Chevaliers brigands et trio de gangsters, ou le crime qui paie

Clément Solym - 07.01.2012

Bande Dessinée - bandits - gangs - crimes


Quand j'étais petit, si l'on jouait au gendarme et au voleur pendant la récréation, personne ne voulait être le gendarme ! Car personne ne voulait avoir le mauvais rôle : la faute à Guignol, peut-être... 


Avec BDfugue


 



De même, et dans une optique voisine, Robin des bois garde une cote d'enfer, mais je lui reprocherais son obstination à porter un costume assez ridicule : il n'y a que les super héros américains pour faire pire de ce point de vue (et ne me parlez pas de l'aspect pratique de la chose, la cape de Batman ou Superman c'est très classe, mais surtout parfait pour se casser la figure au plus mauvais moment) !!!

 

Bref, les gens aiment les rebelles, auraient-ils des motivations un peu troubles... par exemple quand ils se trouvent être des braqueurs de banques, à l'instar d'Albert Spaggiari !

 

Les Faux visages ; une vie imaginaire du gang des postiches

Les faux visages, 

sur BDfugue.com

Faux visages (Futuropolis) de David B. et Hervé Tanquerelle retrace le parcours fulgurant du "Gang des Postiches". Un nom qui est une trouvaille de la police et qui vient de l'habitude d'être masqué lors des hold-up. David B., fin connaisseur d'une certaine littérature fantastique fait allusion avec l'expression "Les faux visages" à un texte du grand Marcel Schwob. 

 

Il y est question de chevaliers brigands pendant la guerre de cent ans qui portaient des masques peints comme des visages pour se cacher : l'un des braqueurs cite ce texte pour expliquer comment perpétrer leurs méfaits en plein jour en toute impunité !!! Quant à croire que l'un de ces truands endurcis est fin lettré... C'est tout l'intérêt de la posture des auteurs qui racontent une histoire vraie tout en s'autorisant des licences et déductions, car vouloir raconter cette aventure n'est pas simple : par exemple, le nom du Gang des postiches est déposé et ne peut être utilisé tel quel ! 

 

D'où le sous-titre quelque peu ironique : Une vie imaginaire du Gang des Postiches. L'action se situant entre 1975 et 1985, avec d'ultimes péripéties de nos jours, cet album est l'occasion d'un bond dans le temps fort dépaysant : les hommes sont tous moustachus à cheveux longs et les rues abondent en Citroën GS et autres Renault 5. 

 

On pense à Mesrine, leur contemporain, mais sans la dimension politique - discutable, bien sûr - de l'ennemi public numéro un : les "postiches" sont des gangsters qui renoncent à la violence par simple opportunisme... La police de l'époque apparaît sous un jour peu flatteur, déroutée par leur audace et leur habileté, et leurs parcours hétéroclites : un rassemblement de copains venus de tous les horizons qui pourraient aussi bien monter un groupe de rock... et qui décident de braquer des banques ! 

 

fais peter les basses, Bruno !

Fais péter les basses, Bruno

sur BDfugue.com

La couverture de l'album s'orne d'un trombinoscope du plus bel effet : une galerie de personnages savoureux, mais assez patibulaires, qui m'en évoque une autre, celle de l'excellent Fais péter les basses, Bruno (Futuropolis) de Baru, en précisant que les tontons pas trop flingueurs de Baru me sont beaucoup plus sympathiques !!!


Beaucoup d'humour dans cette chronique sociale - un domaine où l'auteur est toujours très à l'aise - avec de vrais morceaux de polar dedans ! 

 

Zizou fraîchement sorti de prison demande à Fabio, un vieux de la vieille de l'aider à mettre sur pied un casse, ce qu'il accepte de faire avec l'appui de ses potes retraités Gaby et Paul, tout en se méfiant dudit Zizou qui est aussi bête que méchant. Dans le même temps, un adolescent africain, Slimane, rejoint la France dans la soute d'un avion pour réaliser son rêve : devenir footballeur.


Tout ce petit monde va se croiser... 

 

Une histoire à la Audiard - avec ses dialogues épicés et ses gueules d'acteurs de série B - menée tambour battant dans une ambiance sécuritaire plutôt pesante : entre délit de faciès et chasse aux sans-papiers, la police n'a pas le beau rôle dans la France d'aujourd'hui...