Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

De Proust à Céline, comme un air de classiques en tête

Clément Solym - 24.12.2011

Bande Dessinée - classiques - littérature - auteurs


Non, nous ne sommes pas en avril et ceci n'est pas un poisson : il est possible de lire une adaptation en manga de romans légendaires tels que Les misérables ou Le rouge et le noir, de véritables fleuves littéraires que sont A la recherche du temps perdu ou encore Guerre et paix


Avec BDfugue





Et même de découvrir sous cette forme Le capital de Karl Marx, que pour ma part je ne connaissais que de nom, comme beaucoup de gens je pense... Publié depuis quelques mois par les éditions Soleil, et dessiné par... par... euuuh, on ne le saura pas : aucun nom de mangaka (ndlr : auteur de manga) mentionné !!! 


Sans doute quelques fourmis laborieuses - j'emploie cette tournure avec ironie, mais sans volonté sarcastique - quelques forçats du crayon bien représentatifs d'un mode de production permettant un rythme de parution vertigineux… 


A la Recherche du temps perdu

sur BDfugue.com

À ce propos, intéressez-vous donc à la série Bakuman chez Kana par les auteurs de Death Note qui vous plongent dans le quotidien d'adolescents japonais décidant de mettre leurs forces en commun afin de créer un manga (bon moyen de séduire les filles, par ailleurs). Vous trouverez là une très fine description du fonctionnement d'un magazine spécialisé, les raisons qui amènent les éditeurs à publier ou non un récit, mais aussi leurs méthodes pour guider les nouveaux auteurs lorsqu'ils croient en leur potentiel...


Sans être un grand connaisseur en la matière, le dessin des albums de la collection classiques en manga ne me paraît guère mémorable et prêterait plutôt le flanc aux critiques habituelles pointant les tics graphiques - grands yeux, inexpressivité, etc. - par méconnaissance de la réelle diversité des styles de la BD japonaise ! 


Ce qui me séduit par contre, c'est l'attitude totalement décomplexée des auteurs : comme s'ils lançaient une diligence sur une autoroute, le texte est parcouru à marche forcée en s'en tenant aux séquences ou aux répliques emblématiques... et ça fonctionne ! 


Les méchantes langues et les ennemis de la vulgarisation taxant la collection de chefs-d'œuvre pour les nuls auront tort : le mélo flamboyant de Victor Hugo avec ses personnages tout d'une pièce, ou les âmes exaltées décrites par Stendhal et Tolstoï s'accommodent fort bien de cette narration à l'arraché, de cette succession de gros plans sur des visages torturés... 


Voyage au bout de la nuit

sur BDFugue.com

Et si l'on perd en sublime - cette langue à nulle autre pareille ! - dans Proust, on y gagne quelque chose de très touchant dans l'évocation de la jeunesse du narrateur avec ces silhouettes enfantines pleines de candeur. Bon, vous n'êtes pas obligé d'être de mon avis, mais essayez quand même !


À l'inverse, la défunte collection coéditée par Futuropolis et Gallimard offrait une garantie de respect absolu du texte, se contentant d'illustrations sous forme de cases parsemant le livre, comme des respirations soigneusement dosées, et recélait bien des pépites : Joseph Conrad illustré par Miles Hyman, Steinbeck par André Juillard, Louis Pergaud par Florence Cestac... N'en jetez plus ! 


Par chance, deux des plus belles réussites se trouvent être encore disponibles, je veux parler de Mort à crédit et de Voyage au bout de la nuit confiés aux mains expertes de Jacques Tardi (Futuropolis). Que dire sinon qu'on trouve là une totale adéquation de pensée entre deux grands créateurs : jamais de redondance entre texte et dessin, mais une exaltation de la noirceur et du pessimisme de Céline... Chapeau bas !!!