Disparition d'enfants, revendications syndicalistes : On dirait le Sud..

Thierry Saint Solieux - 13.04.2013

Bande Dessinée - Sud - chaleur - gendarmes


On dirait le Sud... En vérité, nous sommes dans une petite ville du centre de la France, mais il y fait si chaud en cet été 1976 qu'on s'imagine aisément quelque part dans le Midi ! Une ville bien tranquille, habituellement. Quoique l'on parle de licenciements à l'usine. Heureusement, il y a Max Plume, le leader syndical qui promet de tenir tête au patron. 

 

chronique BD avec BDfugue

 

  

 

Il y a aussi ces disparitions d'enfants, qui font causer au bistrot. Elles ont lieu bien loin d'ici, mais les recherches sont poussées jusqu'aux alentours. A moins que le ballet des hélicoptères de la gendarmerie n'ait pour but de surveiller la stricte application des restrictions en matière de consommation d'eau : pas question de remplir les piscines ou d'arroser les pelouses. En 1976, je suis un jeune adolescent et je me souviens très bien des vêtements autant que des voitures. 

 

Des éléments qui contribuent à dater cette histoire, dont le second volume paraît aujourd'hui. Je peux vous assurer que rien ne manque : cols pelle à tarte et pantalons pattes d'eph, pilosité de ces messieurs (et dames, aussi), Renault 16 et Simca 1100 etc. On dirait le Sud (Delcourt) de Cédric Rassat au scénario et Raphaël Gauthey au dessin n'est pourtant pas une simple reconstitution chargée de références. 

 

Ce n'est pas non plus un polar, bien qu'il y ait une enquête de police. Plutôt une chronique sociale, avec rapports de classe et tentative de corruption. Une foule de personnages s'y agite, heu, mollement ! La canicule engourdit les corps, mais échauffe les esprits. La tension est le maître mot : elle est omniprésente. Dans les couples, plus vraiment sur la même longueur d'onde. Entre les ouvriers et leur patron, à couteaux tirés. 

 

Chez les gendarmes, qui appliquent les consignes avec beaucoup de scepticisme et un peu d'exaspération. L'ambiance est électrique, les choses ne peuvent que dégénérer... Au troquet, on parle de la peine de mort en citant les chansons de Michel Sardou. L'alcool aidant, on s'imagine des choses : ce client taciturne ne serait-il pas un assassin en puissance ? 

 

on dirait le Sud t.2 ; la fin des coccinelles

On Dirait Le Sud tome 2

Cédric Rassat, Raphaël Gauthey

sur BDfugue.com

Max Plume reçoit une valise pleine de billets : cadeau du patron de l'usine pour qu'il lui fasse la liste des ouvriers à virer en priorité. Dans les bras de sa maîtresse, Max s'interroge sur sa vie et ce qui est important pour lui : son foyer ? l'argent facile qui ouvre la possibilité d'une autre vie ? Serait-elle meilleure pour autant... 

 

Sylvia, la femme de Max, vient de perdre son papa et voit débarquer lors de l'ouverture du testament un demi-frère inconnu jusque-là : une mauvaise affaire financière, donc, et en plus, ce parent surpris est allemand !!! Un étranger, c'est toujours compliqué... 

 

On dirait le Sud réalise un numéro d'équilibriste assez étonnant entre légèreté et gravité, oscillant entre l'absurde et le grinçant. On est littéralement entre deux mondes : les années 70 insouciantes où l'on peut espérer "jouir sans entraves", et les prémices de la crise de société qui nous touche de plein fouet aujourd'hui. Le dessin nous donne une sensation d'hyper-réalisme avec ces gros plans sur des visages comme taillés au couteau. 

 

Les couleurs paraissent "forcées", comme saturées par le soleil et la chaleur : le pastel a priori synonyme de douceur devient oppressant... Osons une comparaison écrasante, mais pertinente : on retrouve ici l'atmosphère des tableaux d'Edward Hopper ! Attente mêlée d'inquiétude, dans un cadre banal et faussement rassurant : c'est très fort !!!

 

 

{CARROUSEL}