Destins solitaires, lien empathique : un week-end deux bulles

Clément Solym - 11.10.2010

Bande Dessinée - kraa - arzak - sokal


Chaque week-end, retrouvez notre chronique thématique... Aujourd'hui, avec un peu de retard, Papiel # oblige, nous publions un doublet fantastique...


Kraa, la vallée perdue de Benoît Sokal

Pour son retour à la BD, le papa de Canardo nous embarque chez les Indiens et les aigles, avec le choix d’un point de vue stupéfiant. Bienvenue dans le monde vu au travers des yeux d’un grand aigle, un de ceux qui servaient d’emblème aux habitants de ces contrées, jadis. C’était avant la cupidité que l’homme blanc a propagée sur les terres, ses constructions qui ravagent la nature.

Un aigle est né ce matin. Et dans ses yeux, la faim, la survie et l’appel des espaces de son territoire. Vous entrez chez lui, dans son domaine, et même les loups redoutent les serres du rapace, capables de tuer avec une efficacité redoutable. Et face à lui, Yuma, jeune homme admiratif des contes et légendes d’avant : il contemple l’aigle avec respect et crainte, mais avant tout envie. L’animal qui s’élève vers les cimes, c’est une part de l’histoire de son peuple qui soulève à chaque battement d’ailes.

Et non loin de là, des hommes sans scrupules, qui vont engloutir la vallée sous les eaux, pour quelques dollars de plus. Yuma le sait, lui qui passe sa vie dans le pensionnant chez les Blancs. S’il faut choisir, il sait déjà à quel côté il se rangera. L’aigle et lui partagent plus que des marmottes. Un lien fraternel les unit. Comme dans les légendes.


L’atmosphère est sombre, les couleurs lourdes, les êtres malfaisants et le monde un peu manichéen, mais quelle splendeur. Quelle aventure magnifique. Oubliez le petit Yakari : ici on meurt dans le sang, on tue pour survivre ou se protéger. Et rien n’est épargné… Kraa, c’est une pure légende, qui combine courage, espoir et violence. Rien d’édulcoré, le plongeon est complet.

Dans un monde cruel, la réponse est la cruauté. La loi du Talion s’applique à tous : vengeance et sang, pour réparer les insultes et la mort répandue. Une flèche, un arc, un couteau, pour l‘homme, des serres meurtrières pour l’aigle. Tout cela finira encore plus mal, et le tome deux a déjà les germes d’une explosion plus intense encore. Mais quand l’histoire a tant de résonnance, la violence ne s’estompe pas : elle devient naturelle. Face à la cupidité et la haine, seule la résistance existe.

Kraa la vallée perdue de Benoît Sokal
Publié chez Casterman
94 pages, 18 €
9782203020443

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Arzak, L’Arpenteur, de Moebius

Misère… Chronique Moebius… Autant se tirer une demi-douzaine de balles dans le pied avant de partir pour un cent mètres contre Bold… Parce que son dessin si caractéristique, on l’aime ou on le quitte, comme dirait l’autre, il ne reste qu’à parler de l’histoire de cet être au chapeau conique et de son espèce de « ptérodactyle blafard » (sic et dixit !)

D’abord, cet album avec ses pages bonus, c’est une petite aventure aux côtés du dessinateur, un peu comme un grand frère qui vous raconte ses histoires… et ça vous a quelque chose d’émouvant, pour les petits jeunes que nous sommes, je vous raconte pas. Ensuite, l’objet lui-même est à la mesure du bonhomme : hors norme. Bien plus grand, pour en caser plus, qu’une BD classique, c’est tout d’abord un titre pas banal, de par ses simples proportions…

Ensuite, l’aventure… Eh bien, disons pour faire simple que tout commence dans l’espace avec une attaque de pirates contre un navire officiel, transportant la sainte famille impériale… Et que l’on poursuit l’aventure sur la planète Tassili, où Arzak sert de mercenaire justicier, une version futuriste et délirante de Texas ranger, arpentant la planète sur sa bestiole mi-chair, mi-technologie, le tout avec un lien psychique qui lui permet de le piloter.


Ensuite... Ensuite, on retrouve du Moebius, du grand Moebius entre humour et science-fiction complètement hallucinée. Des couleurs improbables et pourtant simples, des êtres faramineux tirés d’un délire au LSD - encore qu’il se soit calmé, le bougre - et des mondes hostiles et complexes, comme on n’en fait plus depuis des lustres…

Franchement : atomique.

Ouvrir une page de Moebius, c’est avoir 20 ans dans les années 75, à l’époque des Humanoïdes Associés, une sorte d’âge d’or de la BD en France, quand des Druillet et consorts faisaient sortir de leurs cerveaux des êtres déments et des aventures sensationnelles... Il s’agit pas d’avoir la nostalgie d’un passé que l’on n’a pas connu. Juste de savoir s’asseoir pour ouvrir ce nouveau tome, qui montre clairement que les grands talents vivent dans un éternel présent. Celui de leur créativité…

Arzak, l'arpenteur (One Shot) - Moebius
publié chez Glénat
80 pages, 18 €
9782908766585
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