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Blanche-neige, Pinocchio et Barbe-bleue : on s'en laisse conter

Thierry Saint Solieux - 26.10.2013

Bande Dessinée - contes de fées - Barbe bleue - Pinocchio


Barbe-bleue, Blanche-neige et Pinocchio sont des personnages que l'on ne présente plus. Des personnages de contes célèbres, des récits que nous connaissons sous leur forme originale ou par le truchement de l'une des nombreuses adaptations qui leur vaut une grande popularité : film de cinéma, dessin animé, opéra... et bande dessinée, bien sûr ! 

 

chronique BD avec BDfugue

 

 

Philippe Bonifay, scénariste talentueux et prolifique nous propose aujourd'hui une autre façon de revisiter ces classiques. Les sources d'inspiration pour un écrivain sont, on le sait, très diverses, mais pour les contes, on peut penser que c'est la tradition orale qui vient en premier. 

 

Eh bien, imaginons plutôt que l'histoire personnelle de Charles Perrault, des frères Grimm ou de Carlo Collodi soit à l'origine de leur œuvre !!! Trois titres paraissent simultanément chez Glénat, avec à la clé des bonheurs de lecture variables. 

 

Graphiquement, le niveau est très bon : Stéphane Duval, Fabrice Meddour et Thibaud de Rochebrune font du beau travail, avec leur personnalité propre. On peut préférer l'un ou l'autre, mais le dessin est toujours cohérent avec le ton adopté pour chaque album. Blanche-neige ne manque pas d'atouts : Philippe Bonifay part de l'hypothèse que les frères Grimm découvrent dans un livre le destin tragique d'Otilie, une très jeune fille dont le père est séduit par l'écuyère d'un cirque, une femme belle et cruelle. 

 

 

La Barbe-bleue, sur BDfugue.com

Glénat, 18,50 €

 

 

Une femme prête à tuer tous ceux qui se mettent en travers de son chemin. Les nains du cirque donnent un caractère de légende germanique façon Nibelungen qui n'est pas désagréable. Mais les allers-retours entre l'histoire d'Otilie et les discussions des frères Grimm me semblent chaotiques et lassants... 

 

Pinocchio nous amène à Paris en 1875, et plus précisément dans les coulisses de l'Opéra, où une petite fille débordante d'énergie et à l'imagination sans limites est devenue la mascotte des lieux. Pour expliquer ses absences à l'école, elle raconte des histoires incroyables à son père adoptif Gaston, le gardien du Palais Garnier, mais se trahit en se grattant le nez à chaque fois qu'elle ment ! 

 

Un beau jour, montant sur une chaise pour atteindre des bocaux de sucreries, elle fait tomber sa poupée dont le nez se brise et doit être remplacé par une branchette en bois. Figurez-vous que Gaston a un ami italien nommé Carlo Collodi... C'est charmant, et l'atmosphère de ce théâtre où les rois sont les artistes est bien agréable, mais je trouve que le scénariste se triture les méninges pour faire correspondre l'histoire à son postulat de départ !!! 

 

 

Blanche-neige, sur BDfugue.com, 

Glénat, 17,50 €

 

 

La Barbe-bleue est par contre une franche réussite. En 1694, Charles Perrault se recueille sur la tombe de son frère jumeau et lui confie d'où vient son inspiration pour ce terrible conte : la vie des jumeaux Marc et Jean, grandissant dans la maison des Perrault 300 ans plus tôt. 

 

En allant chercher du secours pour soigner ses parents contaminés par la peste noire, Marc est renversé et piétiné par un cheval. Défiguré, il grandit dans l'ombre de Jean, en apprenant comme lui la sculpture sur bois. Devenus adultes, les frères se partagent les faveurs des modèles qui posent pour eux. Mais l'inspiration de Marc devient morbide, il bascule dans une folie sanglante, et tue les conquêtes féminines de Jean les unes après les autres. 

 

L'ambiance est étouffante, digne d'un film d'épouvante, les dialogues sonnent justes et le récit est fluide, bien construit ! Mais à ne pas lire aux enfants : le cauchemar est assuré...