Des aventures pour les vrais bonhommes, par les frères Guedin

Nicolas Ancion - 29.10.2015

Bande Dessinée - Guedin aventures - AAARG - Humour


Dav et Gnot Guedin portent rudement bien leur nom : on jurerait que Pierre la Police leur a servi de professeur de croquis et que c'est dans les pages d'Hara-Kiri qu'ils ont appris l'art du scénario. Leurs personnages sont moches, ils ont le menton en galoche et le visage asymétrique ; leurs histoires ont plus queues que de têtes et n'hésitent pas à piocher dans les bas-fonds de la culture télévisuelle (qui, en dehors des Belges biberonnés à la télévision de service public, se souvient de Tatayet ?) et dans le répertoire scatologique le plus scabreux. Elles volent en rase-mottes comme les mouettes alourdies par le guano, ne s'élevant que de temps en temps pour flotter dans un absurde pince-sans-rire qui n'est pas sans rappeler Glen Baxter.

 

Deux cases


Ça plane pour moi

 

Comment résumer les épisodes qui composent « Des aventures pour les vrais bonhommes » ? Disons que chaque chapitre emprunte les clichés d'un genre littéraire populaire pour les passer à la moulinette à viande et les assaisonner à la sauce graveleuse  : chasse au trésor et récit de marine pour « La femme tatouée, une aventure du capitaine Intrébide », parodie d'Indiana Jones dans « Dylan Bolos in Butt island » ou d'Arsène Lupin dans « Le tueur aux suicides, gentleman pervers ».

 

Chaque épisode est plus malsain et foutraque que le précédent, permettant aux deux frères qui composent ces historiettes de dévider leur réservoir à fantasmes et à supplices.

Une île en forme de femme à forte poitrine ? Pourquoi pas. Un pistolet à sperme ? Allons-y. Mais ajoutons encore un naturiste aux fesses flasques, des moules géantes et tueuses, et tant d'autres délires qu'il serait impossible de les passer tous en revue.

 

C'est pourtant dans les pages de la revue « AAARG ! », justement, que ces planches en noir blanc sauvage ont été prépubliées, alors qu'elle était encore trimestrielle. J'en profite pour signaler que cet épais vivier de bandes dessinées sauvages et musclées paraîtra dès janvier à un rythme mensuel, et sera disponible chez tous les marchands de journaux Foncez dessus ! (Pas sur le marchand, mais sur la revue AAARG !)

 

Une case en exemple

 

 

Pour l'amour du kitsch

 

Les frères Guedin ont mauvais goût et l’assument : ils aiment en rajouter des couches et des couches, torchant méticuleusement leurs planches comme si la représentation d’un serveur à la braguette ouverte ou d’un aventurier en veste de cuir attaqué par des chiens mouillés méritaient le même soin qu’un portrait de Mona Lisa ou d’une voiture pilotée par Michel Vaillant (là-dessus, on ne peut pas leur donner tort.) 

 

Leur noir et blanc réaliste aux ombres travaillées donne à leurs récits un goût suranné de BD bon marché, façon récits historiques du Journal de Tintin, qui ne camoufle pas vraiment la liberté totale de ton et d’imaginaire des historiettes racontées. On nage dans le loufoque et le malsain, sans palmes et sans tuba. Le ton de la narration, lui aussi, soigneusement désuet, emprunté aux romans-feuilletons du XIXe, contribue à créer le contraste avec les péripéties à haute teneur sexuelle.

 

Entre les quatre épisodes d’une bonne dizaine de planches qui composent cet album, les auteurs proposent des couvertures pleine page d’autres aventures qu’ils ne prennent pas la peine de développer. Ce n’est pas nécessaire : un titre et une illustration suffisent à convoquer un univers de série B et à imaginer les contorsions que les frères Geudin lui feraient subir si on leur en laissait l’opportunité. Ces deux gaillards sont fous et leurs délires réjouiront les amateurs d’aventures scatologiques en roue libre.

 


Pour approfondir

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Des aventures pour les vrais bonhommes

de Guedin

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