Clochette perdue au Pays des Merveilles : Alice seul espoir de revoir Neverland

Florent D. - 09.10.2014

Bande Dessinée - Clochette fée - Peter Pan - Alice pays merveilles


Mélanger la fée clochette et l'univers de Peter Pan avec celui du lapin blanc et de la dame de cœur, ça affiche un fameux mash-up en perspective. Les textes de J.M. Barrie et de Lewis Carroll ne se croisent en effet que peu, mais Robi Pena et Didier Criss se sont lancés dans la folle aventure avec Clochette au pays des merveilles. Ou comment faire rencontrer le monde d'Alice avec celui du garçon qui ne voulait pas grandir ? 

 

 

Il s'agit d'une nouvelle série, et, en qualité de tome 1, on se dit que les deux compères ont fait très fort avec cette histoire. Perdue à Londres, pestant contre Peter Pan qu'elle recherche dans les rues de la ville, Clochette se retrouve coincée dans une librairie. Le vieux tenancier de la boutique la découvre et tente de s'en débarrasser, en l'écrasant entre les pages d'un livre – qui n'est autre que Alice au pays des merveilles.

 

Coup de chance, elle aurait pu tomber sur Dracula ou Frankenstein... 

 

Clochette se retrouve donc prisonnière du livre de Carroll, incapable de voler : la magie du Pays imaginaire ne fonctionne pas dans celui des Merveilles. Et seule Alice sera en mesure de secourir la pauvre Clochette qui ne demande qu'à retourner dans son propre univers. 

 

Et il vaudrait vraiment mieux : la présence de Clochette perturbe les frontières des mondes fictionnels, et des personnages arrivent de partout, semant une grande confusion dans le monde de Carroll qui n'a clairement pas besoin de plus de foutoir. Ainsi, un certain Mr Tramp fait irruption dans le pays des Merveilles ou encore Oberon, le roi des fées, qui se retrouve à la cour de la Reine de cœur, toujours aussi cruelle et implacable que dans le livre original. 

 

Mais quoi de plus naturel, puisque tout cela se déroule au sein d'une librairie ? Chaque livre est en contact avec les autres, et, nécessairement, l'imperméabilité des univers n'est plus assurée dès lors que Clochette se retrouve coincée dans un livre qui n'est pas le sien. Et Oberon, rendu immortel par Shakespeare dans le Songe d'une nuit d'été, ne manque pas de relief.

 

 

 

Avec un dessin particulièrement sexy et des personnages solidement campés, l'approche du mash-up, qui consiste à réunir deux œuvres pour en faire une troisième, donne ici sa pleine mesure. D'abord le travail de la couleur est impeccable, mais, surtout, les deux auteurs sont eux-mêmes dessinateurs. Dans le partage des tâches, on se retrouve avec Crisse qui s'est chargé des personnages et Pena qui a pris les couleurs et les décors en charge. 

 

Moralité : des personnages féminins très sensuels, diablement séduisants et jouant sur de belles rondeurs. Les amateurs apprécieront, d'autant plus qu'à la manière d'un Tim Burton, il s'agit bien de réécrire une nouvelle histoire, au sein d'un univers fort dans l'imaginaire collectif. Mais tout cela fonctionne sans peine, et l'on savourera même le dossier présenté à la fin de ce premier volume, qui raconte le making-of et les coulisses de cette réalisation.

 

En plus de cette ambiance farfelue, mais très plaisante, il faut souligner combien le rendu graphique ajoute encore à la dimension féérique. Et le final, qui ouvre grand la porte à d'autres aventures et des cross-over très littéraires, donne l'eau à la bouche. Plus qu'un simple compendium, c'est une stratégie littéraire sur le long terme qui se profile – à condition que la série puisse se déployer.

 

Cela dit, on n'oubliera pas que le départ même de l'histoire – Clochette coincée dans un livre dont elle n'arrive pas à sortir – repose sur quelque chose d'assez léger, et pas nécessairement cohérent. Mais ce n'est qu'un détail dans l'ensemble de très joli tome, d'ailleurs particulièrement soigné, avec une couverture dont le relief spécifique donne l'impression de nervures de feuilles. 

 

La série avait pris du retard, et l'on redoutait qu'elle ne voit finalement jamais le jour. Attendue parce qu'annoncée pour 2013, c'est une belle réussite, convaincante et pleine d'une poésie, qui saura attendrir les adultes. 

 

{CARROUSEL}