Chicagoland : Ellory en bande dessinée

Nicolas Ancion - 19.10.2015

Bande Dessinée - Ellory Chicagoland - Polar - Sacha Georg


Les bons polars ne font pas toujours les meilleures bandes dessinées, car il ne suffit pas de raconter une solide histoire pour emporter le lecteur d'une planche à l'autre. La littérature noire a ses règles, ses ambiances ; les récits graphiques en suivent d'autres, tout comme le cinéma. Ils s'y sont donc mis à deux pour adapter Chicagoland de R.J. Ellory en BD : Fabrice Colin signe le scénario et Sacha Georg le dessin et sa mise en couleurs. Le résultat est, une fois n'est pas coutume, une vraie réussite.

 

Signalons d'ailleurs que l’œuvre originale n'existe pas en version imprimée en France, elle est constituée de trois nouvelles publiées par Sonatine en numérique uniquement, sous le titre Trois jours à Chicagoland.

 

 

 

Vie et mort d'une institutrice

 

Au centre de cet album, une institutrice à la vie banale, Carole Shaw, retrouvée morte sur le sol de son salon à Chicago, étranglée, dans les années 50. Le coupable a avoué les faits, l'affaire est simple, le jugement sans appel, ce sera la chaise électrique pour celui qui a rencontré l'enseignante, l'a accompagnée au musée et au cinéma, avant de la réduire au silence dans son appartement, alors qu'elle se refusait à lui. Le récit démarre au moment où la sœur de la victime vient assister à l'exécution, dans l'espoir de tourner la page sur ce meurtre sordide et d'enterrer définitivement sa pauvre sœur.

 

C'est tout le contraire qui se passera, finalement, sans coup de théâtre, sans retournement de situation, par le simple récit des faits et de leur réalité têtue, plus résistante que les apparences et les aveux, aussi spontanés soient-ils.

 

Trois récits pour le prix d'un

 

L'album déroule successivement le récit de la sœur, celui du policier chargé de l'enquête et, enfin, celui du condamné à mort, comme trois pelures d'un même oignon, qui laissent le soin au lecteur de poursuivre l'épluchage pour atteindre le cœur du végétal. Ou de l'assassin.

 

 

 

Le plus beau compliment que l'on puisse faire au scénario, c'est qu'on n'y détecte pas les habituels symptômes de l'adaptation de roman. Le découpage et les dialogues sont naturels, les voix off qui accompagnent chaque chapitre cèdent assez vite la place aux scène dialoguées, aux passages muets. Le tempo, au fond, est juste et emporte le lecteur, d'un bout à l'autre, en se payant le luxe de prendre son temps, de ralentir par moments, de s'attarder sur les détails et l'ambiance, en particulier sur le travail fastidieux de la police, avant de revenir vers l'essentiel et de permettre au lecteur d'assister, presque en direct, aux dernières minutes de la victime.

 

Sacha Georg à l'aquarelle

 

On se souvient de la lumière qui traversait les planches de La fille de l'eau (Dargaud, 2012) : pour ce projet-ci, le dessinateur dépouille encore son trait très fin, détourant les personnages à l'extrême, avec une fluidité et une sorte de grâce qui, par moments, allègent les épisodes les plus lourds de l'histoire. C'est surtout la palette à l'aquarelle qui évite les clichés les plus sombres du polar en BD. Pas besoin de nuit pour créer une ambiance oppressante : les jaunes, les verts et les marrons, quand leur chaleur est refroidie, ternie, dans le nuancier, créent une pesanteur nonchalante, une luminosité un peu fanée, qui colle assez bien à l'Amérique d'après-guerre. Et qui n'est pas sans rappeler le travail d'un Manuele Fior, l'un des meilleurs coloristes de la génération actuelle.

 

Au final, Chicagoland est un excellent album de BD, prenant, intelligent et sombre, un roman graphique dont R.J. Ellory n'aura pas à rougir.

 

 

 

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Pour approfondir

Editeur :
Genre : bandes dessinees...
Total pages : 128
Traducteur :
ISBN : 9782756063102

Chicagoland

Alors que le meurtrier est sur le point d'être exécuté, la soeur de la victime, le flic qui a mené l'enquête et le tueur reviennent sur les circonstances de sa mort pour tenter de comprendre ce qui s'est passé. Les apparences sont trompeuses. Seuls leurs trois témoignages pourront révéler la triste vérité. Un récit dramatique renforcé par les dessins élégants de Sacha Goerg.

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