Confesseur sauvage : Foerster rempile, avec du noir, du sinistre et de l'humour

Florent D. - 26.03.2015

Bande Dessinée - Foerster bande dessinée - glauque troublant - catastrophe nucléaire


Nul ne sort indemne d'une bande dessinée de Philippe Foerster. En février 2014, le dessinateur publiait une intégrale de ses précédentes BD, dans un noir et blanc toujours plus grinçant. Dans les univers de Foerster, rien n'est stable, rien n'est figé : tout trottoir est susceptible de se transformer en monstre difforme. Une bourgade innocente abritera peut-être un peuple de cannibales sauvages. Votre voisin de palier dissimule certainement les plus inavouables secrets. L'enfer sur Terre.

 

 

Pour l'instant, la radioactivité et les désastres nucléaires n'avaient été qu'évoqués – survolés – chez Foerster. Et voici qu'il nous place dans la ville de Tchernobourg, où s'est effondré un morceau de la Lune, provoquant une véritable catastrophe : le fragment lunaire a induit des retombées nucléaires, à base de pluies radioactives. Et les humains, eh bien, tant pis pour eux s'ils se sont trouvés à prendre l'eau. Les mutations s'ensuivent et voici que le narrateur, le confesseur sauvage, se retrouve lui-même affublé de tentacules.

 

On n'allait pas non plus s'attendre à un décor idyllique avec Barbie et Ken gambadant, main dans la main, vers le coucher de soleil. Chez Foerster, on sombre vite, très très vite, dans une atmosphère de décomposition. Les corps peuvent être atrocement mutilés, en une ou deux cases.  

 

 

 

Ici, ce sont cinq histoires, où Foerster quitte ses aplats uniquement composés de noir pour l'insertion de bleu, verts ou marron, du pire effet. Tout pour que le décor et les habitants nous deviennent hideux. Le Confesseur dispose d'un pouvoir : toute personne qu'un de ses tentacules frôle se sent prise d'une envie de parler. Les récits de vies atroces se succèdent, toujours dans l'impossibilité d'imaginer un monde heureux.

 

Chez Foerster, l'existence est toujours une douloureuse plaie, qu'on arrose de sel, d'acides, pour la garder béante. 

 

Et si les récits sont « monstrueusement loufoques », c'est le monstrueux qui ressort. Une galerie de Freaks puisés dans les plus improbables cirques ambulants, et concentrés dans une ville devenue réservoir délirant à créatures sordides. L'humanité s'estompe en un clin d'œil, pour laisser place à l'horreur. 

 

Pas vraiment celle qui effraie : celle qui révulse, parce qu'elle dévoile les pans les plus sombres de l'âme humaine. Bien sûr, tout est absurde, impossible, mais réellement ? L'humour le plus noir ne cache-t-il pas un désespoir sans fin ?

 

Le Confesseur sauvage est un immense baume, un sourire sarcastique, accroché en coin au visage du passant. Pourtant, on sent bien que Foerster s'est assagi : depuis ces années 80 où l'ombre de ses personnages au physique torturé planait, les histoires versent moins dans le grand débarras humain. 

 

Plus fin, peut-être, moins violent.  Évidemment, tout s'y retrouve, la filiation est flagrante, et impossible de confondre. Et surtout, on s'y plonge avec délice. Tout cela fleure bon le cliquetis des chaînes d'un prisonnier emmuré et pourri de l'intérieur depuis des siècles, ayant simplement tenu bon parce que la mort capricieuse l'avait oublié. C'est jouissif. 

 

Foerster, c'est ce vieil oncle, dont on ignore s'il a réellement fait tout ce qu'il raconte. Mais on frissonne de sadisme et de plaisir, à la simple idée de ce qu'il va nous raconter...

 

{CARROUSEL}