Corto Maltese : infatigable marin

Nicolas Gary - 11.12.2019

Bande Dessinée - Corto Maltese - jour Tarowean - Hugo Pratt


BANDE DESSINÉE – Ah, le fils du marin de Cornouailles et de la niña de Gibraltar ! Ah, oui, oui, Corto lui-même, dont on ne comprend qu’à grand’peine qu’il puisse encore apparaître avec cette cigarette rivée à la bouche, sans que les associations les plus diverses ne lui tombent sur la redingote… 



 
Mais voilà, Corto est revenu, d’entre les morts disent certains, ce qui ne doit pas déplaire aux habitants de Port-Ducal où il fit une halte, jadis. Ou naguère. Il réapparaît pour une nouvelle fois célébrer les morts, les vivants, les oubliés, les pas encore partis, et ceux que l’on ne voit qu’en fermant les yeux, dans une semi-rêverie. Or, comme il le dit lui-même, « chacun sait que ces choses-là n’existent pas ». 

Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero se sont mille fois expliqués, revenant, racontant, ce que signifie de mettre son pas — son dessin, son histoire… – dans le pas d’Hugo Pratt. Et les bougons comme les plus attentionnés ont dix mille fois donné leur sentiment, sur cette résurrection : Corto, héritier de Lazare, personne ne l’avait envisagé. 

Sauf qu’il est des légendes qui méritent bien de ne jamais s’achever. Corto est incontestablement l’une d’elles.



 
Avec Le jour de Tarowean, Corto renoue avec ses premières heures, mais il revient au lecteur d’en découvrir les raisons au fil des pages. Tout ce qu’il a besoin de savoir se trouve dans les quelques lignes de présentation. Et si l’on y retrouve des personnages fameux, comme Le Moine ou Raspoutine, c’est avant tout parce que les héros légendaires grandissent plus encore de ce que leurs comparses sont vils, méchants ou mauvais.

Corto est ressuscité, vive Corto, et vive le jour de tous les Saints, qui relie notre monde de vivants à celui des défunts. Il y a quelque part dans le Pacifique d’Hugo Pratt une certaine île, Escondida, de même qu’il existe une Venise inconnue ou des territoires d’Éthiopie encore inconnus de l’Homme. Et dans ces mondes de magie, marche Corto. Il est « une force qui va », Hernani des flots, avant tout : on ne voit pas le jour à Malte en espérant échapper au baptême des embruns.



 
Dans cette dernière aventure, Corto est ragaillardi : plus vif, plus insolent, il a retrouvé ses couleurs et sa superbe. Elle venait avec le temps, on l’attendait, mais il n’est pas aisé de renouer avec la Terre des Hommes quand on a connu une longue disparition. Il fallait le temps de reprendre ses esprits, savoir quels territoires étaient à conquérir, quels autres devaient être laissés en jachère — et quand on croise la folie des hommes, mieux vaut avoir prévu un canot…

Et si l’on clôt ce tome avec la sensation qu’il vient de boucler un cycle, c’est que le jour des Saints laisse place, dès le lendemain, à la fête des Morts dans le calendrier chrétien. Personne n’en voudra à Corto d’être un peu cosmopolite, iconoclaste, païen et athée : personne ne lui en veut d’avoir pris le temps de nous revenir.



Juan Díaz Canales, Ruben Pellejero, d’après l’œuvre de Hugo Pratt, trad. Anne-Marie Ruiz — Le jour de Tarowean — Casterman — 9782203185890 – 16 €


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