Dans la jungle urbaine, j'ai mâle à mon dominant

Clément Solym - 18.09.2012

Bande Dessinée - anthropologie - jungle - domination


Ah, l'évolution, la chaîne alimentaire, les grands singes devenus de petits humains, et toutes les contrariétés de la survie, devenue de simples souvenirs renvoyés à l'époque de pierre, que l'on sous-traite en tâche de fond avec un cerveau reptilien consentant... C'est beau, d'avoir évolué, d'être désormais au sommet de ce que la planète compte d'espèces. Et ce, quand bien même il n'y a pas tellement de raisons d'en tirer orgueil...

 

Dans les nouvelles aventures de Jérôme Moucherot, le dessinateur, scénariste et coloriste François Boucq, homme à ne pas apprécier une époque encline à supprimer les cumuls de casquettes, nous plonge dans une jungle nouvelle. Celle où pour se démarquer et se faire respecter, il faut hormonalement en imposer grave. Bagout de furieux et charisme tonitruant sont deux impératifs, pour exister. 

 

Le reste, c'est la littérature qui vous différencie des animaux. Et faut avouer que pour ce 5e tome, Jérôme, plus gratiné que jamais, et toujours agent d'assurance, démarchant les clients au porte-à-porte, fait figure de vénérable seigneur. 

 

C'est un professeur de pacotille, sorte de fantaisiste scientifique déguisé comme un aventurier colonialiste qui s'apprête à donner un cours magistral sur ce qu'est le mâle dominant. Et rien ne va nous être épargné. Depuis la maîtrise du pardessus - avec un authentique exercice de domptage d'un manteau encore à l'état sauvage, si, si - jusqu'aux courses dans un supermarché où, évidemment, des mammouths vont écraser les prix, c'est tout l'environnement de notre mâle et de sa petite famille que l'on va suivre.

 

 

 

 

 

 

Bon, reconnaissons qu'occasionnellement, les gags sont drôles, et les situations cocasses. Surtout qu'avec la binette de notre bonhomme, autant dire que l'on est plus porté sur le rire que l'étude scrupuleusement menée d'anthropologue passionné. Et donc, nécessairement un peu chiant. 

 

Ah, ça non : avec un Léonard de Vinci en voisin d'immeuble, avec son stylo fourré dans le nez comme un australopithèque moderne, avec sa vie de métro-boulot-dodo, comme si elle avait quelque chose de commun avec nos existences contemporaines de fous, Jérôme a non seulement de quoi moucher son spectateur, mais plus encore, l'emporter jusqu'en 2040... où la vie ne sera pas vraiment plus séduisante.

 

Ce Manifeste est un guide indispensable à l'homme soucieux de ses racines, et désireux d'acquérir toutes les caractéristiques qui lui donneront ce sans quoi il n'est pas de hiérarchie dans l'entreprise. Une autorité naturelle pour obtenir des cafés gratuits à la machine de la cafétéria, payés par les employés, ainsi qu'une place privilégiée dans l'ascenseur, à côté de la jeune stagiaire, celle qui sent si bon...