Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Comme un frisson : El Hamouri, un tempérament de feu

Nicolas Ancion - 25.09.2017

Bande Dessinée - Aniss El Hamour - Comme un frisson Hamouri - pouvoir sentir avenir


Renata galère, tant dans sa vie professionnelle qu'affective. Elle écrit et vit seule, bosse sur un projet de livre qui n'aboutit pas, se sent rejetée par sa bourgeoise de mère, bref, elle en a plein le dos. C'est le vol de son ordinateur portable par deux clodos qui va déclencher la sortie de route de l'héroïne. Quand le train-train déraille avec Aniss El Hamouri aux commandes, les sensations fortes sont garanties.



 

Faut-il être exclu de la société pour se sentir dans les marges ? Le personnage de Renata, l'héroïne de « Comme un frisson » vient démontrer qu'il n'est pas nécessaire de vivre en squat, de se saouler au vin premier prix et de faire la manche pour sentir la pression bouillonner à l'intérieur de soi et avoir envie, l'espace d'une longue parenthèse, de ne plus faire corps avec le reste de la société.

 

Isolement, délinquance, violence, cavale... Renata va prendre goût à la vie de bâton de chaise, aux côtés de Corbeau et Beluga, deux clochards aussi différents et inséparables que les deux faces d'une même pièce d'un centime roulée dans le caniveau. Corbeau est basané, malin, retors et anguleux ; Beluga est immense, tatoué, gras et d'une sincérité désarmante. Ensemble, ils ne peuvent faire que des conneries, c'est inévitable.

 

Aniss El Hamouri, retenez ce nom
 

C'est toujours un plaisir de découvrir un nouvel auteur, dont le talent ne fait aucun doute. Dès les premières pages de cet album (publié par Vide Cocagne), on réalise qu'Aniss El Hamouri est un dessinateur au regard exceptionnellement aiguisé, qui possède un sens inné de la mise en scène et du point de vue. Certaines planches rappellent la virtuosité de Patrice Killoffer, alors que la tonalité très sombre et la thématique évoquent plutôt le Blast de Larcenet.

Le trait fin n'hésite pas à alterner entre des scènes drôles plutôt expressionnistes (notamment grâce aux silhouettes donquichottesques des deux clochards) et d'autres passages où la violence ou les vertiges de la narratrice déforment les illustrations et l'enchaînement des cases.

 

Bien sûr, on aimerait que le format des planches soit plu généreux (le pages de 16cm sur 22 sont parfois un peu étriquées, soit parce qu'El Hamouri y multiplie le nombre de cases, soit au contraire parce qu'un panorama généreux et fouillé manque de place pour s'étendre). Reste que le tempérament bouillonnant du dessinateur ne fait aucun doute. Le jeune belgo-marocain a étudié la BD à Bruxelles et à Liège, mais vit entre Bologne et Bruxelles. S'il poursuit dans une voie aussi personnelle et libre, pas de doute qu'on entendra encore beaucoup parler de son travail.

 

Comme un frisson, la vie ?
 

Le trio improbable composé d'une jeune fille et de deux clochards est marquant, tantôt menaçant, tantôt déchaîné, et la violence sans frein qu'il dégage fait froid dans le dos. Le manque de repères des personnages résonne comme un écho tordu et déformé de la condition humaine dans un monde où tout se réduit aux apparences et aux échanges financiers. Si nous ne sommes vraiment que cela, quand pouvons-nous nous sentir en vie pour de bon ?


 
Aniss El Hamouri – Comme un frisson – Editions Vide Cocagne – 9791090425798 – 20 €
 

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Pour approfondir

Editeur : Vide Cocagne
Genre :
Total pages : 160
Traducteur :
ISBN : 20 €

Comme un frisson

de Aniss El Hamouri

Renata est une jeune fille mal dans sa peau. Depuis quelques temps, elle ressent d'étranges frissons qui se révèlent être une sorte de pouvoir : elle pressent les menaces.

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