Bug : Bilal 2.0, version 2017 remastérisée

Nicolas Ancion - 09.01.2018

Bande Dessinée - Enki Bilal - Casterman - anticipation, bug, virus


Cela fait des années que le travail de Bilal me laissait indifférent : son esthétique me semblait trop bien assise et ronronnante, ses ressorts scénaristiques usés, je ne m’attendais pas du tout à ce que son nouvel album ose reprendre pied dans le monde complexe qui nous entoure. Bien sûr, « Bug » se déroule dans un univers de légère anticipation, mais on sent bien que c’est de nous qu’il est question quand les citoyens du monde, connectés en permanence, se retrouvent soudain sevrés du web et des données qui permettent aux applications de tourner.

 



 

À ses débuts, notamment grâce à sa collaboration avec Pierre Christin, Enki Bilal n’hésitait pas à plonger dans l’anticipation et le fantastique, pour mettre en lumière les noirceurs de notre monde. Mais ces préoccupations scénaristiques ont à mon sens été peu à peu éclipsées par la tentation de développer un univers graphique et un monde futuriste où le gris et le bleu se répondent, à l’image de l’héroïne de « La femme piège », délaissant la pertinence politique au profit du décor et des corps. 

 

« Bug », dans son premier tome publié il y a quelques semaines, marque un retour de l’auteur, à la fois dessinateur et scénariste, dans l’arène sociale. Cet album tente d’appréhender l’univers complexe, ramifié, connecté, instantané, dans lequel nous évoluons.

 

Chic planète


Le « Bug » annoncé dans le titre a touché la Terre. Les réseaux informatiques sont mis hors circuit parce qu’un phénomène inimaginable s’est produit : l’ensemble des données stockées sur la planète a été siphonné. Elles ont non seulement disparu des bases de données qui les hébergeaient, mais aussi des systèmes de sauvegarde. Et, sans données, les systèmes d’information sont devenus inopérants. Notamment ceux qui permettent de faire fonctionner la base spatiale en orbite autour de la planète. L’album suivra la descente sur Terre de l’équipage et plus particulièrement le destin d’un astronaute, K. Obb, seul survivant d’une expédition de retour de Mars.

 

Il est vivant alors que tous ses collègues sont morts, mais ce n’est pas le plus étonnant. À mesure que les jours passent, il semble de plus en plus clair que son cerveau a assimilé l’ensemble des données terrestres et que Obb à lui seul détient plus d’informations vitales que tous les humains réunis. Autant dire que les puissances militaires de la planète entière, les gouvernements et les scientifiques sont prêts à tout pour mettre la main sur ce personnage hors du commun, dont le visage est désormais maculé d’une tache bleue...
 

 

Bilal 2.0
 

Certes, on retrouve dans ce titre plus d’un des tics visuels et des obsessions qui balisent l’univers graphique de l’auteur (les hommes torses nus dans des machineries médicales, les combinaisons spatiales, les visages bleus, les bâtiments monumentaux européens en piteux état, les couples étendus sur leur lit qui regardent le plafond, les hommes politiques en lourd pardessus, etc.), mais ces éléments collent parfaitement à l’intrigue et à la thématique. 

 

Si on ajoute à cela le plaisir visible que prend Bilal à imaginer le monde sans l’informatique (particulièrement dans les pages de journaux mises en page sans talent et bourrées de fautes d’orthographe) et à réinventer le récit post-apocalyptique dans une version où il n’est pour une fois pas simplement question de survie et de loi du plus fort, on comprend que l’auteur est parvenu à trouver un sujet à la mesure de ses fantasmes d’illustrateur et de scénariste.

 

Bilal a sens fans, ils ne seront pas déçus par cette nouvelle parution. Mais il a aussi ses détracteurs. Il sera peut-être difficile aux lecteurs repoussés par des décennies de postérisation de l’œuvre de Bilal, d’accepter de rouvrir un de ses albums pour se laisser emporter par l’histoire. Ils auraient pourtant tort de s’en priver. Ce « Bug » pourrait leur démontrer qu’un auteur starifié peut se réinventer sans se renier, après des années de succès.

Enki Bilal – Bug Tome 1 – Editions Casterman – 9782203105782 – 18 €


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Editeur : Casterman
Genre :
Total pages : 86
Traducteur :
ISBN : 9782203105782

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