Cet été, méfiez-vous de Plageman

Clément Solym - 15.08.2011

Bande Dessinée - Plageman - Bouzard - 6pieds


Alors qu'Hollywood raffole des super-héros et n'en finit plus d'adapter leurs aventures sur grand-écran, la BD d'humour préfère les super anti-héros, héritiers de près ou de loin du Superdupont de Gotlib et Lob. Les deux tomes de « Plageman », signés Bouzard, tombent à pic pour se faire lire à l'ombre d'un parasol sur les plages de France et d'ailleurs.

De super-héros, Plageman n'a que la tenue : cape en serviette de plage, masque fabriqué dans un ballon de beach volet et slip de bain moulant. Pour le reste, le personnage tient plus du Bidochon que du héros Marvel. Flanqué de son éternel faire-valoir, le bedonnant Pennak, dont la seule vertu semble être la fidélité à toute épreuve, Plageman arpente les plages, tentant avant tout de sauver sa peau des multiples épreuves qui lui tombent sur le râble : convocation de l'ANPE et enrôlement de force comme marchand de chichis, invasion du littoral par le XV de France en pleine préparation physique, tentative d'excursion au supermarché ou dans une boîte de nuit, conversations de comptoir au bar de la plage. Il y a sans doute du soleil et des nanas pas loin de là, mais Plageman est trop occupé à se faire remodeler le portrait par tout ce que le littoral compte comme musclés pour s'en rendre compte.

Les courtes aventures du super-héros à la cape en serviette-éponge ont été publiées dans le magazine Jade entre 1994 et 2005. Les éditions 6 pieds sous terre les republient aujourd'hui en deux albums souples parfaitement adaptés à la lecture balnéaire. Cette pluie de gags (Bouzard affectionne tout particulièrement les gags à répétition, où le héros s'enfonce toujours plus bas dans la déchéance, comme dans les sables mous d'une plage détrempée) fera marrer (haute ou basse, selon l'heure) les habitués de l'humour noir et grinçant qui fit les belles heures du magazine Fluide Glacial, par exemple.

Graphiquement, Bouzard prend un malin plaisir à jouer avec le physique malingre, ingrat mais élastique de son personnage principal, auquel il oppose les mâchoires carrées et les dents longues des beaux plagistes bronzés aussi bien que la gueule burinée de Freak Brother de son partenaire Pennak.

Même si les deux volumes sot entièrement réalisés en noir et blanc, le dessinateur n'hésite pas à jouer sur différents registres visuels selon les histoires. Il emprunte ainsi par moments le dessin minimaliste des gags illustrés de l'Almanach Vermot pour revisiter l'humour en une case, tantôt il utilise le registre plus réaliste qu'il a pratiqué dans son autobiographie d'un Mitroll ou dans Football Football, deux séries parues chez Dargaud.
 

Le temps a passé entre le premier et le dernier gag et Bouzard semble retrouver avec bonheur son personnage, comme une paire de vieille charentaise qu'on enfile sans effort à la fin d'une journée éreintante. On sent qu'il prend un vrai plaisir à varier les angles d'attaque et les registres, à raconter en cases muettes puis à laisser causer ses personnages en roue libre, selon l'humeur du moment. C'est ce qui permet à ces deux albums de rester surprenants pour le lecteur de bout en bout. Et c'est si rare, dans les séries humoristiques, que cela vaut la peine d'être souligné.