mais sa grand-mère, une vieille Bigoudène qui porte encore la coiffe en forme de rouleau sopalin sur la tête, est méfiante. 

 

L'invitée est turbulente, a un caractère sacrément trempé, et donne du fil à retordre – apprendre le français sera le premier des défis. Sauf qu'en plus de cela, la petite semble posséder un certain don pour voir ce qui est invisible aux yeux des autres. Baptisée Biguden par la famille, la fillette va apprendre à s'intégrer, toujours sous le regard suspicieux de la grand-mère. 

 

 

 

 

 

Elle tentera même une séance d'exorcisme au biniou, croyant avoir affaire à un démon. Manque de chance, la mémé va tomber dans l'escalier, et mourir. Enfin, presque. Parce qu'au moment où l'Ankou viendra chercher son âme, la petite Biguden va lui tomber dessus et lui faire passer un vilain quart d'heure. L'âme restera finalement où elle était, et mémé, la dernière authentique bigoudène du village, va décider de transmettre son savoir et son héritage à la fillette. 

 

Et en matière de sortilège, la Bigoudenerie n'a rien à envier au chamanisme. Biguden va donc intégrer un bagad, la formation musicale évidemment typique de la Bretagne, avec biniou à bras, bombarde et percussions. 

 

 

 

 

Si le scénario est un poil complexe à accepter, c'est le côté conte de fées moderne qui l'emporte immédiatement dans le travail de Stan Silas. Son dessin, au croisement entre une crêpe au sarrasin et un manga bien moelleux, donne vie aux Korrigans, comme s'il s'agissait d'esprit japonais traditionnel. Entre Goulden et Biguden, une relation étrange se tisse, d'affection progressive, et de chamaillerie permanente. 

 

Le rythme est bon, et surtout bien manié, les personnages assez nombreux pour donner de la variété et laisser bien grand le champ des ressources possibles pour les épisodes suivants. 

 

Sincèrement, Biguden a de quoi plaire grandement, parce que le livre a la légèreté et la tendresse nécessaires pour faire craquer n'importe qui. Pas d'hésitations, on peut foncer. Rires et tristesse, certes, mais dans un monde du Finistère que l'on est impatients de découvrir dans les prochains tomes. Et puis, comme il se doit, des secrets sur l'histoire de Biguden et de sa mère, et d'un samouraï bien mystérieux. 

 

Plus que la sorcellerie, la magie blanche/noire ou la Wicca, 2014 sera bigoudenerie, assurément.

 

Quant à la toque blanche, promis, petite Stéphanoise, on te la trouvera à ta taille...