Doggy Bags 2 : il reste un peu de cervelle, je vous l'emballe ?

Clément Solym - 29.05.2012

Bande Dessinée - Doggy - Bags - Akama


Le deuxième tome de « Doggy Bags » vaut son pesant de cervelle dégoulinante. Ce petit album est en effet aussi sanglant que délirant : on peut y découvrir trois histoires indépendantes, d'une bonne vingtaine de planches chacune. Ce format court colle particulièrement au genre, celui des pulps les plus trash, où les cadavres se décapitent à la pelle et les zombies ne restent jamais morts bien longtemps.


L'idée du projet « Doggy Bags » est précisément de rassembler des histoires sordides et violentes, pour faire traverser au lecteur un vrai mauvais moment, en hommage aux comics américains bon marché. Ce pari est, esthétiquement et narrativement, très réussi.

 

Et ça continue, en gore et en gore

 

Pas besoin d'avoir avalé le premier tome, dessiné, signé par les auteurs du label 619 d'Ankama, pour savourer ce deuxième volume où ces auteurs initiaux sont rejoints par des nouveaux venus, qui ont soumis des projets à l'éditeur. Règlement de compte dans le désert mexicain, panique claustrophobe à bord d'un avion, nymphomanes extraterrestres... tout est permis et même davantage encore. On rit jaune et on grimace planche après planche. Comme la ligne éditoriale le souhaite, les scénarios dérapent dès les premières cases dans l'horreur la plus noire et le dessin se permet lui aussi de belles sorties de route, ne radinant ni sur l'hémoglobine ni sur les décors les plus clichés de la série B : route dans le désert, bar glauque à la frontière mexicaine, cabine d'avion affolée et sous-bois plongé dans l'obscurité. À chaque épisode, on s'attend à affronter le pire et le récit nous emmène plus loin encore.

 

intérieur

 

En plus des trois histoires courtes, l'album regorge de bonus en forme de clins d'oeil : éditorial au second degré, pages encyclopédiques sur les créatures du désert mexicain, bulletin de désabonnement, jeux débiles, appel aux soumissions de bédéastes parodiant le recrutement militaire et poster à déplier, le tout dans une harmonie graphique faussement bon marché, qui prête un soin inhabituel aux détails : papier jauni pour le poster, couleurs faussement fanées pour les pages magazines, effets de patine et de sang juste où il faut.

 

Plus que des albums

 

Couverture shuffle 6Une fois de plus, les éditions Ankama se démarquent par le soin apporté à la présentation de ce livre. Loin de standardiser les produits, l'éditeur semble au contraire chercher à les radicaliser, à donner champ libre aux directeurs artistiques et aux designers pour qu'ils accouchent de livres sur mesure, en parfaite adéquation avec leur contenu.


Plutôt que le format de l'album, ce sont les multiples accompagnements que l'on trouve dans les marges qui sortent de l'ordinaire : cartes à jouer insérées dans les albums, personnages à découper, autocollants en bonus, éditoriaux délirants, pages de jeux ou de mise en gardes adressées aux lecteurs. À chaque parution, on sent que les graphistes de la maison tirent un véritable plaisir dans ces déclinaisons de l'univers graphique des auteurs.

 

Pas étonnant, dès lors, d'imaginer les affinités que la maison doit entretenir avec le collectif de graphiste CFSL – Café Salé - qui rassemble sur le net une des plus grandes communauté de designers visuels de tous bords et de toutes nationalités. Récemment, un petit album pas cher, à contre courant des beaux livres lourds et impayables, a ainsi rassemblé, sous le titre « Structures » une anthologie d'images de bâtiments et de paysages urbains. C'est le 6e volume des anthologies Shuffle.

 

Oppidum Mire par Thomas Scholes

 

Des marais médiévaux de Thomas Scholes aux tours futuristes de Marc Simonetti ou Alex Drummond, en passant par les panoramas étrangement habités de Bombadil ou même les recherches de Matt Barret pour une gamme de boutons de commandes ou de cerveaux assistés, le livre témoigne à quel point les villes nourrissent aujourd'hui un imaginaire foisonnant, qui se décline à l'infini, à travers le temps et l'espace.

 

Il reste à imaginer les films, les parties de jeu de rôle ou les romans de SF qui pourront se dérouler dans ces décors d'exception. Et c'est aux lecteurs de le faire.

 

Retrouver Doggy Bas, dans notre librairie

avec Decitre