Cumulus : avez-vous déjà tenté de parler à un nuage ?

Nicolas Gary - 22.05.2019

Bande Dessinée - Guillaume Perreault - Cumulus nuage - enfant solitude


BD JEUNESSE – C’est l’histoire d’un livre qui avait rencontré toutes les difficultés du monde à trouver un public. Paru voici quatre ans chez Mécanique générale, ancienne marque des éditions Les 400 coups, Cumulus de Guillaume Perreault n’avait, aux dires de son nouvel éditeur, « pas fait bonne figure ». Mais l’opiniâtreté d’un éditeur lui a donné une nouvelle vie. Et on savoure.


 

L’histoire éditoriale de Cumulus est presque aussi intrigante que son thème : c’est grâce à Renaud Plante, qui dirigeait précédemment Mécanique générale, que la BD a pu retrouver une place au sein des 400 coups. Pour exemple, c’est à lui qu’on doit entres autres d’avoir publié Le livre où la poule meurt à la fin – dont vous pouvez retrouver le podcast, moins hilarant que l’album, mais tout de même.

Il parvient à convaincre Simon de Jocas, actuel dirigeant des 400 coups de redonner une chance à ce titre qui le méritait bien. Mécanique générale a été rattaché aux Éditions Somme toute, plutôt axé vers les adultes, et Cumulus, certes destiné aux enfants, résonne de façon troublante aux oreilles, et aux yeux, d’un adulte.

Le découpage est en soi troublant : une page, une illustration, centrée, parfois de petite taille. On entre dans le quotidien d’un préado qui s’ennuie grave, lourdement et fermement. Il finit, après six pages, par ouvrir sa fenêtre, mais le quartier résidentiel n’y change pas grand-chose : pas beaucoup de folie à se mettre dans le champ de vision. 

Jusqu’à l’arrivée d’un nuage, perdu dans un ciel bleu. Et notre jeune va entamer un monologue — les nuages, même polis, répondent rarement — faisant les questions et les réponses. Troublant. Il endosse son sac, et voici qu’il décide de faire faire le tour de la ville à ce nuage, qui aurait fait le tour de la Terre, mais ce serait tout de même sa première fois ici. 

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On déambule alors, avec une pause devant la boulangerie. Mais sans le sou, le préado n’achète finalement qu’une glace, qu’il destine au nuage. Et sur trois pages, le désespoir se meut en absurde : le voici qui jette son cône vers les cieux, imaginant que le nuage va l’attraper. Assez logiquement, la glace est en réalité retombée, quelques mètres plus loin.

Et puis, une forme d’amitié unilatérale se tisse, des liens d’affections : le jeune garçon se confie, raconte le divorce de ses parents, sa solitude, s’adressant non seulement à un parfait inconnu, bien qu’identifié — un Cumulus… – mais surtout dans une confession presque psychanalytique. 

L’affaire finira mal : le garçon s’endort, le nuage est poussé par les vents, mais de son point de vue, semble l’abandonner. Mouvement d’humeur, colère, résignation… et infinie tristesse quand le cumulus s’éloigne définitivement, et que le jeune lui demande, comme une supplique : « Reste… »





Comment dire ? Comment évoquer le sentiment qu’inspire cette lecture, poignante, douloureuse, avec pourtant cette note de compassion sincère et profonde ? Comment dire, sinon par les mots d’un autre, ceux de Jacques Brel : « Laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre. » Certes, oui, mais « ne me quitte pas », surtout.

Car par-delà la jeunesse du personnage, c’est une œuvre universelle qui s’avance, tendre, cruelle et même sans pitié. Mais quiconque est passé par ces instants, sans en goûter la note de poésie qui se dégage dans l’album de Guillaume Perreault, comprendra, saura, souffrira. 

Cumulus, ou la course vers ce que Ionesco avait si bien théorisé : l’absurde, c’est le tragique qui s’ignore. Et dans la tragédie que vit le jeune garçon, chacun peut renouer avec la sienne, les siennes.


Guillaume Perreault – Cumulus – Les 400 coups – 9782895408598 – 18 € 


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Pour approfondir

Editeur : 400 Coups
Genre :
Total pages : 80
Traducteur :
ISBN : 9782895408598

Cumulus

de Perreault, Guillaume

Un jour où il s'ennuie, un jeune garçon remarque un cumulus qui flotte seul dans le ciel. Touché par la situation du nuage, qui ressemble étrangement à la sienne, le jeune solitaire entame le dialogue avec le cumulus.Ensemble, ils parcourent le village. Doucement, le garçon se confie au sujet de la séparation de ses parents, de sa solitude, de son école et de la vie en général.

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