Crise d'égo et succès fou : ces étranges bêtes de la BD

Clément Solym - 30.07.2011

Bande Dessinée - marsupilami - schtroumpfs - rantanplan


Pour certains, le cinéma d'avant-guerre jusqu'aux années soixante est une époque bénie en raison du talent des réalisateurs, du charisme des vedettes, mais aussi de l'abondance des seconds rôles : caractère affirmé et gueule de l'emploi, ils forment une tribu que l'on retrouve de film en film, avec le plaisir que nous procure la visite d'un bon ami, ou d'un membre de la famille !

Pour autant, il leur sera difficile de monter en grade et se voir « en haut de l'affiche »... En BD, c'est possible ! De nombreux comparses ont gagné les faveurs du public et obtenu leur propre série éponyme ! Me permettrez-vous de commencer par un contre-exemple ?

Pierre culliford dit Peyo ; la vie et l'oeuvre d'un conteur merveilleux
sur BDFugue.com
Ce pauvre Milou... Au début des aventures de « Tintin » (Casterman), il ne quitte pas son maître, lui parle sans arrêt (Tintin a d'ailleurs souvent tort de ne pas l'écouter), le tire de nombreux mauvais pas, mais... le capitaine Haddock arrive, et après une période où celui-ci est plutôt un danger (l'alcool le rend incontrôlable), il devient le compagnon privilégié de ses aventures !

Ne reste plus à Milou qu'à ronger son os ou à poursuivre le chat dans le château de Moulinsart... Grandeur et décadence...

À l'inverse, qui aurait prévu le fabuleux destin des « Schtroumpfs », lors de leur apparition dans les albums de « Johan et Pirlouit » (Dupuis et Le Lombard) ? Né dans la bouche de Peyo, lors d'un repas avec Franquin où il lui demandait la salière sans se souvenir du nom, le mot « Schtroumpf » fut d'abord l'objet d'une joute verbale entre les deux amis, pour devenir le point de départ d'un étonnant univers, qui fit la fortune de son auteur, mais ruina sa santé et l'accapara, malgré l'aide de son studio !

Johan et Pirlouit, plus complexes à dessiner (les costumes, les décors, les scènes de batailles !) en pâtirent fâcheusement...

Je me fais ici l'avocat du diable, car je suis un inconditionnel absolu des schtroumpfs, qui rassemblent quelques-uns des plus formidables scénarios de la BD franco-belge (et j'ai la caution morale d'Umberto Eco qui a consacré plusieurs pages au langage Schtroumpf !). Franquin, puisque nous l'évoquions, fut le créateur dans les pages de « Spirou et Fantasio » (Dupuis) du fabuleux « Marsupilami » (Marsu Productions), un autre cas de figure.

Adoré des lecteurs, personnage d'une richesse presque sans limites (et fierté personnelle de son auteur, pourtant fort prompt à l'auto-dénigrement), il put s'évader de sa série d'origine et vivre ses propres aventures, André Franquin étant propriétaire des droits...

Trolls de troy ;
coffret tome 1 à tome 4
sur BDFugue.com
Si de grands scénaristes, comme Greg ou Yann, ont travaillé sur le Marsupilami, son évolution me paraît sinon décevante, du moins inégale en qualité. Et que dire alors de « Rantaplan » (Lucky Comics) ? Issu de la géniale série « Lucky Luke » (Dupuis, Dargaud et Lucky Comics), le personnage apparaît assez limité, et les gags tournent un peu en rond... Mais les albums se vendent très bien, merci !

Il existe néanmoins une bonne raison de ne pas désespérer du spin off dans la BD d'aujourd'hui, avec la série « Lanfeust de Troy » (Soleil), dont l'impressionnant succès commercial et la roublardise de son éditeur ne doivent pas masquer de réelles qualités : son avatar « Trolls de Troy », doté d'un très bon dessinateur et d'habiles scénaristes, n'a pour ambition que de divertir et y arrive fort bien, dans la tradition de « Astérix », avec clins d'oeil à l'actualité et jeux de mots à tous les étages !