Vive la marée : une chronique sociale des vacances à la plage

La rédaction - 09.10.2015

Bande Dessinée - vive marée - chronique Sequencity - Prudhomme Rabaté


Avec Vive la Marée, David Prudhomme et Pascal Rabaté se proposent de nous renvoyer en vacances sur les plages du Sud. On passe de vacanciers en vacanciers pour découvrir des tranches de quotidien ensoleillé avec un esprit délicieusement voyeur. Dans cette bd, comme à la plage, nous scrutons les autres, épie leurs faits et gestes, cachés derrière nos lunettes de soleil.

par Guillaume Wychowanok, libraire à La 9ème Bulle

 

 

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Qu’ils soient en voiture ou en train, de nombreux vacanciers se rendent à Polovos-les-flots en ce début d’été. Déjà sur la route, chacun se scrute et, au volant de sa voiture familiale, un père de famille s’agace face au temps que met un conducteur de 4×4 pour faire le plein. Bien sûr la route n’est pas de tout repos, les bouchons sont, comme chaque étés présents et de nombreux événements viennent retarder l’arrivée à la plage et mettre à rude épreuve les nerfs des vacanciers.

 

Finalement, l’iode titille les narines des touristes qui finissent enfin par apercevoir la mer. Mais il va falloir marcher avant de se jeter à l’eau car la mer est à marée basse. Une aubaine pour les pêcheurs de palourde alors que d’autres pestent sur la distance qui les séparent de l’eau. Des femmes font leur possible pour parfaire leur bronzage, les enfants courent et se jettent à l’eau, pendant que les célibataires téméraires tentent leur chance auprès des demoiselles… Chacun fait comme il l’entend sur la plage… non sans observer et juger les autres !

 

 

Construit sur un long plan séquence, le récit passe d’un groupe de personnages à un autre, nous dévoilant quelques instants de leurs vacances. On plonge dans leurs pensées cocasses et parfois décalées, on suit leurs regards moqueurs, on assiste à leurs problèmes du quotidien et leurs jeux enfantins… Comme lorsqu’on est sur la plage, on prend un malin plaisir à profiter du spectacle qu’ils nous offrent… d’autant plus que la galerie de personnages concoctée par les auteurs est des plus savoureuses. Du couple de campeurs retraités, aux dragueurs invétérés, en passant par les éternels rêveurs et les cyclistes, personne n’est épargné par notre esprit voyeur ! Du coup, on s’identifie à certains d’entre-eux, on retrouve des événements vécus et des personnes croisées.

 

Avec un regard complice, les auteurs ont dressé une véritable chronique sociale des vacances à la plage. Sans jamais être méchant ou gratuit, l’album nous décroche de nombreux sourires au fil de ces instants volés. Les auteurs se jouent de leurs personnages pour livrer des moments drôles et savoureux, parfois surprenants. Forcément, quelques clichés pointent le bout de leur nez, mais pas de quoi mettre à mal le parfum d’iode et d’authenticité qui se dégage des planches.

 

Plus que la routine estivale et ses saveurs, c’est vraiment l’esprit de flânerie et d’observation qui habite cette oeuvre. David Prudhomme et Pacal Rabaté ont en effet « dépassé » la réalité pour dégager des motifs, tisser des liens surprenants et composer une poésie tranquille et sans prétention. Du moment que le lecteur accepte de se laisser porter par l’album, sans en attendre une intrigue définie avec un but précis, il ne peut que passer un bon moment.

 

Graphiquement, l’album est également une ode à l’observation. À quatre mains, les auteurs ont su élaborer un simple style mais pas simpliste, appuyé par des couleurs (forcément) lumineuses. Chaque planche recèle de nombreux détails intrigants ou amusants, de situations surprenantes, de corps vrais, gracieux ou non. Le long plan séquence est habilement rythmé par des cadrages étonnants qui amplifient le comique des situations.

 

Surprenant à bien des égards, Vive la Marée fait partie de ces albums inclassables et pourtant savoureux. Entre chronique sociale, portrait amusé et poésie moqueuse, cet album empli de clins d’oeil rieurs cache sa construction minutieuse derrière une apparente flânerie. Certes, pour certains l’absence d’histoire sera sans doute synonyme de manque d’intérêt, mais pour les autres Vive la Marée a de quoi offrir une savoureuse et complice parenthèse de vacances.

 

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