Chimichanga : conte loufoque et tendre d'Eric Powell

Florent D. - 07.03.2013

Bande Dessinée - cirque - monstres - femme à barbe


Les amateurs de junk food vont saliver... à tort : Delcourt ne publie pas un traité culinaire sur l'art de la confection du Chimichanga, un plat mexicain particulièrement prisé par les autochtones nord-américains. Spécialité à retrouver dans tous les bons Tex-Mex, ce burrito que l'on plie comme un petit paquet, avant de l'expédier dans la friture contient à peine plus de calories que l'on n'en trouverait dans tout plat typiquement fast-foodien. 

 

Ravi de vous avoir mis l'eau à la bouche si vous sortez de table, mais dans tous les cas, Chimichanga, d'Eric Powel n'a finalement que très peu de relations avec la gastronomie mexicaine. Tout commence en fait dans un petit cirque digne d'une Monstrueuse Parade, mais un peu plus édulcorée. On y retrouve bien un clown triste, un poisson qui a une sorte de tête d'enfant, une diseuse de bonne aventure qui a la seule chèvre borgne avec deux yeux, et un homme fort de 70 kg, qui est aussi fort qu'un homme de 75 kg. 

 

Avouez que là, ça vend du rêve. 

 

Et puis, il y a Lula, une gamine de probablement huit ans, avec la barbe longue - eh oui, tout cirque de freaks a son authentique femme à barbe. Mais le vrai monstre n'est pas là. Lula est gourmande, et en se rendant chez monsieur Tacos, vendeur de junk food mexicaine donc, elle va croiser une sorcière, une vraie. Qui, elle, a besoin de quelques poils de femme à barbe, pour l'élaboration d'une potion magique. Lula va troquer un peu de sa pilosité contre une grosse pierre et une petite brouette.

 

Sauf que la pierre a été dégorgée de l'estomac d'un oiseau louche, qu'elle a une couleur pas franchement saine... et que va rapidement éclore de ce qui n'était pas une pierre, mais un oeuf, une grosse et grande créature. Qu'intelligemment, Lula va baptiser Chiminchanga.

 

L'avenir du petit cirque, particulièrement mal en point financièrement, se retrouve soudainement redressé, avec l'apparition de la grosse bête, qui passe son temps à essayer de tout dévorer. Même un éléphant, avec la prétention de n'en faire qu'une - grosse, certes, mais qu'une tout de même - bouchée. 

 

Avec ses couleurs étranges, son ambiance tendre et tordue, cet album relève de l'exercice parfait de création. L'histoire va en effet prendre une tournure inattendue, en mêlant un grand laboratoire pharmaceutique à tout ce petit monde de gens du spectacle, pour une tournure absolument incroyable. 

 

 

 

{CARROUSEL}

 

 

Powell, qui assure tout à la fois le dessin et le scénario, est un autodidacte de grand talent, c'est certain : Lula est une jeune fille effrayante, mais particulièrement attachante, sorte de contrepoint de sa grosse bête, non moins effrayante, et tout aussi attachante. A la différence près que Chimichanga est tout de même complètement débile : le QI d'une pierre fraîchement nettoyée à la javel.

 

Qu'importe ! Le scénario est drôle, touchant et bien ficelé : on ne s'ennuie pas, et on lit une authentique véritable histoire. L'univers de Powell est une sorte d'excroissance loufoque de ce que l'on pourrait trouver chez un Tim Burton, la dépression et le gothique en moins. Les ultra-puristes regretteront probablement qu'il n'y ait pas un découpage plus audacieux dans les planches et d'autres lui trouveront un teint un peu terne. Ils se trompent, ils n'ont rien compris : cet album est une vraie merveille !

 

Inévitable, immanquable et délicieux, Chimichanga est votre futur nouveau meilleur ami.